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Reflect Orbital : un projet audacieux pour éclairer la Terre depuis l’espace.

Mi-juillet, la Federal Communications Commission (FCC) a accordé son approbation à Reflect Orbital pour le lancement en 2026 de son premier satellite de démonstration, le Eärendil-1. Tristan Semmelhack, cofondateur de l’entreprise, a souligné l’importance de cet événement, précisant qu’il permettra de « valider notre technologie et les garanties que nous avons développées, et de collecter des données réelles pour éclairer nos plans futurs ».

Le projet a pour ambition de « fournir de la lumière et de l’énergie pour aider à rendre l’infrastructure solaire existante plus utile au-delà des heures où la lumière directe du soleil est disponible », a-t-il ajouté. À long terme, Reflect Orbital envisage des applications variées, telles que l’alimentation de panneaux solaires en dehors des heures d’ensoleillement, l’éclairage de zones sinistrées, l’extension des heures de travail et l’amélioration de la sécurité sur des sites spécifiques, ainsi que des usages militaires et agricoles.

L’idée d’éclairer la Terre depuis l’espace n’est pas nouvelle. Des théories remontant à 1920 et des expériences menées par le programme russe Znamya dans les années 1990 témoignent de cette ambition. Le satellite Eärendil-1 sera équipé de panneaux réflecteurs capables de capter la lumière du soleil et de la renvoyer vers des zones spécifiques sur Terre, avec une précision d’au moins 5 km. L’intensité lumineuse pourra être ajustée, et aucune infrastructure au sol ne sera nécessaire.

Bien que les détails techniques soient limités, des recherches indiquent que le satellite devra atteindre une altitude d’environ 600 km. Les panneaux réflecteurs du prototype mesureront 18 x 18 mètres, tandis que la version finale devrait avoir des dimensions de 54 x 54 mètres. Pour donner une idée de l’échelle, la Station spatiale internationale (ISS) mesure près de 110 mètres de long. Les prévisions de Reflect Orbital tablent sur deux satellites en orbite en 2026, 37 en 2027, avec un objectif de 50 000 satellites d’ici 2035.

Cependant, cette annonce a suscité des inquiétudes au sein de la communauté scientifique. Une étude de l’Observatoire européen austral (ESO) a averti que les satellites de Reflect Orbital deviendraient les plus brillants en orbite, ce qui pourrait avoir des « conséquences néfastes pour le ciel sombre sur Terre ». L’astronome belge Olivier Hainaut a également exprimé ses préoccupations, affirmant que « la constellation complète remplirait le ciel nocturne de centaines de satellites très visibles ».

Cette étude ne se limite pas au projet de Reflect Orbital, mais met en lumière la problématique plus large des lancements de satellites, notamment ceux de SpaceX. Selon les estimations, plus de 1,7 million de satellites pourraient être mis en orbite dans les années à venir, alors que le nombre actuel s’élève à 14 000. L’ESO souligne que cette prolifération de satellites pourrait « illuminera considérablement le ciel nocturne, entravant la capacité de l’humanité à observer des objets célestes peu lumineux ».

Des chercheurs des universités de Princeton, de Comenius de Bratislava et de l’Académie slovaque des sciences partagent également ces préoccupations, indiquant que « la pollution lumineuse causée par l’un de ces satellites est très significative, modifiant l’environnement nocturne jusqu’à des distances de ∼30 kms ».

En Belgique, l’astrophysicienne Yaël Nazé a également exprimé son inquiétude. Elle souligne que si le prototype est déjà très lumineux, le déploiement prévu de plus de 50 000 satellites pourrait « être absolument terrible puisqu’on peut vraiment perdre l’accès au ciel depuis la terre ». Elle met en avant les risques pour les initiatives astronomiques visant à observer des objets peu lumineux, ainsi que le débordement de lumière au-delà des zones éclairées.

Nazé rappelle que le prototype éclairera une zone avec une intensité comparable à celle de la pleine lune sur un rayon de 2,5 km, et que d’ici 2035, l’illumination pourrait atteindre celle de la lumière du jour. Toutefois, elle s’inquiète de la diffusion de cette lumière au-delà des zones ciblées, en contradiction avec les affirmations de Reflect Orbital selon lesquelles « la lumière ne se répandra pas hors de la zone de service définie ».

Enfin, Nazé évoque les impacts potentiels sur la biodiversité et la santé humaine en raison de la perturbation du cycle jour-nuit. Elle questionne également la nécessité d’étendre les heures de travail et d’illuminer davantage les panneaux solaires, se demandant si ces avancées valent les sacrifices potentiels en matière d’astronomie et de recherche.