Maroc

Bourse de Casablanca : un été inédit pour le MASI


Entre la mi-juillet et la fin août, le MASI a progressé de 4,06% en 2023, 3,72% en 2024 et 6% en 2025. Depuis le début de 2026, le volume quotidien moyen sur le marché central ressort à 373,6 millions de dirhams (MDH), contre 481,85 MDH sur la même période en 2025, soit un recul de 22,47%.


Au cours des trois dernières années, l’indice boursier principal de la place Casablancaise a enregistré des hausses consécutives de 4,06 %, 3,72 % et 6 % entre la mi-juillet et la fin août, sans diminution systématique des volumes échangés. En 2026, la situation du marché, marquée par un recul du PER estimé à 18,8x et des incertitudes sur le plan international, présente une configuration différente.

L’essentiel

Entre la mi-juillet et la fin août, le MASI a enregistré une progression de 4,06 % en 2023, 3,72 % en 2024 et 6 % en 2025, démontrant que les congés estivaux n’ont pas freiné le dernier cycle haussier.
Depuis le début de l’année 2026, le volume quotidien moyen sur le marché central s’élève à 373,6 millions de dirhams (MDH), contre 481,85 MDH à la même période en 2025, ce qui représente une baisse de 22,47 %.
La correction intervenante a permis d’alléger les valorisations : le PER estimé du marché pour 2026 est passé de 20,9x en janvier à 18,8x au 10 juillet, avec des baisses plus marquées dans les secteurs de la construction, des infrastructures et certaines valeurs bancaires.

Les détails

Après trois exercices de forte progression, le marché boursier a connu une phase de consolidation, marquée par des prises de bénéfices et une plus grande sélectivité de la part des investisseurs, dans un contexte international incertain. Cette évolution se reflète également dans les échanges. Depuis le début de l’année, le volume quotidien moyen sur le marché central est de 373,6 MDH, en baisse par rapport à 481,85 MDH sur la même période en 2025.

Où en est la Bourse à l’entrée de l’été 2026 ?

« L’activité reste toutefois supérieure aux niveaux observés avant l’accélération de 2025. Il ne s’agit donc pas d’une rupture, mais d’un retour à un marché moins animé, après une année particulièrement soutenue », commente un analyste de la place. Les échanges se concentrent régulièrement sur un nombre limité de valeurs, tandis que plusieurs secteurs ne participent pas à cette dynamique. Le marché ne corrige donc pas uniformément : certains titres subissent des prises de bénéfices après avoir fortement progressé, tandis que d’autres continuent d’être soutenus par leurs propres perspectives.

À cette consolidation s’ajoute un environnement extérieur plus incertain. Les tensions géopolitiques et les perturbations sur les marchés énergétiques génèrent de la prudence, notamment en raison de leur impact potentiel sur les cours du pétrole, les coûts de production et les marges des entreprises. Cette prudence est renforcée par la nouvelle fermeture du détroit d’Ormuz et les risques qui en découlent. Les investisseurs attendent aussi les résultats semestriels, qui permettront de comparer les niveaux de valorisation avec les performances opérationnelles des sociétés cotées. « Durant cette période, le marché est dans une phase d’attentisme, en quête de nouveaux catalyseurs susceptibles de relancer l’activité et les volumes. Comme nous l’avons souvent souligné, le marché fait actuellement face à un manque de liquidité », ajoute l’analyste.

Trois étés qui n’ont pas interrompu l’essor du marché

La prudence actuelle contraste avec le comportement observé au cours des trois derniers étés. Entre 2023 et 2025, la période de mi-juillet à fin août n’a pas constitué une parenthèse baissière pour la Bourse de Casablanca. Le MASI a continué de progresser durant chacune de ces périodes, même lorsque l’activité connaissait un ralentissement temporaire. En 2023, l’indice a gagné 4,06 % entre le 13 juillet et le 31 août, passant de 11.488,31 à 11.954,29 points. Bien que la progression ait connu des hésitations, le marché a maintenu une orientation favorable, avec 18 séances positives contre 15 négatives. Le recul maximal observé n’a pas dépassé 2,79 %, indiquant que les mouvements de correction sont restés contenus.

Ce schéma s’est répété en 2024. Entre le 15 juillet et le 30 août, le MASI a progressé de 3,72 %, passant de 13.433,94 à 13.933,46 points. La hausse a été mieux répartie dans le temps, avec 20 des 31 séances enregistrées se terminant dans le vert. Cependant, le marché a connu une volatilité au début du mois d’août, avec un repli maximal de 2,85 %, rapidement absorbé au cours des sessions suivantes.

