Guerre au Moyen-Orient : L’armée française s’adapte « dans l’urgence » à la lutte anti-drones
La France aurait déjà abattu plus de 80 drones iraniens de type Shahed depuis le début du conflit. Le ministère des Armées a annoncé ce mercredi que la « DGA [Direction générale de l’Armement] de combat s’est mobilisée dès le début du conflit au Moyen-Orient pour accélérer l’évaluation de solutions répondant au plus vite et de façon pragmatique à l’évolution des menaces ».
Déployée au Moyen-Orient pour soutenir ses partenaires comme le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis dans la lutte contre les drones, la France aurait abattu plus de 80 drones iraniens de type Shahed depuis le début du conflit, d’après le JDD.
L’armée française a mobilisé quatorze Rafale, en plus des dix appareils déjà stationnés en permanence dans la région. De plus, l’armée de Terre a renforcé ce dispositif avec l’envoi de quatre hélicoptères Tigre de l’Alat (aviation légère de l’armée de Terre) dans le Golfe.
La question se pose maintenant d’adapter ces appareils aux spécificités de la lutte anti-drones, notamment en les dotant de vecteurs plus efficaces et moins coûteux. Les missiles Mica, actuellement utilisés par les Rafale, coûtent entre 600.000 et 700.000 euros l’unité, tandis que les drones Shahed visés ne coûtent qu’environ 30.000 euros.
Le ministère des Armées a annoncé ce mercredi dans un communiqué que la « DGA [Direction générale de l’Armement] de combat s’est mobilisée dès le début du conflit au Moyen-Orient pour accélérer l’évaluation de solutions répondant au plus vite et de manière pragmatique à l’évolution des menaces ». Les Centres experts Référent (CeR), établis fin 2025 pour travailler sur des technologies à cycle court, sont ainsi « mis à l’épreuve du feu dans le cadre des conflits actuels ».
C’est notamment le Centre expert Référent de la lutte anti-drone (CeRLAD), associé à DGA Essais de missiles (EM), qui a permis, dès les premières semaines du conflit, de « confirmer la capacité de l’hélicoptère Tigre à neutraliser les menaces drones de type Shahed avec son canon de 30 mm » et l’a recommandé aux armées « comme moyen économique de lutte anti-drones ».
DGA Essais en vol (DGA EV) a, pour sa part, développé des moyens dédiés « pour permettre l’échange de données tactiques entre les Tigre et la bulle opérationnelle où ils sont déployés ». La capacité L16, standard de liaison de données tactiques de l’Otan pour l’échange d’informations entre unités militaires, a ainsi été intégrée par la DGA « en moins de trois semaines, contre douze à dix-huit mois selon un processus industriel classique ». La DGA EV et le CeRLAD ont également « réalisé par eux-mêmes et testé avec succès l’intégration du missile air-air Mistral 3 sur le Tigre pour augmenter ses capacités d’interception ».
De plus, la DGA a « lancé les travaux de développement d’une version anti-drone de la roquette guidée laser, pour des applications sous Rafale et sous Tigre ». Les premiers tirs d’essai en vol sont prévus d’ici fin juin, « pour un déploiement rapide dans les forces ». Des photos d’un Rafale équipé de roquettes guidées laser, prises près de la base aérienne d’Istres (Bouches-du-Rhône), ont circulé ces derniers jours et laissent à penser que les essais ont déjà commencé. L’avantage de ces roquettes est leur coût, qui est nettement inférieur à celui des missiles Mica. L’armée cherche également à modifier la conduite de tir des canons de 30 mm des Rafale pour leur permettre d’abattre des drones.
Enfin, le CeRLAD est mobilisé « pour évaluer des systèmes de drones intercepteurs de drones proposés par plusieurs industriels, notamment français ». Il a ainsi organisé « dans des délais très courts des créneaux d’essais au sein de DGA Essais de missiles, tant sur son site des Landes que sur celui du Levant, pour mettre à l’épreuve les équipements proposés ». « Dans l’urgence », des ingénieurs de l’armement « ont aussi été projetés en renfort des forces françaises en opérations extérieures, pour assurer, jusqu’aux théâtres d’opérations, la montée en puissance et la mise en place de ces solutions innovantes ».
Début avril, l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) avait déjà annoncé l’adaptation de ses drones MQ-9 Reaper à la lutte anti-drones, après avoir mené « avec succès des tirs d’expérimentation du missile Hellfire depuis un drone MQ-9 Reaper sur des cibles aériennes de type drone ». Cette capacité a été rendue possible « seulement trois mois après la mise en service du Hellfire sur Reaper, [alors que] cette munition était prévue initialement pour des cibles au sol. » Cela permet maintenant à l’AAE de « disposer d’une palette de réponses complémentaires, graduées et adaptées à la diversité des menaces ».
L’AAE dispose aussi d’hélicoptères Fennec, « particulièrement adaptés pour intervenir face à des menaces relativement lentes ou évoluant à basse altitude », et de systèmes de défense sol-air Mamba (SAMP/T) pour soutenir cette lutte contre les drones.

