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Iran : Le New York Times révèle qu’Israël veut ramener Ahmadinejad.


Israël a mené pendant plusieurs années une opération secrète visant à rapprocher l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad de ses services de renseignement. Selon quatre hauts responsables iraniens, une Peugeot noire était arrivée peu après le bombardement pour évacuer l’ancien président.


Rencontres discrètes à Budapest, financements clandestins, attaque de sa résidence suivie d’une extraction dans une Peugeot noire : l’enquête révèle un scénario digne d’un récit d’espionnage, finalement avorté.

Israël a mené pendant plusieurs années une opération secrète visant à rapprocher l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad de ses services de renseignement et à préparer son éventuelle prise de pouvoir en Iran en cas de chute du régime, selon une enquête publiée lundi par le New York Times.

D’après les témoignages de responsables américains, israéliens et iraniens, majoritairement anonymes, l’enquête démontre que le Mossad a rencontré à plusieurs reprises M. Ahmadinejad à l’étranger, lui a fourni des fonds pour son logement et ses déplacements, et a tenté de l’extraire de Téhéran au début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran.

L’opération aurait commencé à prendre forme au plus tard en 2023, lors d’un déplacement de l’ancien président au Guatemala pour une conférence sur l’environnement. Mahmoud Ahmadinejad avait alors dû organiser un sit-in à l’aéroport de Téhéran, après que les forces de sécurité iraniennes ont tenté de l’empêcher de quitter le pays.

Elle a continué en 2024 en Hongrie, où l’Université nationale de service public Ludovika, à Budapest, a organisé une conférence sur le changement climatique servant, selon le quotidien américain, de couverture à des discussions entre M. Ahmadinejad et des représentants israéliens. Le recteur de l’établissement, Gergely Deli, affirme avoir été invité par un haut responsable hongrois à convier l’ancien dirigeant iranien. Il dit avoir accepté, estimant qu’il pouvait contribuer à établir un dialogue entre deux ennemis et, éventuellement, à sauver des vies.

David Barnea, alors à la tête du Mossad, se serait lui-même rendu à Budapest pour rencontrer Mahmoud Ahmadinejad. Les services israéliens auraient ensuite informé la CIA de leurs contacts avec l’ancien président iranien.

M. Ahmadinejad est retourné dans la capitale hongroise en juin 2025, quelques jours avant l’offensive israélienne du 13 juin qui a déclenché la guerre des Douze Jours entre Israël et l’Iran. Ses gardes du corps iraniens ont rapporté qu’il leur avait échappé à au moins deux reprises pour participer à de longues rencontres, qu’il avait présentées comme des échanges avec des universitaires. Lors de cette visite, l’ancien président, vêtu d’un costume sombre, avait prononcé en anglais un discours consacré à « l’humanité commune » et aux transformations de l’ordre mondial, abandonner son traditionnel verset coranique d’ouverture.

Le projet israélien aurait culminé le 28 février 2026, dans les premiers jours de l’offensive menée contre l’Iran. Une frappe israélienne avait alors visé la résidence de M. Ahmadinejad, notamment le bâtiment occupé par ses gardes du corps et son véhicule blindé. Selon quatre hauts responsables iraniens, une Peugeot noire serait arrivée peu après le bombardement pour évacuer l’ancien président. Des agents du Mossad l’auraient conduit dans une maison sécurisée en Iran, avec l’objectif de lancer une opération destinée à renverser les autorités et à le ramener au pouvoir.

Le plan a cependant échoué. Mahmoud Ahmadinejad aurait mal réagi aux conditions précipitées de son extraction et se serait montré de plus en plus réticent à participer au projet israélien. Il a ensuite quitté la maison sécurisée dans des circonstances demeurant inconnues.

Il n’est réapparu en public que la semaine dernière, lors du cortège funéraire organisé pour l’ayatollah Ali Khamenei, tué pendant la guerre. Des images le montraient silencieux, la tête baissée et entouré d’hommes semblant appartenir aux services de sécurité.

Quatre responsables iraniens cités par le New York Times affirment qu’il se trouve désormais sous la surveillance de la branche du renseignement des Gardiens de la Révolution et assigné à résidence, après la découverte par Téhéran d’une partie de ses contacts avec Israël. Son statut exact n’a toutefois pas été officiellement précisé.

Le projet concernant M. Ahmadinejad faisait partie d’un plan plus vaste de changement de régime. Israël avait en effet formé et armé des groupes kurdes iraniens basés dans le nord de l’Irak, qui devaient entrer dans l’ouest de l’Iran, contrôler des territoires puis progresser vers Téhéran. Cette opération ne s’est jamais concrétisée.

Tamir Hayman, ancien chef du renseignement militaire israélien, avait évoqué en mai « une séquence d’opérations spéciales » dans laquelle Mahmoud Ahmadinejad devait jouer un rôle, après de premières révélations du quotidien américain sur ce projet.

Le choix de l’ancien président constituait un spectaculaire retournement. Au pouvoir de 2005 à 2013, il avait fait avancer le programme nucléaire iranien, multiplié les déclarations hostiles à Israël et nié la réalité de la Shoah. Son gouvernement avait également réprimé le mouvement de contestation déclenché après sa réélection controversée de 2009.

Après avoir quitté la présidence, Mahmoud Ahmadinejad avait cependant modéré son discours, critiqué la corruption des dirigeants ainsi que la brutalité des forces de sécurité et tenté de se présenter comme un responsable proche des préoccupations populaires.

Il avait abandonné son traditionnel blouson kaki au profit de costumes ajustés, commencé à apprendre l’anglais et organisé dans son bureau de Téhéran des permanences au cours desquelles il recevait des citoyens confrontés aux difficultés administratives. Malgré sa marginalisation par le pouvoir et les restrictions imposées à ses déplacements, il avait conservé une base de soutien dans les milieux populaires mais également un siège au sein d’un conseil chargé de conseiller le guide suprême.

Disqualifié à trois reprises de l’élection présidentielle, M. Ahmadinejad aurait conclu qu’il ne pouvait retrouver le pouvoir sans la disparition du système actuel. Il aurait confié à plusieurs proches qu’il souhaitait, avec l’aide de puissances étrangères, devenir le futur dirigeant de l’Iran. Il se serait présenté comme un réformateur capable de jouer un rôle comparable à celui de Boris Eltsine lors de la transformation de la Russie et aurait envisagé, une fois au pouvoir, de reconnaître Israël et d’intégrer l’Iran aux accords d’Abraham promus par les États-Unis.

Pour Abdolreza Davari, ancien conseiller de Mahmoud Ahmadinejad aujourd’hui brouillé avec lui, sa motivation n’aurait pas été financière : « Il le ferait pour le pouvoir ».

Les services iraniens avaient commencé à soupçonner l’ancien président après ses lettres publiques adressées à Donald Trump en 2017, puis au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Ils auraient reconstitué ses liens avec Israël après l’attaque de février et sa disparition momentanée.

Les autorités israéliennes n’ont jamais reconnu publiquement ce projet. Le Mossad n’a pas répondu aux demandes de commentaires du New York Times, tandis qu’Ali Akbar Javanfekr, porte-parole de Mahmoud Ahmadinejad, a refusé de commenter ces informations.