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Iran : Les Etats-Unis ont-ils encore des choses à « asphyxier » après des décennies de sanctions ?

Lundi, le gouvernement américain a annoncé son intention de « couper toutes les ressources économiques » de l’Iran, évoquant un « D-Day économique », en référence au débarquement de 1944. Cette déclaration a suscité des réactions, notamment celle de Sylvie Matelly, professeure à SKEMA Business School, qui souligne que ces sanctions témoignent des difficultés militaires des États-Unis face à un Iran qu’ils peinent à contrôler.

Depuis 1979, avec le début de la crise des otages, les États-Unis imposent des sanctions économiques à l’Iran, qui ont été renforcées au fil des décennies. Thierry Coville, chercheur à l’IRIS, rappelle que l’Iran subit des sanctions quasi continues depuis quinze ans. Dans ce contexte, le régime iranien a développé des stratégies pour s’adapter à cette pression, apprenant à fonctionner en circuit fermé.

Les sanctions, comme on l’observe également en Russie depuis 2022, poussent les pays à devenir plus autonomes. Téhéran a ainsi diversifié ses chaînes d’approvisionnement, trouvant de nouveaux partenaires et contournant les restrictions, notamment par le biais de sociétés-écrans pour accéder au réseau bancaire international, ou en utilisant des cryptomonnaies. En outre, l’Iran a renforcé ses échanges commerciaux avec ses voisins, comme l’Irak, le Pakistan et la Turquie, rendant difficile le contrôle total de ces flux économiques.

Le retour des sanctions américaines en 2018 a conduit de nombreuses entreprises européennes à se retirer du marché iranien. Cependant, des acteurs comme la Chine continuent de maintenir des relations commerciales avec Téhéran. Le ministère chinois des Affaires étrangères a affirmé que la Chine défendrait fermement ses intérêts face aux pressions américaines. Thierry Coville note que l’Iran a accumulé des réserves de pétrole en mer et dispose d’une monnaie étrangère suffisante pour faire face à cette nouvelle offensive économique.

Dans ce contexte, certains analystes estiment que Donald Trump pourrait attendre les élections de mi-mandat en novembre avant de prendre des mesures militaires contre l’Iran. Téhéran craint que cette stratégie ne mène à une intensification des frappes sur les pétroliers dans le détroit d’Ormuz, ce qui pourrait faire grimper les prix du pétrole et affecter l’économie américaine.

Les conséquences des sanctions sont sévères pour la population iranienne, qui souffre de la montée de la pauvreté et de l’inflation, atteignant près de 70 % en juillet dernier. La moitié de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté. Les espoirs américains de voir la population se soulever contre le régime sont confrontés à une réalité brutale, où chaque mouvement de contestation est réprimé dans le sang. En janvier, plus de 30 000 personnes auraient été tuées lors de manifestations déclenchées par l’effondrement du rial et la hausse des prix des produits de première nécessité.

Les Iraniens se retrouvent piégés entre le blocus économique imposé par les États-Unis et la répression violente de leur propre gouvernement. Leur choix semble désormais se résumer à mourir de faim ou sous les balles des forces de sécurité.