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Elles consomment plus que l’Europe : le boom des climatiseurs menace le réseau électrique

Perçue par certains comme une solution qui exacerbe le problème, la climatisation est, pour d’autres, le moyen le plus efficace de faire face aux vagues de chaleur extrême. D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’intérêt pour les climatiseurs ne devrait pas diminuer. Avec le retour probable d’un épisode El Niño, ces appareils pourraient attirer encore plus de foyers, au risque de soumettre les réseaux électriques mondiaux à une pression accrue.

Les météorologues suivent attentivement le risque d’un retour d’El Niño durant la période 2026-2027. Ce phénomène climatique se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de surface de l’océan Pacifique équatorial, provoquant des perturbations météorologiques à l’échelle mondiale.

Son apparition est généralement liée à une augmentation des événements climatiques extrêmes et à une élévation des températures moyennes. Dans une analyse récente, l’AIE prévoit une hausse significative des besoins en refroidissement, en raison du changement climatique et d’un éventuel retour d’El Niño.

Les besoins en climatisation continuent d’augmenter, souligne l’AIE. En effet, les « degrés-jours de refroidissement », un indicateur climatique mesurant les besoins de refroidissement en fonction des températures extérieures, progressent régulièrement à l’échelle mondiale.

Cette augmentation s’est particulièrement intensifiée après l’épisode El Niño de 2023-2024. Les ventes de climatiseurs ont alors connu une explosion. En 2024, 200 millions d’unités, un chiffre record, ont été écoulées dans le monde, selon l’Agence. En cinq ans, les ventes ont augmenté de 25 % à l’échelle mondiale, et le marché continue de s’étendre géographiquement.

Cette forte croissance ne s’explique pas uniquement par le réchauffement climatique. L’amélioration du niveau de vie dans les économies émergentes, ainsi que la baisse progressive des prix des équipements, contribuent à la démocratisation des climatiseurs.

Les conséquences de cette explosion de la demande en refroidissement sont inévitables sur la consommation électrique. Alors que la question de la capacité des réseaux était auparavant associée aux pics de consommation hivernaux, elle devient désormais cruciale durant l’été, à mesure que les climatiseurs se généralisent.

Sur l’ensemble de l’année, la climatisation représente environ 10 % de la consommation mondiale d’électricité. Cependant, lors des épisodes de forte chaleur, et en particulier durant les pics de demande, cette part peut atteindre jusqu’à 30 % de la demande électrique totale. C’est précisément durant ces périodes de pointe que les réseaux sont soumis à une pression maximale.

Actuellement, la climatisation consomme près de 2 900 TWh d’électricité par an, soit bien plus que la consommation électrique annuelle de l’Union européenne. Ce chiffre représente une augmentation de 50 % par rapport à la consommation de 2015. Cette demande devrait encore fortement progresser dans les années à venir. Selon les projections actuelles de l’AIE, environ 1 600 TWh supplémentaires pourraient s’ajouter d’ici 2035.

Dans un scénario marqué par un retour d’El Niño en 2026-2027, suivi d’événements climatiques extrêmes récurrents tous les trois ans, l’organisme estime que 700 TWh supplémentaires pourraient être nécessaires, principalement en raison de l’utilisation accrue des climatiseurs.

Si les infrastructures électriques ne parviennent pas à absorber cette hausse de la demande, les gestionnaires de réseaux pourraient être contraints de mettre en place des mesures d’urgence : appels à la sobriété énergétique, recours accru aux centrales fossiles pour sécuriser l’approvisionnement, et même coupures électriques dans les situations les plus critiques.

Face à ces défis, l’AIE estime que les solutions ne peuvent pas reposer uniquement sur le développement de nouvelles capacités de production électrique. L’efficacité énergétique des climatiseurs doit également continuer à s’améliorer.

À cet égard, l’industrie a déjà réalisé des progrès, notamment grâce au renforcement des normes de performance énergétique dans plus d’une centaine de pays. Toutefois, un écart significatif demeure entre les performances des équipements disponibles sur le marché, certains modèles étant jusqu’à quatre fois moins efficaces que les appareils les plus performants.

L’Agence appelle également à repenser la conception des bâtiments afin de réduire naturellement les besoins en refroidissement : meilleure isolation, protections solaires, ventilation adaptée ou encore matériaux limitant les surchauffes.

Cependant, comme nous l’avons analysé dans un dossier dédié, la climatisation n’est pas un désastre écologique.