France

Affaire Lyhanna : « Nous ne sommes pas dans un combat »

Fleurance a rendu hommage ce vendredi à Lyhanna, une collégienne de 11 ans retrouvée morte jeudi dernier après avoir été portée disparue pendant six jours. Lors de la cérémonie, des ballons blancs et rouges ont été lâchés, suivis de cinq colombes blanches comme symbole pour rejoindre la petite fille dans le ciel.


Ce vendredi, Fleurance est en deuil. La petite commune du Gers enterre l’une de ses habitantes, Lyhanna, âgée de 11 ans. La collégienne a été retrouvée morte jeudi dernier, après avoir été portée disparue pendant six jours. Alors que la colère monte à travers la France en raison des dysfonctionnements qui ont entouré l’affaire Jérôme Barella, menant à la disparition de la fillette, le cœur est lourd pour la politique dans le Gers.

Dès 12h30, l’émotion se fait sentir aux abords du cimetière, bien avant la cérémonie d’hommage et l’enterrement prévus à 14h30. Un cortège de motos et de voitures escorte le convoi. À l’arrivée, les moteurs rugissent une dernière fois, puis un silence pesant s’installe. Fleurance ne parle plus. À l’entrée, des carnets ont été laissés pour permettre à chacun de laisser un message, une pensée, une part de sa peine. À l’intérieur, des rangées de fleurs blanches ornent les pieds des tombes.

Arlette a fait dix kilomètres pour être présente. Récemment rentrée de vacances, elle attend devant l’entrée : « Je ne connaissais pas la famille, mais je souhaitais venir avec mon voisin pour rendre hommage. C’est tout ce qu’on peut faire pour soutenir les parents », confie-t-elle à 20 Minutes. Elle a écrit un « Plus jamais ça » dans l’un des carnets et ajoute, stylo en main : « Il n’y a pas de mots pour exprimer l’horreur de ce qu’a vécu cette petite fille. Au revoir, petit ange. » Touchée, elle pense à sa propre famille : « J’ai une petite-nièce… On croyait que ça n’arriverait jamais ici. Maintenant, on apprend cela et ça fait froid dans le dos. »

Dans le cimetière, Céline et sa fille Andréa, élève de quatrième au collège Hubert-Reeves, que fréquentait Lyhanna, partagent ce même choc. « L’ambiance est mauvaise au collège, mais on n’en parle pas », souffle discrètement l’adolescente. Pour sa mère, Céline, il était nécessaire d’être là, malgré une colère difficile à cacher : « Nous venons de Montestruc, là où vit ce monstre. C’est ainsi que je l’appelle : le monstre, avec sa famille de monstres [en référence au père et au frère de Jérôme Barella]. Désormais, j’ai peur quand ma fille prend le bus… » précise-t-elle. « Qu’elle parte ainsi, dans l’horreur, me fait mal pour elle et pour sa famille. On aurait dû la protéger après les plaintes et les signalements américains [contre Jérôme Barella] », ajoute-t-elle, profondément touchée, alors que les parents de Lyhanna, Charly et Mathias, s’apprêtent à arriver.

Le moment des larmes est arrivé. Derrière le corbillard blanc, les proches de Lyhanna avancent. Ses parents, son frère, sa famille, vêtus de noir et de blanc, s’approchent du lieu préservé du cimetière, certains portant un ruban bleu. Ils suivent en silence le petit cercueil de l’enfant. Une centaine de personnes, âgées, familles, collégiens et enfants, certains avec des fleurs ou des ballons blancs, défilent doucement. Tous sont présents pour dire adieu.

À l’ouverture de cette cérémonie d’hommage, le public découvre le petit cercueil bleu, d’un bleu azur qui évoque le ciel de ce jour-là. Seules les musiques rendues à Lyhanna résonnent dans ce silence lourd. « Même si elle a disparu de nos regards, elle reste présente dans nos cœurs, nos souvenirs et tout l’amour qu’elle a laissé », prononce la maîtresse de cérémonie, brisant le silence pesant.

« Il y a quatorze jours encore, je ne connaissais pas Charly, Martial, ni leurs enfants. Juste quatorze jours. Et pourtant, ces quatorze jours m’ont suffi à m’apprendre une leçon de vie. Grâce à leur courage et à leur dignité face à l’inacceptable, ils nous rappellent sans cesse l’essentiel », déclare Gregory Bobbato, le maire de Fleurance, devant une foule attentive. « Nous ne disons pas adieu à un symbole ou à une lutte, mais à une enfant de 11 ans. Nous ne sommes pas dans une lutte mais dans un deuil, celui de ses parents, d’une famille et d’une ville qui perd un enfant de trop. Nous devrons vivre avec le souvenir de Lyhanna, sans jamais oublier l’horreur qu’elle a traversée », ajoute-t-il.

Après un moment de recueillement musical sur la chanson Les Anges de KRN, le portrait de la fillette est dessiné par les mots de la célébrante. On y découvre une enfant lumineuse, joyeuse. « Il existe des êtres qui changent le monde. Lyhanna était de ceux-là. Pendant onze années, elle a rempli nos vies. » Sa coquetterie, son statut de « petite pipelette » qui comblait les silences, et son sourire apaisant sont évoqués.

« Aujourd’hui, nous sommes traversés par une douleur immense, conclut l’hommage. Mais au milieu de nos larmes, quelque chose demeure : sa lumière, que rien ni personne ne pourra jamais éteindre », s’achève la maîtresse de cérémonie. Les parents et proches, eux, n’ont pas trouvé la force de s’exprimer.

Des ballons blancs et rouges sont lâchés, suivis de cinq colombes blanches comme symbole pour rejoindre la petite fille dans le ciel du Gers. Avant l’inhumation dans l’intimité familiale, la foule a été invitée à s’approcher du cercueil bleu pour un dernier geste. Lyhanna est définitivement partie. Son histoire, non.