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Football : Ils souhaitent également vendre la Coupe du monde


La quête incessante de profits menace le sport le plus populaire au monde de sombrer dans un mercantilisme exacerbé, qui l’éloignerait de la popularité ayant fondé son succès.

Souvent en désaccord sur divers sujets, les acteurs et instances du football se sont rarement aussi unis pour dénoncer le projet de vendre des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés, initiative portée par Gianni Infantino, président de la FIFA.

Pourtant, à l’origine, le football n’a jamais été une question de dissensions ni d’argent. C’est un sport populaire qui rassemble des enfants autour d’un ballon, que ce soit sur le bitume des rues ou lors des récréations.

C’est précisément cette simplicité qui lui a permis de conquérir le monde. Des quartiers populaires de Buenos Aires aux ruelles de Casablanca, des plages de Rio aux villes européennes, le football est un langage universel. Un sport capable de transcender les frontières, les cultures, les générations et les classes sociales. Ironiquement, c’est ce succès populaire qui semble aujourd’hui le condamner.

À mesure que les audiences ont explosé et que les revenus ont atteint des sommets, les compétitions se sont multipliées, les calendriers se sont alourdis et les joueurs sont progressivement devenus des actifs financiers autant que des sportifs.

La Coupe du monde n’échappe pas à cette réalité. Après avoir élargi le tournoi à 48 équipes, puis envisagé un format à 64 sélections pour célébrer son centenaire, la FIFA envisage désormais d’ouvrir une partie de ses revenus à des investisseurs privés.

Comme si la compétition la plus prestigieuse au monde n’était plus seulement un événement sportif, mais un produit dont il faudrait maximiser la rentabilité.

Le plus préoccupant n’est pas tant le principe lui-même, mais ce qu’il révèle en filigrane. Un investisseur n’engage jamais des milliards de dollars par passion. Il attend un retour sur investissement, ce qui implique inévitablement des dérives.

Le football risque alors de devenir prisonnier d’une logique qui lui est étrangère. Car l’intérêt économique finit toujours par l’emporter sur le romantisme. À force de vouloir repousser les limites de la rentabilité, les dirigeants prennent le risque d’oublier ce qui constitue la valeur réelle de leur produit.

La Coupe du monde n’est pas devenue la compétition la plus rentable parce qu’elle génère beaucoup d’argent. Elle rapporte beaucoup d’argent parce qu’elle est la compétition la plus prestigieuse du monde.

Sa rareté lui confère sa valeur. Son attente nourrit sa magie. Tous les quatre ans, elle suspend le temps, rassemble des milliards de téléspectateurs et transforme chaque rencontre en un souvenir intemporel. En cherchant à la considérer comme un actif financier, on risque de banaliser ce qui faisait justement son caractère exceptionnel.

Cette fuite en avant illustre également un cruel paradoxe. Jamais le football n’a généré autant de richesses, et pourtant, il semble plus éloigné que jamais de son essence.

Or, aucune stratégie financière, aussi brillante soit-elle, ne remplacera jamais ce qui fait battre le cœur du football. L’émotion d’un enfant qui tape dans un ballon pour la première fois. La ferveur d’un stade qui retient son souffle avant un penalty. Les larmes d’un joueur réalisant son rêve. La joie d’un peuple qui oublie tout pendant quatre-vingt-dix minutes.

Le football est devenu le sport le plus populaire au monde parce qu’il appartient à tout le monde. Il serait tragique qu’en cherchant à toujours mieux le vendre, ses dirigeants finissent par lui faire perdre ce qui, justement, n’a pas de prix.