Sécheresse : Dans les rues de Nice, en opération avec un « traqueur de fuites » d’eau

C’est l’alerte d’un « logger » qui a conduit Thierry Verjus à l’angle de l’avenue Durante et de la rue d’Italie ce matin-là. Un de ces 366 capteurs, répartis sur l’ensemble du réseau de distribution d’eau potable de la ville de Nice, « a détecté un bruit anormal », explique ce spécialiste, responsable de l’équipe de « traqueurs de fuites » de la métropole.

« On intervient pour les identifier et pour les faire réparer. Notre travail prend encore plus son sens avec la sécheresse. On a été sur le pont tout l’été », dit-il en installant son matériel. L’enquête avec un Hydrosol, sorte de stéthoscope géant, qu’il enfile dans le regard où le signal a été enregistré. « Il faut d’abord confirmer le problème pour aller ensuite le localiser précisément. » Le diagnostic du Dr Verjus tombe. Ce serait bien une fuite. Causée par quoi ? « Difficile à dire sans ouvrir, poursuit-il. Certaines canalisations sont en fonte ductile et se fissurent. D’autres fois, ce sont les raccords qui lâchent. »

Un jeu de piste pour retrouver les fuites d’eau

Plan du réseau en main, il détermine ensuite les directions des canalisations dans le secteur et entame son travail de sondage. Tu chauffes, tu refroidis… Un véritable jeu de piste commence. Armé d’un autre appareil, électroacoustique cette fois-ci, c’est-à-dire dont le son est amplifié, Thierry Verjus s’en va inspecter la voirie. A tâtons.

Le spécialiste sonde le bitume avec un appareil électroacoustique
Le spécialiste sonde le bitume avec un appareil électroacoustique – F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

Il commence par l’avenue Durante, en direction de la gare. Il pose le socle de son capteur sur le bitume, se fixe quelques secondes, concentré sous son casque audio, puis repart. Il renouvelle l’opération deux ou trois pas plus loin et ainsi de suite. « Le son s’éloigne, ce n’est pas bon ». Pareil sur la rue d’Italie, vers l’avenue Jean-Médecin. Chou blanc.

C’est finalement de l’autre côté de l’avenue Durante que son « oreille d’or » (le surnom donné aux marins chargé d’écouter les bruits de la mer et de reconnaître de potentiels ennemis) et ses 35 ans de métier retrouveront la piste de la fuite. En face du numéro 11 précisément. 20 Minutes peut en attester, dans l’appareil, le bruit est effectivement très présent. « On entend comme le Pschiiiit d’un robinet », décrit le spécialiste.

Repérer pour réparer

La dernière étape, avec un « corrélateur », sert à localiser la fuite encore plus précisément. Deux capteurs sont installés à plusieurs dizaines de mètres de distance du point identifié et l’appareil « calcule la vitesse de propagation de l’onde sonore », indique Thierry Verjus. Il entre quelques paramètres dans sa machine, la nature de la canalisation (de la fonte ductile) et son diamètre et le verdict tombe : l’épicentre de la fuite se situe à 35,1 m du premier détecteur et à 11,7 m du second.

Le corrélateur est utilisé pour localiser précisément une fuite sur une canalisation en ligne droite
Le corrélateur est utilisé pour localiser précisément une fuite sur une canalisation en ligne droite – F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

« Elle est probablement en limite de propriété, conclut-il après de nouvelles écoutes. Il faut fixer un rendez-vous avec le syndic de la copropriété afin de programmer, par sécurité, une recherche en partie privative. Puis, en fonction du résultat, nous procéderons à la réparation. » Dans les prochains jours. Et avec des engins de chantier.

Quatre millions d’euros d’investissement 

Rien qu’en 2021, ce sont 553 fuites qui ont été ainsi traitées sur le périmètre de la ville de Nice, dont 409 sur des branchements et 144 directement sur des canalisations. Pour combien de milliers (ou plus) de mètres cubes d’eau perdus ? Difficile à quantifier répond la métropole qui a repris le service de l’eau en régie depuis 2015. Mais la collectivité veut en tout cas se donner les moyens de lutter contre ce gaspillage.

En sept ans, le nombre de ses « traqueurs de fuite » est passé de quatre à six et un septième est en cours de recrutement. « La réduction des pertes en distribution des systèmes d’alimentation en eau potable est un enjeu considérable dans un contexte de tension », assure-t-elle alors que la préfecture a placé Nice, parmi d’autres communes, en « alerte renforcée sécheresse », au moins jusqu’au 18 septembre. Elle précise aussi avoir investi 4 millions d’euros, rien que l’année dernière, pour le renouvellement des réseaux.