France

Incendies : Certains arbres restent debout après les flammes en Gironde et Landes

A chaque incendie d’envergure, une question revient sur Internet : pourquoi certains arbres échappent-ils aux flammes, alors que tout autour d’eux – bâtiments, voitures ou broussaille des massifs forestiers – n’est plus que cendres ? Alors que les incendies ravagent la Gironde et les Landes, ayant déjà réduit 42.000 hectares en fumée, des internautes s’interrogent à nouveau.

Sur X, une internaute commente des images aériennes du village girondin de Porge, dévasté par les flammes. Quelques arbres encore vaillants se dressent à proximité des habitations et dans la forêt. Elle s’étonne que « tout soit calciné sauf les arbres ». Elle n’est pas la seule à exprimer sa surprise. D’autres internautes partagent le même constat.

Les forêts touchées par les feux en Gironde et dans les Landes sont principalement composées de pins maritimes, une espèce dont les branches sont très hautes, comme l’explique à 20 Minutes Sylvain Delzon, directeur de recherche à l’INRAE dans l’unité Biodiversité, Gènes et Communautés : « Les arbres adultes n’ont pas de branches à moins de 15 mètres en haut. »

En 2022, lors de précédents incendies dévastateurs, ces arbres adultes avaient mieux résisté grâce à leur taille. Mais que se passe-t-il si les flammes atteignent l’écorce de ces pins ? Ils ont une chance de survie. « L’écorce est un tissu extérieur qu’on appelle le liège, détaille Sylvain Delzon. Il est constitué de cellules mortes. Si la température n’est pas trop élevée et que le tronc n’a pas été touché, les cellules vivantes vont faire leur travail. »

Il y a quatre ans, « ce sont surtout les sous-bois qui ont été impactés », rappelle le spécialiste, bien que des feux de canopée, à plus de 20 mètres de hauteur, aient également été observés dans la région, à la Teste-de-Buch, affectant les arbres à leur cime.

Cette forêt se distingue par son sol sableux qui ne retient pas l’eau, souligne-t-il. Cette caractéristique, combinée à la sécheresse et aux fortes chaleurs des derniers mois, a accentué le stress hydrique et créé un risque d’incendie. « La végétation était complètement morte depuis mi-juin en raison des sécheresses. Les fortes chaleurs ont accentué le besoin en eau. »

Si certains arbres semblent encore verts après le passage du feu, ils pourraient néanmoins avoir subi des dommages invisibles. En 2022, des feux de sous-sol ont été observés, rappelle Sylvain Delzon : « Le feu se consume dans le sol et tue les racines de l’arbre. L’arbre est toujours vert mais il ne pourra plus se réalimenter » et est voué à mourir.

Concernant les arbres préservés à proximité des habitations, plusieurs facteurs entrent en jeu. L’expert énumère : « s’il y a eu de l’irrigation sur le terrain, si les pompiers ont défendu la maison, si le vent a tourné… » Autant de raisons qui expliquent pourquoi un pin d’une parcelle a survécu alors que son voisin, distant de quelques mètres, a été gravement endommagé.

Il est encore trop tôt pour évaluer précisément les dégâts sur la végétation causés par les incendies en Gironde et dans les Landes. Sylvain Delzon et l’équipe de chercheurs de l’INRAE n’ont pas encore pu accéder à leur station de recherche, située dans la zone touchée. Le chercheur alerte : même si le feu parvenait à être éteint dans les jours à venir malgré les conditions encore difficiles, la forêt demeure en danger. Tant qu’il ne pleuvra pas en abondance, le million d’hectares forestier restera désespérément sec et vulnérable.