
Anvers maintient son règlement anti-mendicité illégal malgré la disparition des mendiants.
À Anvers, la mendicité est un sujet controversé, surtout dans les zones touristiques. En sortant de la gare centrale, les visiteurs ne croiseront pas de mendiants, une situation qui résulte d’une interdiction stricte sur l’axe qui relie la gare au château Het Steen. Cette réglementation s’étend également aux rues commerçantes et aux abords des stades. De plus, le concept de « mendicité agressive » est introduit, englobant des comportements tels que solliciter les passants ou mendier en présence d’enfants.
Cependant, ces mesures ont été jugées illégales par le Comité européen des droits sociaux, qui a rendu sa décision le 17 août. Selon cet organe du Conseil de l’Europe, les règlements locaux qui restreignent la mendicité violent le droit à la protection contre la pauvreté, tel que stipulé dans l’article 30 de la Charte ratifiée par la Belgique en 1990.
Cette contestation a été portée par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et le Mouvement international ATD Quart Monde, s’appuyant sur une étude de 2023 qui révèle que 83 % des 305 règlements de mendicité en Belgique sont contraires aux droits humains. Mieke Schrooten, chercheuse à l’Université d’Anvers, souligne que bien que la mendicité ait été dépénalisée en 1993, de nombreuses communes ont mis en place des interdictions locales.
Dans ses recherches, Schrooten a rencontré une soixantaine de personnes mendiant à Bruxelles, révélant une diversité parmi elles. Beaucoup n’ont pas accès aux aides étatiques, certains jonglent entre des emplois précaires et la mendicité, tandis que d’autres ont subi des revers tels que la perte d’emploi ou des problèmes de santé. Elle réfute également l’idée que des réseaux organisés exploitent les mendiants, notant que les gains journaliers peuvent varier considérablement.
Niek Everts, coordinatrice de l’association ‘t Vlot à Anvers, met en lumière une réalité difficile : le coût d’un hébergement de nuit est désormais de 4,50 euros, rendant la mendicité parfois la seule option viable pour ceux qui cherchent à se loger, face à d’autres alternatives illégales.
Une voix anonyme active dans l’aide aux personnes vulnérables critique la politique de la ville, qui semble plus préoccupée par l’image qu’elle renvoie aux touristes que par les causes de la pauvreté. Elle décrit une approche à deux vitesses : d’un côté, des investissements dans des structures d’accueil, et de l’autre, des mesures visant à rendre la ville esthétiquement plaisante en éloignant les mendiants de la vue du public.
L’architecture hostile est également un moyen employé pour cacher la pauvreté. Schrooten évoque des aménagements urbains conçus pour dissuader les sans-abri de s’installer, comme des bancs publics inconfortables. Un exemple marquant est l’installation de câbles métalliques près de la gare, destinée à empêcher les sans-abri de s’y asseoir.
La bourgmestre d’Anvers, Els van Doesburg, n’a pas répondu à nos demandes de commentaires, mais a indiqué dans une déclaration à la Gazet van Antwerpen qu’il n’y avait pas d’intention de modifier les règles sur la mendicité. Cette situation soulève des questions sur l’équilibre entre l’ordre public et la dignité des personnes en situation de précarité dans la métropole anversoise.
