
Mobilisation enseignante : la RTBF fait-elle trop ou pas assez ?
Catherine a été frappée par l’absence du sujet dans le JT du 28 mai : « Pas un mot sur la grève qui se propage pourtant bel et bien et qui bloque les cours de très nombreux élèves, remettant en cause la tenue des examens de fin d’année ». Entre le 1er mai et le 8 juin, 60 reportages, directs ou « à travers », ont été consacrés à l’enseignement et à la mobilisation en cours dans les JT de 13 heures et 19 heures 30.
« Vous n’en faites pas assez »
Catherine a noté l’absence d’un sujet sur la grève dans le JT du 28 mai : « Pas un mot sur la grève qui se propage pourtant bel et bien et qui bloque les cours de très nombreux élèves, remettant en cause la tenue des examens de fin d’année« . Elle a été étonnée qu’un sujet de deux minutes trente ait pourtant été consacré à la remise de diplôme de la princesse Élisabeth, déjà largement couvert les jours précédents.
Jean-Claude partage ce sentiment : « Très peu de reportages, d’interviews et d’articles concernant ce mouvement, qui pourtant est important pour l’avenir de nos enfants, des enseignants actuels et futurs« , et il s’interroge sur l’impartialité de la rédaction.
Marylin s’étonne de la faible couverture autour du vote des amendements concernant l’enseignement, qu’elle qualifie de « totalement antidémocratique« . Pierre se demande si la rédaction est muselée, et Nicolas va plus loin en se demandant si la RTBF « a peur du MR ou de sa ministre« .
Ce que disent les chiffres
Entre le 1er mai et le 8 juin, 60 reportages, directs ou « à travers » (ce sont des images commentées par le présentateur ou la présentatrice du journal) ont été consacrés à l’enseignement et à la mobilisation en cours dans les JT de 13 heures et 19 heures 30. À titre de comparaison, le procès Falzone a obtenu 34 occurrences sur la même période.
« Vous en faites trop »
« Et surtout vous ne parlez jamais des enseignants qui travaillent« .
Dominique, fidèle du 19 heures 30, évoque un déséquilibre manifeste : « Les témoignages montrés sur la grève des enseignants semblent très majoritairement plutôt en faveur du mouvement. Or, je peux vous assurer que la majorité est fermement en défaveur du mouvement« . Elle s’interroge sur une possible manipulation de l’opinion publique.
Laurent va dans le même sens, dénonçant ce qu’il considère comme un emballement médiatique malhonnête, qui pousserait des élèves à sécher les cours en pleine période de révisions.
Patrick, quant à lui, souligne un déséquilibre dans la parole donnée : « Vous parlez énormément des enseignants en grève. Vous leur donnez la parole et vous leur permettez de développer leurs arguments contre les réformes du gouvernement. Or, beaucoup d’écoles fonctionnent et leurs enseignants refusent de faire grève. Ceux-là, vous n’en parlez pas ou très peu« . Il y voit un risque de partialité.
Bénédicte, grand-mère de seize petits-enfants tous scolarisés et présents en classe ce jour-là, estime que la RTBF « persiste dans son soutien aux grévistes« , donnant l’impression que la grève serait généralisée.
Le regard d’une journaliste de terrain
Thi Diem Quach couvre les matières enseignement pour le JT. Avec quinze ans d’expérience à la RTBF, elle n’a jamais connu une mobilisation comparable à celle-ci, pas même en 1996, qu’elle avait vécue comme élève. « J’ai même l’impression que les syndicats sont dépassés par la base, qu’ils n’ont pas tout à fait vu venir la contestation. On vit quelque chose dans le monde de l’école qu’on n’a pas vu depuis longtemps, sur la durée, sur les formes d’actions, sur les moyens de communiquer entre eux et vers l’extérieur. C’est une organisation très horizontale« . Elle souligne aussi le caractère inédit de cette mobilisation collective, qui réunit parents, élèves du secondaire et du supérieur, ainsi que des enseignants, les mesures gouvernementales touchant tous ces publics.
Sur le terrain, avec ses collègues Laurent Henrard, Rachel Crivellaro et Marc Sirlereau notamment, le constat est celui d’une situation très émotionnelle : « Quoi qu’on fasse, ce ne sera jamais assez« . Lorsqu’elle a couvert la manifestation du 5 juin, elle a été critiquée pour avoir « déroulé le tapis rouge » à la ministre en charge de la réforme. Thi Diem Quach répond qu’il est essentiel de donner aussi la parole à ceux qui portent les réformes, de leur permettre d’expliquer leurs choix, même si cela peut parfois entraîner des critiques lors des manifestations, où elle est accusée de ne pas être « du bon côté« .
Concernant les enseignants non grévistes, il est faux de croire qu’ils ne sont pas consultés. Thi Diem Quach a contacté de nombreux enseignants : « Certains, opposés aux mesures mais résignés, préfèrent rester auprès de leurs élèves, déjà très en difficulté. Ils ne soutiennent pas les mesures, mais ne veulent pas laisser leur classe. D’autres, en particulier dans le réseau Wallonie-Bruxelles enseignement, n’ont pas la liberté de débrayer en raison d’un règlement intérieur. Ils ne sont pas en grève, mais partagent les inquiétudes des grévistes. Et dans les écoles non grévistes, les professeurs ont refusé de témoigner, même anonymement« .
Mieux retrouver les articles sur le sujet
Plusieurs courriers nous parviennent également concernant le manque de visibilité des articles relatifs à cette actualité sur le site RTBF/Info.
Muriel, en particulier, s’indigne le 5 juin en matinée : « Je ne comprends pas. Depuis hier matin sur RTBF/info, la seule image d’article est celle du parlement de la FWB. Aucune image de l’énorme mobilisation des profs et des jeunes, ni des violences policières sur des mineurs, un article est prévu ?« . Anstasia, quant à elle, reproche au site de « mettre en avant les deux heures supplémentaires demandées aux enseignants du secondaire supérieur. Alors que cette mesure est loin d’être la seule à être contestée« .
La rédaction n’a pourtant pas publié qu’un seul article concernant la question des deux heures supplémentaires, bien au contraire. En tout, une centaine d’articles ont été publiés entre le 1er mai et le 8 juin.
Pour répondre aux critiques sur l’éparpillement de notre couverture, Xavier Lambert, responsable du site Info et Fact Check, annonce qu’un label « Enseignement » a été créé sur RTBF/Info, accessible sous la bannière « En ce moment », à retrouver en haut de la page d’accueil. Il regroupe désormais tous les contenus liés à la mobilisation enseignante.
« Notre agencement a pu susciter un manque de visibilité« , reconnaît Xavier Lambert, « mais il faut savoir que la multiplication d’onglet en page d’accueil n’est pas forcément la meilleure solution, ce n’est pas nécessairement bon pour la « découvrabilité » du site« , autrement dit sa capacité à être facilement repéré sur internet.
La mobilisation enseignant, en tout cas, ne semble pas terminée. Selon Thi Diem, qui suit ce dossier de près, la situation reste très évolutive : « les directeurs semblent dans l’incapacité d’organiser la rentrée, il y a une forme de découragement après le vote de la réforme du 5 juin, mais j’ai le sentiment que la colère va continuer à s’organiser« .
Pour contacter la médiation : www.rtbf.be/question
