Cinq façons un peu bizarres de fêter le Nouvel An en Suisse

Verrouillez vos portières! Dans le nord-est de la Suisse, un Silvesterklaus effraie les automobilistes qui ne se méfient pas. Keystone / Gian Ehrenzeller

Des milliards de personnes dans le monde vont célébrer le Nouvel An d’une manière ou d’une autre, pour dire adieu à l’année passée ou se souhaiter le meilleur pour celle qui vient. Les Suisses ne font pas exception, avec quelques traditions étranges et parfois inquiétantes.

Ce contenu a été publié le 31 décembre 2022 – 08:00


12 raisins dans la boucheLien externe (Espagne), en portant des sous-vêtements d’une certaine couleur (Amérique du Sud) ou en jetant des assiettes sur la porte de leurs voisins (Danemark).

Pour leur part, les Suisses tiennent à leur vaisselle, mais les coutumes excentriques – et souvent légèrement effrayantes – ne manquent pas dans le pays alpin. La plupart remontent à plusieurs siècles.

Le chant aux fontaines à Rheinfelden

Henri Leuzinger

Cela ressemble à une histoire tirée de La Servante écarlate, mais la coutume du chant aux fontainesLien externe (Brunnensingen) à Rheinfelden, au nord de la Suisse, remonte à 1541. À l’époque, la population tentait de repousser l’épidémie de peste qui décimait le pays avec des chants de Noël (comme nous l’avons appris avec la pandémie de Covid, chanter n’était sûrement pas la solution la plus efficace).

Les 24 et 31 décembre, la confrérie de saint Sébastien – composée de 12 membres habillés tout en noir – défile en vieille ville et marque l’arrêt à six fontaines pour chanter le cantique de Noël «Die Nacht, die ist so freudenreich» («la nuit est si joyeuse»). Pendant une heure, toutes les lumières de la ville sont éteintes et quasiment le seul éclairage émane de la lanterne portée par les chanteurs. Très paisible et éthéré.

Les esprits maléfiques de la montagne à Interlaken

La procession de Harder Potschete à Interlaken. Keystone / Lukas Lehmann

Paisible, la procession de Harder PotscheteLien externe à Interlaken, en Suisse centrale, l’est nettement moins. Un rocher ressemblant au visage et aux épaules d’un homme surplombe Interlaken, sur la montagne du Harder: il s’agit du «Hardermannli», l’esprit maléfique de la montagne personnifié. La légende raconte qu’un moine avait importuné une jeune fille qui s’était ensuite jetée du haut des rochers. Le moine avait alors été condamné à contempler d’en haut le lieu de son méfait pendant des siècles.

Le 2 janvier, il descend dans la vallée avec sa femme et ses disciples, les Potschen. Ces derniers, qui portent d’impressionnants masques en bois sculptés à la main, cherchent à semer la peur dans le public à grand renfort de cris et de poursuites, tandis qu’un bruyant cortège chasse les mauvais esprits de l’hiver. La retraite des Hardermannli symbolise la victoire de la lumière sur l’obscurité de la nuit. Une fois les masques tombés, tout le monde se retrouve dans les bistrots.

La course de porcelets à Klosters

La course de porcelets de Klosters. Bestoffdavos@gmail.commarcel Giger Snow -world.ch

Quoi de mieux pour soigner une gueule de bois du Nouvel An que de brailler sur des porcelets au son des cloches de vaches? La Hotschrennen der GlückssäuliLien externe (course de porcelets porte-bonheur), organisée dans la station de montagne de Klosters, dans l’est de la Suisse, est une véritable fête du cochon.

Le 1er janvier à 15 heures, parieuses et parieurs se rassemblent sur la place de la gare et misent sur dix «porcelets porte-bonheur», qui s’élancent ensuite dans la course (à un rythme plutôt tranquille nécessitant souvent un peu d’encouragements) sur un parcours enneigé. Même si votre petit cochon arrive dernier, vous trouverez beaucoup de nourriture locale et de boissons (fortes) pour vous consoler et vous réchauffer.

SilvesterklausLien externe font le tour des fermes locales, où ils forment une ronde, font tinter leurs cloches et exécutent un jodel sans paroles. Ils souhaitent une bonne année à la famille et reçoivent un peu d’argent avant de passer à la ferme suivante.

De nos jours, les Silvesterklaus sont divisés en trois groupes: les beaux (Schöne), les beaux-vilains (Schö-Wüeschte) et les vilains (Wüeschte). Les beaux Silvesterklaus portent une tenue traditionnelle complète brodée de fils d’argent et des coiffes minutieusement décorées représentant des scènes de la vie quotidienne. Les beaux-vilains portent des manteaux poilus couverts de brindilles, de feuilles ou de paille et se couvrent le visage de masques démoniaques. Les vilains utilisent également des matériaux naturels tels que des broussailles de sapin et de la mousse pour leurs costumes, qui sont malgré tout très élaborés.

Silent Disco GéanteLien externe. Le concept de cette disco silencieuse: vous louez un casque sans fil pour 25 francs (plus une caution), qui vous permet de passer d’un canal musical à un autre (trois DJ gèrent les différents canaux). La fête a eu lieu tous les ans depuis 2017, avec une interruption forcée en 2020 à cause du Covid. Elle est très drôle à observer de l’extérieur, car on voit des danseurs et des danseuses se trémousser sur la piste, mais sans musique.

Et si vous préférez une ambiance plus calme, il y a toujours le concert d’orgueLien externe dans l’impressionnante cathédrale de Lausanne à 22h30 (répété à 17h00 le 1er janvier).

Bonne année, où que vous soyez!

Traduction de l’anglais: Pauline Turuban

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