
PRIMA : 28 millions d’euros investis, la recherche marocaine ne recule pas
Depuis 2018, PRIMA a établi une collaboration entre le Maroc et l’Union européenne, axée sur des recherches concernant l’eau, l’agriculture et l’alimentation. Avec 152 projets soutenus et 28,4 millions d’euros mobilisés, le programme commence à générer des résultats tangibles tant dans les laboratoires que sur le terrain.
L’essentiel
Depuis 2018, les équipes marocaines ont participé à 152 projets PRIMA, dont six sous coordination nationale, pour un total de 28,4 millions d’euros de financements. Le programme a permis d’équiper les laboratoires, de former de jeunes chercheurs et de tester des solutions appliquées à l’eau, à l’agriculture et à l’alimentation. Des innovations telles que le dessalement, l’irrigation intelligente ou la valorisation des résidus oléicoles ont déjà dépassé le stade du laboratoire. Leur diffusion à grande échelle demeure le principal défi, alors que le Maroc aspire à jouer un rôle plus important dans les priorités scientifiques euro-méditerranéennes.
Les détails
Le programme PRIMA répond à plusieurs défis pressants du Maroc, tels que le traitement de l’eau souterraine saumâtre pour l’irrigation, l’arrosage basé sur des capteurs, ou encore la transformation des résidus d’huileries en ressources agricoles. Face à la raréfaction de l’eau, au dérèglement climatique et à la vulnérabilité croissante des systèmes alimentaires, le Royaume et l’Union européenne ont renouvelé en mars 2026 l’accord encadrant la participation marocaine à PRIMA, prolongé jusqu’à la fin de 2027. Le Maroc s’est engagé à apporter 6,6 millions d’euros au programme pour la période 2025-2027.
PRIMA, qui signifie Partnership for Research and Innovation in the Mediterranean Area, regroupe les pays européens et ceux du sud de la Méditerranée autour de projets dédiés principalement à la gestion de l’eau, à l’agriculture durable et aux chaînes de valeur agroalimentaires. Des consortiums internationaux réunissent universités, centres de recherche, entreprises, administrations et acteurs des territoires, avec un financement conjoint de l’UE et des États participants. « Le Maroc est un partenaire engagé et actif depuis le lancement de l’initiative », a déclaré à Médias24 la Commission européenne, qui considère PRIMA comme l’un des programmes phares de la coopération scientifique entre les deux rives de la Méditerranée.
Jusqu’à 28,4 millions d’euros mobilisés
Les données disponibles montrent une participation marocaine soutenue, bien qu’elles correspondent à des périodes de référence distinctes. Les derniers chiffres validés par la Commission européenne, communiqués à Médias24 et couvrant les années 2018 à 2024, indiquent 137 participations marocaines à des projets financés par PRIMA. Les organismes nationaux ont reçu près de 26 millions d’euros, dont environ 12 millions prélevés sur le budget européen, plaçant le Maroc au sixième rang parmi les bénéficiaires du programme.
Le ministère marocain de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation a précisé à Médias24 que des équipes nationales ont participé à 152 des 304 projets financés depuis 2018, dont six sont sous coordination marocaine. Les financements accordés aux partenaires nationaux atteignent 28,4 millions d’euros, selon le ministère : 13,6 millions fournis par la Commission européenne et 14,8 millions par le Maroc, plaçant le Royaume parmi les cinq premiers pays participant à PRIMA.
Les systèmes agricoles représentent environ 45 % du portefeuille marocain, tandis que les chaînes de valeur agroalimentaires en constituent près de 27 %, et la gestion de l’eau environ 24 %. Plusieurs projets adoptent une approche transversale reliant l’eau, l’énergie, l’alimentation et les écosystèmes.
Des laboratoires renforcés, des responsabilités élargies
PRIMA a également modifié la position des équipes marocaines au sein des consortiums internationaux. « Les institutions marocaines ne sont plus uniquement des partenaires d’exécution ; elles participent pleinement à la conception scientifique, à la définition des objectifs, à la coordination des activités et à la gouvernance des projets », a souligné Faissal Aziz, professeur à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, dans un entretien avec Médias24.
Des chercheurs marocains dirigent désormais des lots de travail stratégiques et assurent la coordination de certains projets internationaux. Faissal Aziz pilote ainsi CYCLOLIVE, un projet consacré à la valorisation des sous-produits de l’industrie oléicole, visant à transformer les margines et les grignons en fertilisants ou en matériaux absorbants pour l’agriculture et le traitement de l’eau.
