
France – Espagne : Didier Deschamps a-t-il raté sa sortie tactique ?
Didier Deschamps a quitté son poste de sélectionneur de l’équipe de France après quatorze ans de service, suite à une défaite face à l’Espagne (0-2) lors de la demi-finale de la Coupe du monde. La France a perdu son premier match à élimination directe en Coupe du Monde depuis le quart de finale 2014 contre l’Allemagne (0-1), mettant fin à une série de 11 rencontres de la sorte sans défaite.
De notre envoyé spécial à Dallas, son univers impitoyable
Commençons par une confession. Sur l’autoroute à cinq voies qui nous menait à l’AT & T Stadium dans la banlieue de Dallas pour assister à la demi-finale de la Coupe du monde entre la France et l’Espagne, nous avons questionné notre inestimable collègue : « Tu penses que s’il gagne une nouvelle Coupe du monde, Didier Deschamps aura droit à sa statue en France ? » La réponse penchait vers l’affirmatif, alors qu’un énorme camion nous doublait par la droite.
Quelques heures plus tard, les outils nécessaires à la construction d’une statue ont été enterrés au fond du jardin. Si Didier Deschamps détient le plus impressionnant palmarès du football français (deux Coupes du monde, une en tant que joueur, l’autre comme entraîneur), son avant-dernière prestation aux commandes des Bleus prend fin de manière décevante avec une défaite contre des Espagnols (0-2) largement dominants. Un scénario qui se répète inlassablement d’année en année.
L’Espagne, la bête noire de Deschamps
Depuis trois ans, la Roja s’est donné pour mission de faire souffrir les supporters français, avec trois demi-finales consécutives (Euro 2024, Ligue des nations 2025 et donc Coupe du monde 2026) remportées face aux Bleus. Interrogé en conférence de presse pour tenter de comprendre cette réussite, Luis De La Fuente a taquiné en affirmant que ce match opposait « l’une des meilleures sélections du monde contre la meilleure équipe ».
Si les Bleus de Deschamps avaient été séduisants depuis le début du Mondial, ils ont chuté face à une véritable machine collective. Et peu importe si la star de cette équipe, Lamine Yamal, était loin de son meilleur niveau. La Roja a su faire sans ses éclairs de génie. Les Bleus, qui abordaient cette demi-finale avec une grande confiance, ont subi une désillusion. Les déclarations de Kylian Mbappé et Rayan Cherki ont révélé des tensions évidentes sur le terrain.
« Ici, on sait tous qu’on faisait peur à tout le monde, a confié l’ancien Lyonnais. La seule équipe capable de nous éliminer, c’était nous-mêmes. Et c’est ce qui est arrivé. On a été battus, techniquement, tactiquement, dans les duels. »
« On n’a pas fait le match qu’on voulait faire, que ce soit tactiquement ou même techniquement et dans le niveau global qu’on a fourni, a admis de son côté le capitaine des Bleus sur M6. L’Espagne a dicté son tempo, c’était à nous de changer ce rapport de force. On a échoué. Dès le départ, on s’est retrouvé à 2 contre 3 au milieu et contre l’Espagne, c’est compliqué. »
Le milieu, le gros problème des Bleus
Cela devient encore plus problématique lorsque le milieu de terrain est complètement désorganisé par des choix difficiles à comprendre, comme la titularisation d’Aurélien Tchouaméni. Blessé depuis plusieurs jours, le vice-capitaine des Bleus avait manqué les deux derniers matchs et il n’a jamais semblé dans le rythme de cette demi-finale, se « cachant » souvent entre les deux défenseurs centraux pour relancer, hésitant dans son placement défensif (comme sur l’énorme action collective de la Roja en première période) ou étant trop neutre en attaque.
Manu Koné, excellent lors du match contre le Maroc, a donc observé le début de la rencontre depuis le banc des remplaçants, avant d’entrer à la mi-temps à la place d’Adrien Rabiot… qui était jusqu’alors le meilleur joueur sur le terrain avec un nombre incalculable de ballons récupérés. Deschamps a justifié ce choix en raison du carton jaune reçu par l’ancien Parisien en première période, son absence s’étant révélée préjudiciable après la pause, Koné n’ayant pas su apporter le même volume de jeu.
On peine également à comprendre pourquoi Désiré Doué n’a pas été titulaire. Ce n’est pas que Bradley Barcola ait réalisé un mauvais match, c’est même lui qui a été le plus en vue en attaque, mais l’ancien Rennais aurait pu offrir la possibilité, comme face au Maroc où il avait été très bon, de jouer en troisième milieu pour soutenir le double pivot (dans une sorte de Blaise Matuidi 2018). Il aurait été précieux dès le début pour contrecarrer le trio Rodri-Ruiz-Olmo.
Suffisant pour se poser la question (facile après une défaite) de savoir si Didier Deschamps, emporté par l’enthousiasme de ce quatuor offensif de gala face à des nations abordables, n’aurait pas dû revenir à son pragmatisme légendaire avec son traditionnel milieu à trois contre une équipe aussi forte que l’Espagne.
Des remplacements qui n’ont rien changé
Un autre souci lors de cette avant-dernière sortie de Didier Deschamps a été sa lecture du match, notamment le choix de repositionner Olise sur le côté après un début catastrophique, et de place Dembélé dans l’axe au bout de vingt minutes, une option peu fructueuse lors de la première période face au Sénégal en début de tournoi. Olise a continué de flirter avec l’échec et a réussi à « contaminer » le Ballon d’or.
Didier Deschamps a tardé à faire des changements pour insuffler un nouveau souffle à l’équipe. Si Doué est entré à la place de Barcola peu avant l’heure de jeu, Michael Olise est resté sur le terrain jusqu’à la 72e minute alors qu’Ousmane Dembélé a joué l’intégralité de la rencontre sans réussir à faire la différence face à Cucurella, affichant des lacunes techniques.
L’une des meilleures attaques de cette Coupe du monde a terminé avec 0,3 expected goals. Désolant, même si la défense espagnole, qui n’a encaissé qu’un but durant le tournoi, y contribue également. « L’Espagne nous a été supérieure aujourd’hui, il faut savoir le reconnaître, a affirmé Didier Deschamps. On est un groupe de compétiteurs et s’arrêter avant la fin, ça fait mal. Il faut accepter la défaite, il reste encore la petite finale. » Cette petite finale de Coupe du monde, programmée samedi à Miami, n’était sûrement pas la conclusion espérée pour celui qui en a déjà connu deux grandes sur le banc.