L’été 2025 a été le plus dynamique des trois. Le MASI a gagné 6 % entre le 14 juillet et le 29 août, passant de 18.920,24 à 20.054,88 points. Malgré 13 séances négatives sur les 31 observées, le repli maximal est resté limité à 1,33 %. Les corrections ont donc été moins profondes alors que l’indice évoluait à des niveaux nettement plus élevés. « En effet, on a l’impression que les mois de juillet et d’août sont moins dynamiques, car c’est la période des vacances. Il y a donc moins d’activité et plusieurs personnes, qu’il s’agisse d’investisseurs ou d’autres intervenants, partent en congé. Mais cela ne veut pas dire que le marché dort, bien au contraire. Cette régularité ne permet pas d’ériger l’été en période systématiquement favorable. Trois années restent une séquence courte et correspondent surtout à un même cycle d’expansion de la cote. Cette séquence montre néanmoins que la saison estivale n’a, jusqu’ici, ni interrompu la hausse ni entraîné de correction durable. Même avec une participation parfois moins importante, les acheteurs ont continué à soutenir le marché, dans un environnement marqué par l’amélioration des résultats, le retour des introductions en bourse et un intérêt croissant pour les actions », explique notre analyste.

Cependant, l’été 2026 ne débute pas dans les mêmes conditions. Les années précédentes, le marché abordait cette période soutenu par une tendance haussière déjà bien établie. Cette fois, il y entre après plusieurs mois de consolidation. La comparaison avec les trois derniers étés ne fournit donc pas une trajectoire automatique, mais un point de référence pour apprécier l’ampleur des changements en cours.

Une liquidité estivale loin d’être systématiquement faible

« L’évolution des volumes invite également à nuancer l’idée selon laquelle l’été serait nécessairement synonyme d’un marché déserté ». Sur le seul marché central, le volume quotidien moyen est passé de 115,39 MDH durant l’été 2023 à 193,60 MDH en 2024, atteignant 535,42 MDH en 2025. Les montants cumulés sur ces périodes se sont établis respectivement à 3,81 milliards de dirhams (MMDH), 6 MMDH et 16,60 MMDH.

Cette progression spectaculaire d’une année à l’autre ne traduit cependant pas un effet propre à l’été, mais accompagne plutôt le changement d’échelle opéré par la Bourse de Casablanca durant son dernier cycle haussier. La montée des cours, l’élargissement de la base d’investisseurs et le retour des opérations financières ont progressivement relevé le niveau général des échanges. Pour mesurer la saisonnalité, il est donc nécessaire de comparer l’été au reste de la même année, et non les trois périodes entre elles.

En 2024, cette comparaison met en évidence un ralentissement. Le volume quotidien moyen a été de 193,60 MDH entre la mi-juillet et la fin août, contre 225,19 MDH depuis le début de l’année jusqu’au 12 juillet. L’activité a ainsi reculé de 14,03 % pendant l’été. Cette baisse est réelle mais n’a pas empêché le MASI de progresser de 3,72 % sur la période. Le marché a donc continué d’avancer avec des échanges moins soutenus.

En 2025, la situation est totalement différente. Le volume moyen quotidien central a été de 535,42 MDH durant l’été, contre 482,53 MDH avant cette période, soit une hausse de 10,96 %. La médiane s’est également établie à 537,33 MDH, un chiffre très proche de la moyenne. L’activité n’est donc pas seulement le fruit de quelques séances exceptionnelles : elle est restée soutenue sur l’ensemble de la période.

Les valorisations sont-elles redevenues attractives ?

« Oui, clairement. En janvier 2026, le P/E de l’ensemble du marché s’établissait à 20,9x. Il est actuellement de 18,8x ». La détente est particulièrement marquée dans les secteurs ayant atteint des niveaux de valorisation élevés. Dans la construction, les matériaux et les infrastructures, le PER 2026 a chuté de 27,3 fois à 21,2 fois. Plusieurs valeurs illustrent ce réajustement : le multiple de JET Contractors est passé de 28,6 fois à 18,7 fois, celui de TGCC a chuté de 33,7 fois à 25,1 fois et celui de SGTM a diminué de 40,6 fois à 24,4 fois.

Le mouvement touche aussi les banques, mais dans une moindre mesure. Le PER 2026 du secteur est passé de 13,1 fois à 11,8 fois. Celui d’Attijariwafa bank est passé de 14 fois à 12,7 fois, celui de BCP de 10,9 fois à 9,9 fois, alors que CIH Bank affiche désormais un multiple de 10,1 fois, contre 11,9 fois en début d’année.

D’autres valeurs ont également enregistré une détente plus prononcée. Le PER 2026 de LabelVie est passé de 20 fois à 14,4 fois, en raison d’une baisse du titre combinée à une augmentation des bénéfices prévus. Dans le secteur des télécommunications, le multiple de Maroc Telecom est revenu de 18,9 fois à 14,4 fois. TAQA Morocco reste, en revanche, valorisée à des niveaux élevés, malgré une baisse de son PER 2026, de 45,4 fois à 39,5 fois.

Source: medias24.com