Dans ce cadre, l’Université Cadi Ayyad a inauguré en février 2026 à Marrakech la première plateforme de mésocosmes aquatiques en Afrique. Ces bassins expérimentaux reproduisent des écosystèmes dans un environnement contrôlé, permettant d’observer les effets de polluants ou d’évaluer de nouvelles solutions environnementales.
« Les financements PRIMA ont profondément renforcé les capacités de notre laboratoire », a déclaré Faissal Aziz à Médias24. Ils ont permis de recruter des doctorants, des postdoctorants et de jeunes chercheurs, ainsi que de financer des équipements scientifiques de précision et l’installation de sites de démonstration à l’échelle pilote ou préindustrielle.
Le professeur a également mentionné des fours solaires à haut rendement, des procédés de traitement des eaux usées industrielles et des polymères superabsorbants capables de retenir l’eau dans les sols. D’autres travaux portent sur la valorisation des déchets agricoles, avec certains résultats ayant conduit à des demandes de brevets, tandis que des doctorants préparent la création de start-up pour assurer le transfert industriel.
Du dessalement à l’irrigation intelligente
Plusieurs projets illustrent les applications déjà mises en œuvre au Maroc. SmaCuMed a développé un « Smart Irrigation Cube » qui associe le dessalement d’eaux souterraines saumâtres à une irrigation pilotée par des capteurs. Ce dispositif combine la désionisation capacitive par membranes et l’osmose inverse à basse pression, et son alimentation solaire lui permet de fonctionner de manière autonome dans des zones agricoles isolées. L’eau produite peut irriguer des cultures adaptées aux régions arides, telles que le palmier-dattier, l’olivier et l’arganier.
Le projet prévoit également la formation des utilisateurs et l’évaluation de la viabilité économique du dispositif, dont l’exploitation doit se poursuivre après l’achèvement du financement international. INTEL-IRRIS a conçu un système d’irrigation intelligente destiné principalement aux petites exploitations. Des capteurs mesurent l’humidité du sol et transmettent les données à une application, qui les interprète en fonction de la culture, du terrain et des besoins hydriques.
Ce dispositif vise à réduire les apports d’eau superflus tout en restant accessible aux agriculteurs. Il a été présenté et testé au Maroc en collaboration avec l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), notamment sur le domaine expérimental de Sidi El Aïdi, près de Settat. SUSTAINOLIVE s’est concentré sur la durabilité de la filière oléicole méditerranéenne, expérimentant des pratiques agroécologiques pour préserver les sols et mieux gérer l’usage de l’eau et des intrants, tout en s’intéressant à la biodiversité et à la valorisation des résidus issus de la production d’huile.
À travers ces projets, PRIMA finance l’équipement des laboratoires, la formation de chercheurs et la conception de prototypes, tout en favorisant les liens entre les universités et les acteurs appelés à utiliser les solutions développées, qu’il s’agisse d’entreprises, d’agriculteurs, de collectivités ou d’associations.
Le passage à l’échelle, principal point de blocage
Il existe souvent un écart considérable entre la réussite d’un prototype et son adoption durable. Une innovation peut être techniquement performante tout en ne s’accordant pas avec les pratiques locales. Son avenir dépend également de l’entretien du dispositif et de l’implication des utilisateurs. « L’association des acteurs n’est jamais acquise par le seul dispositif institutionnel : elle se construit, se négocie, et parfois échoue », a averti Mostafa Errahj, professeur à l’École nationale d’agriculture (ENA) de Meknès, dans un entretien avec Médias24.
Ses recherches sur les associations d’usagers de l’eau et les organisations locales montrent que la participation prévue dans les documents de projet est souvent remodelée sur le terrain. Les rapports de pouvoir, le poids des notabilités et les inégalités d’accès aux ressources influencent directement l’accueil d’une solution. L’un des écueils les plus fréquents réside dans l’attention portée aux performances de l’équipement, au détriment de « la maturation sociale du collectif qui devra le faire vivre ». Une technologie peut répondre à un besoin identifié tout en restant inadaptée aux relations entre agriculteurs, aux moyens de leur organisation ou aux contraintes administratives.
MORFeuS, déployé notamment dans la vallée du Dadès, tente de surmonter cet obstacle en associant chercheurs, agriculteurs, administrations et acteurs locaux dès la définition des solutions. Le projet aborde conjointement les enjeux liés à l’eau, à l’énergie,
