El Teatro à Saint-Pétersbourg « Le Fou » ne cesse pas son voyage universel
«Le Fou» de Taoufik Jebali a été présentée le 26 mai sur la scène du Théâtre de Liteiny à Saint-Pétersbourg lors de la 27e édition du festival international de théâtre Youth Theatre Fest. Cette reprise d’un texte inspiré de Gibran Khalil Gibran confirme que le spectacle continue, dix ans après sa création, à résonner avec une actualité troublante.
Présentée le 26 mai sur la scène du Théâtre de Liteiny, cette reprise d’un texte inspiré de Gibran Khalil Gibran confirme l’impact universel d’un spectacle qui, dix ans après sa création, résonne avec une actualité troublante.
La participation de la pièce «Le Fou» de Taoufik Jebali à la 27e édition du festival international de théâtre Youth Theatre Fest à Saint-Pétersbourg marque une nouvelle étape dans le parcours d’une œuvre unique du théâtre tunisien contemporain. Déjà présentée à El Teatro, «Le Fou» est une expérience mémorable. Plus qu’une pièce au sens traditionnel, l’œuvre de Taoufik Jebali s’apparente à une traversée sensorielle et spirituelle où les frontières du récit s’effacent au profit d’une exploration du langage, du corps et de la voix.
Dans l’univers de Jebali, le texte de Gibran devient une matière vivante. Les mots ne sont pas simplement prononcés : ils sont étirés, fragmentés et projetés dans l’espace. Les acteurs ne se contentent pas de jouer des personnages traditionnels ; ils deviennent des présences, des souffles, des vibrations. La scène paraît illimitée, créant un univers abstrait où seule la sensibilité du spectateur peut établir ses propres repères.
Cette abstraction radicale ne fait jamais obstacle à l’émotion. Au contraire, elle intensifie celle-ci. Dans «Le Fou», la parole de Gibran émerge comme une voix prophétique qui interroge notre époque, ses violences, ses exclusions et ses formes d’autoritarisme. La folie évoquée n’est pas celle de la perte, mais celle de la liberté : une folie qui refuse l’asservissement et cherche refuge dans la contemplation et l’humanité.
Ce qui impressionne dans la mise en scène de Taoufik Jebali, c’est sa capacité à transformer le texte en une expérience plastique totale. Lumière, son, mouvement et silence s’assemblent pour créer une architecture sensorielle d’une extrême précision. Les corps se transforment en tableaux, presque en peintures mouvantes évoquant l’univers visuel de Gibran lui-même. Rien n’est décoratif ; chaque geste semble porter une tension intérieure.
La reprise de «Le Fou» aujourd’hui constitue également un geste artistique et politique fort. Dans un monde saturé de bruit, de divisions et de certitudes brutales, Jebali remet au centre une parole poétique, spirituelle et profondément humaine. Une parole qui invite davantage à ressentir qu’à comprendre.
La présence de cette œuvre au festival de Saint-Pétersbourg témoigne ainsi de la capacité du théâtre tunisien à interagir avec des publics internationaux tout en préservant son identité. «Le Fou» ne recherche pas l’universalité par la simplification ; il y parvient en raison de son exigence esthétique et de sa profondeur philosophique.

