Maroc

Biens de consommation : le Maroc importe davantage ce qu’il pourrait produire.


Les importations marocaines de produits finis de consommation ont atteint 203,5 milliards de dirhams en 2025. Cette somme représente une augmentation de plus de 40 milliards de dirhams en seulement deux ans. Bien que certains de ces biens soient difficiles à produire localement, une grande partie pourrait être fabriquée au Maroc.

L’essentiel

Les importations de produits finis de consommation ont atteint 203,5 milliards de dirhams (MMDH) en 2025, contre 163,2 MMDH en 2023. Cela représente une augmentation de 24,7 % en deux ans, soit un rythme plus rapide que l’ensemble des importations. L’automobile est le principal moteur de cette progression. Les voitures et leurs pièces ont constitué 73,3 MMDH en 2025, représentant 36 % de cette catégorie. Les indices de valeur unitaire des produits finis de consommation ont diminué en 2025. Cette tendance indique que l’augmentation de la facture est principalement due à une hausse des quantités importées, sans que les données disponibles permettent de mesurer directement les volumes. Certaines catégories de biens importés pourraient avoir un potentiel de substitution par une production locale, sans nécessiter de technologies particulièrement complexes. Cependant, leur fabrication au Maroc nécessite une offre compétitive en termes de prix, de qualité, de volumes et de distribution.

Les détails

Le Maroc a importé 203,5 MMDH de produits finis de consommation en 2025, contre 163,2 MMDH en 2023. La facture a donc augmenté de 40,3 MMDH en deux ans, soit une progression de 24,7 %, supérieure à celle de l’ensemble des importations. Les produits finis de consommation représentaient 24,7 % des importations marocaines en 2025. En d’autres termes, un dirham sur quatre dépensé dans les importations finance désormais cette catégorie. Ces produits expliquent près de 38 % de l’augmentation globale des importations entre 2023 et 2025.

La hausse ne semble pas provenir principalement des prix. La valeur des importations de produits finis de consommation a augmenté de 11,8 % en 2025 par rapport à 2024, tandis que leurs indices de valeur unitaire ont diminué au cours de l’année. Cette évolution suggère une augmentation des quantités importées, sans permettre de la mesurer directement.

Des importations tirées par l’automobile

Les voitures de tourisme constituent le principal moteur de la hausse. Leurs importations sont passées de 25,1 MMDH en 2023 à 39,4 MMDH en 2025, soit une progression de près de 57 %. Elles expliquent à elles seules plus du tiers de la hausse totale des importations de produits finis de consommation. Les pièces destinées aux voitures et aux véhicules de tourisme ont atteint 33,9 MMDH en 2025. Les voitures et leurs pièces représentent ainsi 73,3 MMDH, pesant 36 % des produits finis de consommation en 2025.

Cette situation révèle un paradoxe. Le Maroc est devenu une grande plateforme de production et d’exportation automobile, mais continue à importer une part significative des véhicules vendus sur son marché. Ce paradoxe s’explique en partie par un décalage entre les véhicules produits localement et les modèles demandés par les ménages et les entreprises. Les usines installées au Maroc ne fabriquent pas toutes les marques, motorisations et gammes de prix. Le marché demande également des véhicules premium, des modèles hybrides, des voitures électriques et des catégories qui ne sont pas encore assemblées localement.

Les importations de médicaments et de produits pharmaceutiques ont atteint 12,7 MMDH en 2025. Les ouvrages en matières plastiques ont dépassé 10,5 MMDH. Les meubles, les sièges, les matelas et les articles d’éclairage ont atteint 6,6 MMDH. Les cosmétiques et les produits de toilette ont dépassé 4,6 MMDH. Ces montants montrent que le phénomène ne concerne pas seulement des produits hautement technologiques, mais aussi des biens relativement simples. Or, un meuble, un matelas, un vêtement, une chaussure, une poêle, un article en plastique ou un produit cosmétique ne contiennent pas toujours une technologie inaccessible aux entreprises marocaines.

