
Pourquoi le déni climatique persiste-t-il malgré les vagues de chaleur et d’incendies ?
La Belgique et l’Europe occidentale ont récemment été frappées par des événements climatiques extrêmes, soulevant des questions sur la possibilité d’une prise de conscience citoyenne face à ces défis. Les vagues de chaleur, les incendies dévastateurs et les pluies torrentielles pourraient-elles inciter les consommateurs à modifier leurs comportements ?
Sur le plan politique, les partis belges se sont engagés dans des querelles pour attribuer la responsabilité des crises, sans toutefois proposer de nouvelles initiatives pour atténuer ou s’adapter aux effets du changement climatique.
François Gemenne, politologue et chercheur au FNRS, a exprimé dans une interview à Matin Première qu’il ne s’attend pas à un changement significatif dans l’opinion publique. Selon lui, cela s’explique par une tendance à oublier rapidement les événements extrêmes et par le fait que le discours sur le changement climatique reste souvent inaudible, même pour ceux qui en ont été victimes. Il souligne que la responsabilité du changement climatique est diffuse, rendant difficile l’acceptation d’un lien direct entre les catastrophes et leurs causes.
Le chercheur a également noté qu’il existe peu de corrélation entre le niveau d’exposition aux risques climatiques et la volonté de lutter contre le réchauffement climatique.
Les raisons de cette inaction peuvent être liées à des mécanismes psychologiques. Un documentaire intitulé « Climat : mon cerveau fait l’autruche » explore les biais cognitifs qui entravent la prise de conscience. Raphaël Hitier, son auteur, a été frappé par la pertinence des travaux de Daniel Kahneman sur la prise de décision, constatant que ces principes s’appliquent également aux questions climatiques. Il insiste sur le fait que notre cerveau ne cherche pas à représenter la réalité de manière objective, mais plutôt à nous permettre de vivre confortablement.
Les événements climatiques récents, bien que marquants, semblent ne pas suffire à inciter une réaction collective. Les citoyens, confrontés à des images répétées de désolation, peuvent développer une « fatigue de l’apocalypse », s’habituant à l’anormal.
Per Espen Stoknes, psychologue et économiste, partage cette analyse. Dans un TED Talk, il évoque les obstacles psychologiques à l’action, tels que la distance émotionnelle et le pessimisme ambiant. Il préconise de favoriser les discussions sur le climat dès maintenant, plutôt que de remettre à plus tard, afin de créer des normes positives qui pourraient encourager des changements de comportement.
La docteure en anthropologie Elise Boutié, qui a étudié le méga feu de Camp Fire en Californie, constate que malgré l’impact de tels événements, les personnes touchées ont souvent du mal à établir un lien direct avec le changement climatique. Elle souligne que, bien qu’elles soient choquées, elles minimisent souvent le lien avec des facteurs globaux, cherchant à expliquer les événements par des circonstances locales.
En France, par exemple, les incendies en Gironde sont perçus comme des événements saisonniers, ce qui peut conduire à une forme de déni similaire. Roxane Beyns, écologue, s’inquiète de la tendance à classer ces catastrophes comme des incidents isolés, sans en tirer de leçons durables.
Les citoyens se retrouvent ainsi pris entre les conséquences tangibles du changement climatique et l’inaction politique. Bien que des adaptations individuelles soient possibles, le chemin vers un changement collectif semble encore semé d’embûches.
