
La station polaire Tara lance sa première expédition en Arctique.
La Tara Polar Station quitte Lorient ce dimanche pour sa première expédition au pôle Nord, qui doit durer entre 350 et 500 jours jusqu’à fin 2027. L’expédition, qui représente un coût estimé à 6 millions d’euros, implique 12 personnes en hiver, dont six scientifiques, et doit permettre de prélever plus de 10 000 échantillons dans la colonne d’eau, l’atmosphère et la banquise.
C’est le début d’une expédition très rafraîchissante. La Tara Polar Station, une soucoupe en aluminium capable de dériver sur la banquise, quitte Lorient ce dimanche pour sa première mission au pôle Nord. Cette aventure scientifique rare a pour objectif d’étudier la biodiversité dans cette région hostile.
« L’Arctique est un océan peu étudié et qui évolue déjà beaucoup. Il est en pleine mutation », a déclaré Romain Troublé, directeur général de la fondation Tara Océan, lors d’une conférence de presse, un jour avant le départ. Cependant, « on ne peut pas comprendre l’environnement si on n’y passe que deux mois par an », durant l’été, a-t-il souligné, précisant qu’il y avait « très peu de missions de long terme en Arctique ». La nouvelle station polaire vise à combler cette lacune scientifique. Jusqu’à fin 2027, l’équipage du navire, un véritable concentré de technologies, va dériver sur la banquise du pôle Nord pendant 350 à 500 jours consécutifs.
En forme d’igloo posé sur une grosse bouée, le laboratoire flottant Tara a été conçu pour résister à la pression de la glace de mer et supporter des températures allant jusqu’à -52°C, dans une des zones les plus isolées de la planète. À partir de la mi-août, la station longera les côtes de la Russie vers l’Est, se faisant ouvrir la voie par un brise-glace. Encerclée par la banquise début septembre, la station devrait ensuite dériver à une vitesse moyenne de 10 kilomètres par jour, pour atteindre le détroit de Fram, entre le Groenland et le Svalbard, fin 2027.
Le navire accueillera 12 personnes en hiver, dont six scientifiques, et 18 en été. L’équipage international a été soigneusement sélectionné après des tests d’aptitude médicale et psychologique, ainsi qu’un séminaire de cohésion d’équipe. « On n’a pas cherché des aventuriers qui veulent partir seuls au pôle Nord. L’idée est plutôt d’avoir des personnes qui s’entendent bien pour vivre ce huis clos humain », a expliqué Clémentine Moulin, directrice des expéditions.
Les hivernants devront faire face à cinq mois de nuit totale, au confinement, au froid extrême (avec une moyenne de -25°C) mais également à la présence d’ours polaires. Chaque membre d’équipage a été formé au tir pour se défendre contre d’éventuelles attaques à proximité de la station. Un chien berger de Laponie accompagnera aussi l’équipage pour les aider à détecter tout animal approchant.
L’expédition permettra d’établir un état des lieux de l’environnement de l’Arctique, dans une perspective patrimoniale. Grâce à un trou aménagé dans la coque et aux nombreux instruments embarqués, les scientifiques prélèveront plus de 10 000 échantillons dans la colonne d’eau (jusqu’à 2 000 mètres de profondeur), dans l’atmosphère et dans les multiples cavités de la banquise.
« Il y a une biodiversité au pôle Nord qui est spécifiquement adaptée à cet environnement. Si l’environnement change, cette biodiversité pourrait disparaître, a expliqué Romain Troublé. On pourrait perdre un pan entier de l’évolution de la vie sur cette planète, sans même avoir eu le temps de le documenter. »
Les 30 centres de recherche de 12 pays associés à cette expédition étudieront également l’impact du changement climatique sur cet océan qui se réchauffe trois à quatre fois plus rapidement que le reste de la planète et voit sa banquise se réduire. Certains projets de recherche menés par la Tara Polar Station permettront d’affiner les modèles climatiques, en analysant par exemple l’influence des bactéries sur la réflectivité des nuages. Le coût total de l’expédition est estimé à 6 millions d’euros. Dix expéditions sont prévues entre 2026 et 2045, à raison d’une tous les deux ans.
