Marseille : « Est-ce qu’on a rassuré la CGT ? La réponse est non », prévient Castaner, nouveau patron du port

« Ah, quand il y a une personnalité, tout de suite, il y a du monde, hein ? » La salle, située au cinquième étage du Silo, ancien hangar du port de Marseille reconverti en salle de spectacle, est pleine de journalistes. Tous savent en effet que cette conférence de presse est pour le moins particulière. Certes, le traditionnel bilan annuel du Grand port maritime de Marseille (GPMM) se tient en présentiel, après des années de distanciel en raison de l’épidémie de coronavirus. Surtout, le nouveau président du conseil de surveillance du port va tenir là sa première conférence de presse. Et ce  n’est autre que l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, parachuté après sa défaite aux élections législatives de juin dernier, qui occupe le poste.

Assis aux côtés du président du directoire du port, Hervé Martel, l’ancien député des Alpes-de-Haute-Provence se sait attendu au tournant. Et dès son introduction, donne le ton, pour ne pas dire détonne, fidèle à sa gouaille légendaire. « J’ai enfin compris en arrivant ici pourquoi j’ai enfin souhaité être président du grand port maritime de Marseille, lance Christophe Castaner. J’ai toujours rêvé de monter sur la scène au Silo. Et patatras ! Me voilà ici. Et il y a un truc que, je suis sûr, vous avez pas fait, et que j’ai fait en arrivant ici. J’ai regardé la programmation du Silo. La semaine dernière, c’était Izia. Salle comble. Pour ceux qui n’ont pas en tête, Izia, c’est Mon cœur, Trop vite… Tous ces succès ! On a encore un peu de marge de progression. Et j’ai regardé la programmation de la semaine prochaine. Il y a le Lac des Cygnes. Je sais pas si on va pouvoir s’y coller directement… » Et de s’adresser à Hervé Martel : « Par contre, le 3 février, il faut qu’on y soit tous les deux. J’ai noté à la programmation Un couple magique. Alors, je ne sais pas ce que c’est, mais ça nous prépare à cette montée sur scène ! »

« On le jugera aux actes »

Pour Christophe Castaner, l’heure de se jeter dans le grand bain a en effet sonné. Après une conférence de presse ce mardi matin, le nouveau président du conseil de surveillance du port nommé en décembre dernier s’adressait cet après-midi aux personnels du port, avant une prise de parole devant les représentants institutionnels ce soir. Alors, en attendant ces rendez-vous stratégiques, force est de constater que le nouveau président veut donner l’image d’un homme qui maîtrise les aspects techniques et les enjeux des dossiers portés par le port. « Vous avez vu, j’ai bossé un peu, hein ? », s’amuse Christophe Castaner alors que la lumière des caméras s’éteint.

Il faut dire que le parachutage de l’ancien ministre à la tête du port de la cité phocéenne a été fraîchement accueilli par les syndicats. Ces derniers ont déposé un préavis de grève peu après cette annonce. Deux jours avant son élection, la CGT des ouvriers dockers des bassins ouest du port de Marseille-Fos a même organisé une conférence de presse pour réclamer des investissements en urgence, égrainant une série de propositions.  « Soit notre projet est repris et on développe les bassins ouest du port, soit on va se fâcher », avait alors lancé Christophe Claret, secrétaire général CGT des ouvriers dockers du Golfe de Fos. Et de prévenir, quant à la nomination de Christophe Castaner : « On le jugera aux actes ».

« Il y a des inquiétudes »

« Ce que porte la CGT des dockers ou même dans son mémorandum national le CGT maritime au niveau national est parfaitement cohérent avec notre vision du port de Marseille, affirme Christophe Castaner. Il faut sur ces sujets investir massivement. Quand on regarde le volume des investissements qui seront faits sur la zone de Fos, entre le privé et le public on est sur des montants largement supérieurs au chiffre évoqué par la CGT. Est-ce qu’on les a rassurés ? La réponse est non. Ce serait bien présomptueux. Nous, on peut porter une vision, mais eux le vivent depuis des générations, avec des habitudes, et notamment l’omniprésence des hydrocarbures. Et il y a des inquiétudes. »

Et de lancer : « Nous sommes dans un modèle qui se termine, y compris sur l’économie du port. La rente du pétrole, qui a permis de financer de nombreuses autres activités sur le port, est en questionnement aujourd’hui, parce qu’il n’y a plus de rente du pétrole. ». Contactés, ni les représentants de la CGT des dockers de Fos ni ceux du GPMM n’ont donné suite à nos sollicitations.