
Croisières : le terminal de Casablanca annonce un été calme
Le port de Casablanca connaîtra une saison estivale particulièrement calme avec seulement quelques escales prévues en juillet et en août. Selon les professionnels et l’ONMT, il faudra deux à trois ans pour bâtir un véritable écosystème pour la croisière à Casablanca.
Avec seulement quelques rares escales programmées en juillet et en août, le port de Casablanca connaîtra une saison estivale particulièrement tranquille, malgré la mise en service de sa nouvelle infrastructure. Cette situation est considérée comme prévisible, les compagnies réaffectant leurs navires vers la Méditerranée orientale durant l’été et planifiant leurs itinéraires jusqu’à deux ans à l’avance. Un opérateur ainsi qu’une source de l’ONMT soulignent qu’il faudra deux à trois ans pour établir un véritable écosystème, encore ralenti par le manque de guides, d’autocars et de services adaptés.
L’essentiel
Le nouveau terminal de croisière de Casablanca aura un été très calme, avec seulement quelques escales programmées en juillet et en août. Les professionnels et l’ONMT estiment cette situation normale, les compagnies favorisant la Méditerranée orientale en été et programnant leurs itinéraires bien à l’avance. Il faudra deux à trois ans pour intégrer durablement Casablanca dans les circuits internationaux de croisière. Le principal défi consiste à créer un véritable écosystème de croisière, en améliorant notamment les infrastructures logistiques, tels que le nombre de guides et d’autocars. À terme, le Maroc aspire à faire de Casablanca un « home port », grâce à une meilleure promotion internationale et des infrastructures adaptées.
Les détails
Considéré comme un levier pour le développement de la destination, le terminal de croisière de Casablanca, ouvert en septembre dernier, ne devrait accueillir que quelques paquebots en juillet et en août, selon divers acteurs du secteur public et privé encore émergent au Maroc. Cette faible activité ne reflète pas un échec, mais plutôt une phase de démarrage jugée inévitable, les compagnies établissant leurs itinéraires plusieurs années à l’avance. Nos interlocuteurs soulignent également la nécessité de renforcer la logistique du secteur afin de développer un écosystème de croisière compétitif.
Une faible activité estivale qui n’a rien d’exceptionnel
Tout en admettant que « l’été sera catastrophique », Jalil Madih, l’un des principaux opérateurs de croisières du pays, confirme que la réduction des escales en juillet et en août n’est pas surprenante. « Sachant qu’en été, les compagnies repositionnent leurs flottes vers la Méditerranée orientale, où la demande est la plus forte, le port de Casablanca a toujours accueilli moins de navires durant cette période », explique-t-il. Les itinéraires favorisent notamment la Grèce et l’Égypte, tandis que les ports du bassin occidental de la Méditerranée, y compris ceux du Maroc, connaissent traditionnellement un déclin de leur activité. En moyenne, le terminal accueille vingt paquebots par mois depuis sa mise en service, et la saison des croisières à Casablanca redémarrera réellement en septembre, pour se prolonger jusqu’à la fin de l’année.
L’ONMT appelle à laisser le temps au nouveau terminal
Partageant cette évaluation, une source fiable de l’ONMT précise qu’il est irréaliste de vouloir construire un écosystème en neuf mois, en rappelant que le terminal n’est opérationnel que depuis le début de l’année. L’Office n’a pas pu lancer plus tôt une campagne de commercialisation auprès des armateurs, ne connaissant pas la date précise d’ouverture du terminal, intervenue au moins deux ans après la fin des travaux. « N’ayant aucune visibilité sur son ouverture, nous ne pouvions pas établir de programmation sérieuse, car les compagnies élaborent leurs itinéraires deux ans à l’avance », résume notre source, qui estime qu’il faudra attendre deux à trois ans pour disposer d’un calendrier régulier d’escales.
Construire un écosystème est le vrai préalable
Au-delà des délais de programmation, qui expliquent en partie la faible affluence estivale, Jalil Madih souligne surtout que le Maroc ne dispose pas encore d’un véritable écosystème de croisière. « Si l’ouverture d’un terminal moderne constitue une première étape positive, elle ne suffit pas à faire de cette destination un véritable hub international de croisières. Pour convaincre durablement les compagnies internationales, l’ensemble de la chaîne d’accueil doit en effet monter en puissance », affirme-t-il, précisant que le Maroc accuse encore plusieurs retards sur le plan logistique.
Des fragilités logistiques qui limitent les ambitions d’accueil
Selon Jalil Madih, le principal frein au développement de ce secteur est le manque de guides touristiques qualifiés, capables d’accompagner les croisiéristes dans plusieurs langues, ainsi que le nombre insuffisant d’autocars pour assurer les excursions à terre. Ces lacunes deviennent particulièrement problématiques lorsque plusieurs grands paquebots, transportant au total une dizaine de milliers de passagers, accostent simultanément. L’absence de moyens de transport et d’encadrement limiterait ainsi les capacités d’accueil et l’attractivité des ports marocains auprès des compagnies. En d’autres termes, l’enjeu du tourisme de croisière consiste non seulement à attirer davantage de navires, mais également à garantir un service conforme aux standards internationaux.
Faire du Maroc un véritable port de départ des croisières
« L’autre chantier prioritaire consiste à transformer le Maroc en home port tête de ligne, où les passagers peuvent embarquer et débarquer pour commencer ou achever leur croisière, plutôt qu’une simple escale de quelques heures », souligne notre interlocuteur, qui estime que ce changement nécessite une élévation des infrastructures et une coordination entre les différents intervenants. Ce changement de dimension exigerait une meilleure connexion entre les ports et les aéroports, une simplification des procédures douanières et de contrôle des passagers, ainsi que la mise en place d’équipements capables de gérer les opérations d’embarquement, de débarquement et de traitement des bagages. C’est une condition préalable pour que le nouveau terminal de croisières de Casablanca puisse espérer intégrer, à moyen terme, les grands ports de la Méditerranée occidentale qui servent de base aux grandes compagnies internationales.
Une promotion qui devra accompagner cette montée en puissance
Pour maximiser les chances de faire émerger une véritable destination marocaine de croisière, capable d’attirer plus de passagers, Jalil Madih souligne qu’il est essentiel de renforcer la promotion à l’international. Regrettant l’absence d’une représentation marocaine au salon SeaTrade Europe de Las Palmas, l’un des principaux événements mondiaux du secteur, il estime qu’une présence conjointe de l’ONMT, des autorités portuaires, des collectivités territoriales et des opérateurs privés aurait permis de mieux positionner les ports marocains dans les futurs programmes des compagnies. Il conclut qu’il serait prématuré de juger le nouveau terminal de Casablanca sur sa première saison estivale, affirmant que la priorité doit être de bâtir un écosystème fiable et attractif pour faire du port, d’ici à 2030, une escale majeure en Méditerranée occidentale et un véritable point de départ pour les croisières internationales, à l’image de Barcelone, qui accueille plus de 400 escales de paquebots par an.
