
Six mois de guerre États-Unis-Iran : où en sont les objectifs de Trump ?
Quelles leçons tirer des six mois de conflit entre les États-Unis et l’Iran ? En se penchant sur le chemin parcouru depuis le début des hostilités, il est possible d’évaluer l’écart entre les ambitions affichées par l’administration américaine et les résultats obtenus.
Le 28 février, les premières frappes aériennes ont été lancées par les États-Unis et Israël, ciblant des installations militaires et des infrastructures gouvernementales en Iran. Cette offensive nocturne a rapidement fait le tour du monde, suivie d’un discours de Donald Trump, diffusé sur le site de la Maison Blanche.
Dans son allocution, le ton de Trump était plus grave que d’habitude. Arborant une casquette « USA », il s’est adressé à la nation pour justifier l’intervention militaire américaine dans cette région éloignée. Il a présenté l’Iran comme une menace persistante, à la fois vitale et imminente.
« Notre objectif est de défendre la population américaine en éliminant les menaces imminentes du régime iranien, » a déclaré le président, qualifiant l’Iran de « menace de mort depuis 47 ans. »
Dans son discours, Trump a également évoqué un objectif précis : empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Il a affirmé que le régime iranien avait « armé, entraîné, financé des milices terroristes » et cherchait à relancer son programme nucléaire, menaçant ainsi les alliés des États-Unis et leurs troupes à l’étranger. Toutefois, des experts soulignent que l’Iran n’était pas en mesure de produire une arme nucléaire à court terme, nécessitant encore un à deux ans pour enrichir suffisamment son uranium.
Nour Eid, chercheuse en prolifération nucléaire, a commenté que « Donald Trump n’a fait que retarder ce programme nucléaire, » sans garantir que l’Iran ne pourrait pas le relancer dans un avenir proche. Actuellement, le suivi du programme nucléaire iranien par l’AIEA est inexistant, ce qui soulève des inquiétudes quant à la transparence de la situation.
Dans son discours, Trump a également promis aux Iraniens que l’offensive américaine ouvrirait la voie à un changement de régime. « Au grand et fier peuple iranien, je dis ce soir que l’heure de votre liberté est proche, » a-t-il déclaré, tout en conseillant à la population de rester chez elle en raison des bombardements. Cependant, cet objectif n’a pas été atteint. Bien que le régime ait été affaibli et que des pressions économiques aient été exercées, le gouvernement iranien est toujours en place.
Les espoirs de la diaspora iranienne d’une chute rapide du régime se sont rapidement dissipés. Face à la situation, Trump a cessé d’évoquer un renversement imminent. De plus, l’Iran a utilisé le blocage du détroit d’Ormuz, un passage maritime crucial pour le pétrole mondial, comme levier, ce qui a conduit à des négociations entre Washington et Téhéran, sous l’égide du Pakistan, pour un cessez-le-feu.
Malheureusement, cet accord n’a pas duré et a été rapidement violé par les deux parties, laissant le détroit d’Ormuz en grande partie paralysé.
Après six mois de conflit, le bilan de cette guerre est mitigé. Les frappes américaines n’ont pas permis d’atteindre les objectifs fixés et ont engendré des coûts humains et économiques considérables. Donald Trump, face à cette impasse, envisage maintenant de passer d’une guerre militaire à une guerre économique, alors que les élections de mi-mandat approchent.
Serge Jaumain, codirecteur d’AmericaS, a souligné que « Donald Trump est en train d’examiner comment on peut passer d’une guerre militaire à une guerre économique, » en raison des coûts croissants de l’engagement militaire. La désapprobation du public à l’égard de cette guerre est également notable, comparable à celle observée durant la guerre du Vietnam.
Ainsi, l’administration Trump semble se diriger vers une nouvelle stratégie visant à asphyxier économiquement l’Iran, tout en cherchant à éviter des répercussions électorales négatives.
