France

« On a le droit d’en avoir marre de nos enfants » : des parents réclament des vacances sans enfants.

87 % des parents veulent partir en vacances avec leurs enfants, mais 84 % rêveraient simplement d’avoir quelques heures pour eux chaque jour. Près de deux mères sur trois (62 %) estiment que les vacances avec leurs enfants ne sont pas vraiment reposantes, contre un père sur deux (50 %).


Partir en vacances en famille, c’est une envie partagée par de nombreux parents, mais à quel coût pour eux ? Un sondage réalisé par OpinionWay pour WelcomeFamily, auprès de 727 parents d’enfants de moins de 15 ans, met en lumière une incongruité : 87 % des parents souhaitent partir en vacances avec leurs enfants, mais 84 % aspirent simplement à avoir quelques heures de répit chaque jour. Près de deux mères sur trois (62 %) jugent que les vacances en famille ne sont pas véritablement reposantes, tandis qu’un père sur deux (50 %) partage ce sentiment. Pour éclairer ces constats, notamment en ce qui concerne la culpabilité que peuvent ressentir certains parents à l’idée de confier leurs enfants à des grands-parents, en colonie ou dans un mini-club, 20 Minutes a interrogé le psychanalyste Michael Stora.

Michael Stora souligne que cette difficulté à trouver du temps pour soi trouve en partie son origine dans l’évolution du regard que l’on porte sur l’enfant. Il fait référence à l’héritage de Françoise Dolto, qui a souligné l’importance de considérer l’enfant comme « une personne à part entière », mais dont les enseignements ont parfois été mal compris. Selon lui, « il y a eu une sorte de confusion entre être attentif à ce que dit un enfant et le fait de se dire que ça ne faisait que renforcer cette forme de toute puissance infantile ». Le résultat est que « nous recevons des parents épuisés parce qu’ils n’ont jamais l’impression d’être à la hauteur ».

Selon le psychanalyste, cette pression est alimentée par l’essor de la « parentalité positive » et des réseaux sociaux, qui véhiculent de constantes injonctions sur ce qu’est un « bon parent ». Il évoque également la marchandisation de la parentalité, notant que « ce n’est pas innocent si la question de la parentalité est devenue un véritable business », avec d’un côté les partisans de la parentalité positive et de l’autre ceux qui prônent un retour à des méthodes plus strictes.

Face à cette « guidance parentale » en mode injonctif, Michael Stora met en avant une approche différente : le soutien à la parentalité, qui consiste à « interroger le parent dans sa propre histoire infantile ». Il reconnait que cette méthode est plus longue à déployer, car les parents, souvent en perte de confiance, viennent principalement chercher des solutions pratiques et immédiates.

Concernant les colonies, les grands-parents ou les clubs pour enfants, ces séparations estivales sont-elles bénéfiques pour les enfants ? Les choix des parents sont variés. Françoise, 53 ans, a souvent opté pour des séjours en clubs pour enfants, arguant que « cela assurait des vacances aussi pour les parents déjà en surchauffe toute l’année ». Franck, 43 ans, envoie ses filles en centre de loisirs quelques jours en juillet, mais il exclut de partir sans elles : « C’est surtout pour elles que l’on part. »

Michael Stora rappelle que la vie des enfants est naturellement faite de séparations et de frustrations, ce qui contribue à leur capacité à « supporter le réel ». Il établit un parallèle avec le complexe d’Œdipe, un processus qui permet à l’enfant de faire le deuil d’un idéal. En opposition, il constate que certains enfants qui n’ont jamais connu ce type de frustration se retrouvent « paumés » une fois adolescents ou jeunes adultes. « L’enfant grandit dans la frustration », conclut-il, tout en précisant que « tout est affaire de dosage », ajoutant qu’un enfant ayant vécu des situations d’abandon traumatiques est une tout autre affaire.

Pour les parents qui ressentent de la culpabilité en confiant leurs enfants pour se reposer, Michael Stora y voit un symptôme de fragilité : « ça vient révéler une très grande fragilité parentale ».

Peu enclin à donner des conseils simplistes, Michael Stora propose toutefois une piste : « c’est parce qu’eux-mêmes vont vivre des moments de bien-être individuellement ou en couple que l’enfant aura une perception de parents qui vont bien ». Il affirme que culpabiliser revient à se considérer comme « tout puissant » vis-à-vis de ses enfants, alors que ceux-ci peuvent également avoir besoin de leur propre espace. Concernant les discours ambiants sur la « bonne parentalité », il est formel : « toute parole qui finalement se permet de donner des conseils sur ce qu’on pense être un bon parent ne fait que renforcer la culpabilité ».