Du colza OGM, interdit en Europe, a poussé en France en 2022 à cause de « lacunes » lors de son transport

Une « lacune » aux conséquences durables. Des graines de colza OGM, sans doute tombées de camions bennes en chemin vers une usine du port de Rouen, ont germé début 2022, indique l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses). Mais il y a un double problème. La culture des colzas génétiquement modifiés est interdite en Europe, mais ils peuvent être importés pour être transformés et utilisés sur place. On les retrouve dans certaines huiles alimentaires, la nourriture du bétail ou encore sous forme d’agrocarburants.

Et les plants, qui ont depuis été détruits mais peuvent repousser, ont été repérés en bord de route sur plusieurs kilomètres autour de l’usine. L’Anses estime que les gènes modifiés peuvent s’hybrider avec les cultures locales, notamment par dispersion du pollen. Heureusement, dans le cas repéré en Normandie, cela « ne pourrait aboutir qu’à un taux de contamination extrêmement faible », s’agissant de « plants diffus sur de très petites surfaces », et non de champs de colza OGM.

Une importation canadienne

Les investigations ont relié la dissémination des colzas OGM à l’activité d’une usine Saipol, filiale du numéro un français des huiles Avril, basée dans la zone industrialo-portuaire de Rouen. Cette usine importe du colza OGM depuis 2016, principalement en provenance du Canada où cette culture est autorisée. L’alerte remonte à la fin février 2022, quand l’association Inf’OGM, critique de ces cultures, a découvert des plants de colza en bord de route et décidé de les faire analyser.

« C’était une dizaine de plants maigrichons, mais bien en fleur », décrit le fondateur d’Inf’OGM, Christophe Noisette. Les premières analyses révèlent la présence d’un transgène. Inf’OGM alerte le ministère de l’Agriculture qui fait ses propres prélèvements en avril, demande la destruction des plants en mai puis saisit l’Anses pour évaluer les mesures à prendre et formuler des recommandations.

Des plants qui résistent au glyphosate

Dans le cas normand, la dissémination des OGM « provient très probablement et en grande majorité de pertes liées au transport par brouettage (camion-benne) des graines », relève l’Anses. « Le colza est une plante extrêmement volatile. C’est de la naïveté de croire que l’OGM ne se disséminera pas ou alors il faut des systèmes hyper étanches. Là, ce n’est pas du tout étanche, c’est de l’artisanat », estime Christophe Noisette, expliquant avoir observé « du colza qui volait » lors du déchargement des navires.

Les graines à huile arrivent par bateau et sont déchargées au niveau de deux terminaux portuaires d’où elles sont transportées soit par un système de convoyage, soit par camion-benne jusqu’aux silos de stockage adjacents à l’usine Saipol, qui appartiennent à l’entreprise Sénalia. Selon l’Anses, « les procédures mises en place par l’usine Saipol et visant à limiter la dissémination des graines lors du transport sont insuffisantes ou incorrectement mises en place ». Depuis, un « plan d’action mis en œuvre pour éviter la dissémination de graines a été renforcé », a réagi l’entreprise.

Les prélèvements ont révélé la présence de quatre colzas génétiquement modifiés différents : ils ont été conçus pour tolérer un herbicide de type glyphosate afin qu’en cas de pulvérisation sur les cultures, seules les plantes indésirables soient éliminées. Du fait des cycles de dormance des graines, « de nouveaux plants de colza GM pourraient être observés pendant plusieurs années », observe l’Anses, qui préconise donc une surveillance renforcée et une destruction des plants à intervalle régulier.