France

À Lyon, des coiffeurs bénévoles offrent des soins aux sans-abri

Ce soir-là, le soleil brille encore haut dans le ciel lorsque l’équipe de Coiffure du cœur arrive sur la place Carnot, à Lyon. À proximité d’une distribution de repas, une dizaine de bénévoles s’affairent à installer des chaises pliantes, à sortir des blouses et à se munir de tondeuses. En moins de cinq minutes, un véritable « salon de coiffure de rue » est opérationnel. Dans le même temps, une file de « clients » se forme. Depuis 2023, une fois par mois, cette association offre gratuitement des coupes de cheveux et de barbes aux personnes sans-abri et en grande précarité.

L’initiative a vu le jour à Toulon en 2019, grâce à la coiffeuse Hélène Boiron et deux autres bénévoles. « On avait envie d’être utile, d’apporter ce qu’on savait faire, explique-t-elle. On a compris très tôt qu’une coupe de cheveux pouvait être bien plus qu’un geste esthétique, ça peut redonner de l’estime de soi, du lien social. Pour certaines personnes, c’est un moment de répit. Pour d’autres, une façon de se reconnaître à nouveau dans le miroir. Parfois même, le premier pas d’une réinsertion. » La fondatrice de l’association souligne que l’un des premiers renoncements lorsque l’on est en grande précarité sociale ou matérielle est « celui de l’accès aux soins » et « au bien-être ».

Nicolas, 70 ans, confirme cette réalité. Se faire couper les cheveux représente un coût qu’il ne peut se permettre. Ce Lyonnais, en difficulté financière, profite de la maraude alimentaire pour bénéficier d’une coupe de cheveux et de barbe chaque mois. « Depuis qu’il y a cette association, ça a changé ma vie. J’estime que les personnes qui sont dans la rue ont aussi le droit à de la considération », déclare-t-il. Il ajoute : « Quand je viens, j’oublie tous mes soucis. »

Marie-Antoinette, 76 ans, partage un avis similaire. « Je ne suis bien que quand j’ai les cheveux courts », dit-elle en prenant place devant un coiffeur bénévole. Pour elle, ce sera « une coupe homme ». Après quelques coups de tondeuse et de ciseaux, un sourire apparaît sur son visage. « C’est le plus beau jour de ma vie, lance-t-elle. Je peux me regarder dans un miroir. »

Dégradé, à blanc, coupes spéciales… Bien que le service doive être « efficace » pour permettre à un maximum de personnes d’en bénéficier, les demandes peuvent également être exigeantes. « Et on les prend en compte. En tant que professionnelle, on peut tout faire. On peut aussi les conseiller en fonction de leur visage, etc. Ce n’est pas parce que ces personnes sont dans la rue qu’on doit moins les considérer », souligne Paloma, coiffeuse bénévole. Elle assure qu’elle réalise « les mêmes finitions » que dans son salon. « Je les traite aussi bien que les clients que je vois toute la journée », ajoute-t-elle.

Pour garantir une prestation « digne », l’association Coiffure du cœur propose des formations mensuelles afin d’acquérir des « techniques de perfectionnement pour être rapide et bien faire » avec des « coiffeurs de renommée » pour tous ses bénévoles, qui peuvent être des professionnels, des retraités ou des autodidactes.

« À notre premier salon éphémère, on n’était que trois pour quinze personnes. Maintenant, l’association est présente dans dix-sept villes en France et il y a plus de 130 coiffeurs bénévoles », conclut Hélène Boiron. Ce soir-là, entre 30 et 50 personnes ont pu bénéficier d’une coupe en deux heures.