Pas-de-Calais : Un couple jugé pour maltraitances sur 8 de leurs 10 enfants

Des enfants attachés à des chaises, privés de soins, insultés… Mardi, un couple originaire de Noyelles-sous-Lens, dans le Pas-de-Calais, sera jugé pour des maltraitances répétées sur huit de ses dix enfants. Dans cette affaire, le gouvernement avait pointé des « défaillances » des services sociaux.

Le père, 44 ans, et la mère, 40 ans, comparaîtront libres, devant le tribunal correctionnel de Béthune, pour « violences par ascendant » sur mineurs de moins de 15 ans, sans ITT (incapacité totale de travail), et « soustraction par un parent à ses obligations légales ». Les faits concernent sept mineurs, âgés aujourd’hui de 9 mois à 16 ans, et un majeur de 20 ans. D’éventuels faits commis sur leurs deux aînés de 21 et 24 ans sont prescrits. Ils encourent jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende.

La policie libère deux enfants attachés à des chaises

C’est l’appel aux services sociaux d’un des aînés qui avait déclenché la saisie du parquet, le 30 août, puis l’interpellation des parents. Le lendemain, les policiers ont découvert deux des cadets « attachés » à leurs chaises hautes, « dans un état d’hygiène déplorable », selon le parquet. Auditionnée, la fratrie a raconté diverses maltraitances subies pendant des années, notamment de graves « négligences dans l’hygiène, les soins » et des « carences éducatives ». Mais aucune trace de coups n’a été constatée.

Selon deux sources proches du dossier, les enfants ont dénoncé des coups occasionnels, mais surtout des violences psychologiques et insultes quotidiennes. Plusieurs présentaient des « dents cariées », des « pathologies » et des « problèmes de développement » mal pris en charge, précise une de ces sources.

Lors d’un déplacement à Arras, la secrétaire d’Etat chargée de l’enfance Charlotte Caubel avait reconnu des « défaillances » dans la « coordination » des services de protection de l’enfance et avait annoncé une enquête administrative. Car le couple avait fait l’objet, depuis 2013, de plusieurs signalements, « non recoupés ».

Lors des visites des services sociaux, les parents « préalablement informés », mettaient en place « une  »normalité de façade » », déplore dans un communiqué l’association l’Enfant Bleu, portée partie civile. Elle plaide pour des « visites inopinées » pour les cas « inquiétants ».

Avocat de l’association « Enfance et partage », Rodolphe Costantino regrette, lui, un « traitement judiciaire en retrait », resté au stade de l’enquête préliminaire, et la « sous-évaluation des conséquences des maltraitances ». Décerner « zéro jour d’ITT », « c’est les nier », estime-t-il. Contactés, les avocats des prévenus n’ont pas donné suite.