Le secteur privé doit reprendre le marché intérieur

Certaines catégories de biens de consommation relativement simples pourraient présenter un potentiel de substitution locale, sous réserve de la compétitivité des produits fabriqués au Maroc. Cette substituabilité ne garantit toutefois pas la vente du produit marocain. Le consommateur évalue également le prix, la qualité, le design, la marque et la disponibilité. Il choisit souvent le produit qui se trouve devant lui, au bon moment et à un prix compétitif.

Les importateurs disposent parfois d’un avantage de coût, car leurs fournisseurs produisent généralement de très grandes quantités. Ces derniers amortissent leurs machines sur plusieurs marchés, achètent leurs intrants à moindre coût et utilisent des chaînes logistiques déjà organisées. Ces économies d’échelle leur permettent de vendre au Maroc à des prix difficiles à égaler pour une petite entreprise locale.

Cependant, le prix ne suffit pas à expliquer le choix. Un produit étranger peut également offrir une qualité plus régulière et une gamme plus large. Il peut bénéficier d’une marque connue, d’un meilleur service après-vente ou d’une présence plus forte dans les grandes surfaces. Ces éléments réduisent le risque perçu par l’acheteur.

Le produit marocain souffre donc parfois moins d’un rejet que d’un manque de présence. Il peut être compétitif à la sortie de l’usine, mais perdre le marché faute de distribution. Il peut être de bonne qualité, mais rester absent des rayons. Il peut aussi manquer de volumes, de régularité ou de visibilité.

Le secteur privé doit considérer le marché intérieur comme un marché à conquérir. Il doit analyser les produits importés, leurs prix et leurs caractéristiques. Il doit ensuite investir dans les segments où la demande existe déjà. Le meilleur marché est souvent celui qui est déjà visible dans les statistiques d’importation.

Les entreprises doivent également produire en plus grandes quantités. Une production trop faible entraîne des coûts unitaires élevés. Ces coûts se répercutent sur les prix et limitent les ventes, empêchant ainsi l’entreprise de croître. Une commande importante et stable peut inverser ce mécanisme. Elle permet d’investir, de produire davantage et de réduire les prix.

Les distributeurs ont ici une responsabilité directe. Une grande enseigne peut commander un produit fini à l’étranger, mais elle peut aussi conclure un contrat à long terme avec un fabricant marocain. Ce contrat offre de la visibilité à l’entreprise, lui permettant d’acheter des machines, de former des salariés et de produire en volumes réguliers.

Les industriels marocains doivent parallèlement construire des marques solides. Le made in Morocco doit devenir une garantie de qualité. De même, l’État doit créer les conditions de cette montée en puissance. Il doit faciliter l’investissement, améliorer l’accès au financement et assurer une concurrence loyale.

Chaque produit remplacé par une offre locale peut engendrer un effet en chaîne. L’entreprise augmente sa production et commande davantage à ses fournisseurs. Elle recrute et investit, acquérant de l’expérience et réduisant ses coûts. La demande intérieure devient alors un moteur de développement industriel.

Il convient cependant de préciser que les produits finis de consommation comprennent également des pièces automobiles, des tissus, des fils et d’autres produits pouvant servir de consommations intermédiaires dans la fabrication d’autres biens. Ils ne se limitent donc pas uniquement aux produits achetés directement par les ménages.

L’effet du taux de change sur la compétitivité relative des produits importés et locaux mérite d’être étudié. Il ne permet pas, à lui seul, d’expliquer la progression des importations et devrait être analysé à partir de l’évolution du taux de change réel, des coûts de production et des prix pratiqués sur le marché marocain. Le taux de change peut éventuellement amplifier des écarts de compétitivité, mais ceux-ci trouvent aussi leur origine dans la productivité, les volumes de production, la qualité, la distribution et l’organisation des entreprises.