Belgique

Les priorités d’Anne-Catherine Dalcq : protéger agriculteurs, forêts et lutter contre le climat.

En moins de trente ans, la Belgique a perdu la moitié de ses fermes, selon Statbel. Comment peut-on freiner cette hémorragie ? « L’enjeu du renouvellement des générations est capital, notamment via l’accès à la terre, qui conditionne la reprise d’une exploitation », souligne Anne-Catherine Dalcq.

« Il existe des groupes de travail qui rendront leurs conclusions à la fin de l’année, notamment sur le bail à ferme pour le rendre plus attractif. En effet, entrer dans un bail à ferme permet d’accéder à la terre et d’obtenir des garanties pour investir par la suite », ajoute-t-elle.

Cependant, d’autres questions se posent, notamment celle des agriculteurs actifs et des pensionnés. « Nous avons proposé à l’Union européenne des critères pour exclure les sociétés de gestion et nous travaillons sur d’autres critères. De plus, si un agriculteur pensionné s’associe avec un jeune, il conserve ses aides PAC. Sinon, il risque de les perdre après une période de transition de cinq ans. Ces politiques visent à maintenir des jeunes agriculteurs et des indépendants », précise la ministre.

Actuellement, un agriculteur sur deux a plus de 55 ans. Si aucune action n’est entreprise, la situation pourrait devenir préoccupante : « Cela illustre l’évolution de la pyramide des âges. Nous sommes à un tournant. Avec 50 % des agriculteurs de plus de 55 ans, cela signifie qu’il y aura un grand changement dans vingt ans. Beaucoup de fermes vont changer de main. C’est aujourd’hui qu’il faut se battre pour préserver une agriculture à taille humaine et obtenir des débouchés plus rémunérateurs. C’est sur cela que je travaille. »

Anne-Catherine Dalcq aborde également la question de la transmission : « Une enquête sera envoyée aux agriculteurs de plus de cinquante ans pour savoir s’ils ont un successeur. Actuellement, parmi ceux de plus de 55 ans, seuls 20 % sont certains d’en avoir un. S’ils n’en ont pas, nous voulons connaître les conditions dans lesquelles ils pourraient céder leur ferme à quelqu’un qui ne fait pas nécessairement partie de leur famille. Il y a beaucoup de jeunes dans les écoles d’agriculture, et nous devons faciliter cette transmission. Un projet va également être lancé avec les cinq syndicats agricoles pour soutenir les reprises d’exploitation. »

Au-delà des successions, un autre sujet d’inquiétude pour la ministre concerne la taille des fermes, qui continuent d’augmenter, notamment dans le sud du pays : « Cela s’explique par le type d’exploitation et de production agricole. La Flandre est plus densément peuplée avec moins de superficie agricole. Ils ont développé des productions nécessitant moins de terre, comme des légumes, ou des porcheries et poulaillers. En revanche, en Ardenne, nous avons beaucoup de prairies et avons développé l’élevage. Je me bats pour une agriculture qui se gère de manière responsable. La terre agricole doit être entretenue avec une vision à long terme, sans chercher un bénéfice à court terme. Il faut une perspective sur trente ans. L’agriculture familiale prend soin de cette terre, et il est crucial de maintenir cette indépendance sur l’exploitation. »

Protéger les revenus des agriculteurs

« Nous travaillons à recréer des débouchés rémunérateurs », déclare la ministre.

Derrière les préoccupations de rendement, le prix du lait est en chute libre, tandis que le prix de la viande reste relativement stable. En somme, les revenus des agriculteurs sont au plus bas, et la vente de leurs produits ne couvre pas les coûts de production, toujours en hausse. Comment peut-on les aider ?

Pour la ministre de l’Agriculture, « nous travaillons à recréer des débouchés rémunérateurs. C’est un travail à moyen et long terme. En ce qui concerne le lait, en Belgique, nous exportons 75 % de notre production. En France, c’est l’inverse, où 75 % de leur production est valorisée sur le marché intérieur. Nous devons également retravailler pour recréer des filières et capter la valeur de nos consommateurs wallons, ce qui permettra une meilleure rémunération pour les agriculteurs. De plus, il est essentiel que le consommateur ait un repère clair en magasin. Ce n’est pas un label supplémentaire, mais un label qui met en avant tous ceux qui rémunèrent bien et qui sont de proximité. Le consommateur est souvent perdu, ici il aura une indication claire. En achetant cela, je soutiens l’agriculture à taille humaine qui est rémunératrice. »

Mercosur et CETA, deux accords et deux stratégies différentes

« Il faut toujours rester vigilant, car nous avons perdu notre autonomie stratégique en matière de défense et d’énergie. Nous ne devons pas commettre la même erreur avec l’alimentation », prévient la ministre.

Cependant, protéger nos agriculteurs n’est pas toujours simple, notamment à cause du marché mondial et des accords comme le Mercosur, qui ne profitent pas aux agriculteurs. « Non, en effet, l’accord du Mercosur met en danger à court terme le secteur du sucre et, à moyen terme, le secteur de la viande bovine », affirme la ministre de l’Agriculture. « Des contingents ont été accordés pour la viande bovine et le sucre, ce qui va inonder le marché. Il est difficile de rester compétitif face à des normes de production très différentes. La Wallonie s’est opposée, la Belgique s’est abstenue, mais finalement, à cause d’un quorum d’États membres suffisant, cela a tout de même été adopté. Maintenant, l’Europe doit protéger et faire respecter les normes de production. »

Pour Anne-Catherine Dalcq, il est également nécessaire d’agir sur les futurs traités : « Il faut avoir une vision et ne plus accepter des contingents aussi importants, car cela met en péril notre agriculture. Cela fragilise notre capacité à nourrir notre population et notre autonomie alimentaire stratégique. Nous devons rester vigilants, car nous avons perdu notre autonomie stratégique en défense et en énergie. Nous ne devons pas faire la même erreur avec l’alimentation. Nous devenons très vulnérables lorsque nous ne savons plus nourrir notre population. »

Si la ministre est très critique à l’égard du Mercosur, elle est moins sévère concernant le CETA : « Je ne suis pas contre les accords de libre-échange, je suis contre les accords de libre-échange déséquilibrés. Le Mercosur, selon les recherches européennes, mettait en danger trois secteurs : le sucre, la viande bovine et la volaille. Ce n’est pas du tout ce qui a été observé pour le CETA, et cela se vérifie. Nous n’avons pas reçu de viande bovine du Canada, mais nous avons pu exporter certaines productions européennes excédentaires. Ils étaient intéressés par nos fromages et notre savoir-faire. Ces éléments n’ont pas compromis l’autonomie alimentaire de l’Union européenne. Pour les autres traités, il est crucial d’avoir une vision pour maintenir un marché sain et des prix rémunérateurs pour les agriculteurs. »

Le changement climatique, un gros souci aussi pour l’agriculteur

En Europe, les incendies font rage. Le changement climatique est une réalité, et les agriculteurs en sont également des victimes. Pour Anne-Catherine Dalcq, « il faut se préparer. » Cela doit se faire de deux manières : « D’abord, la réforme du Fonds des calamités agricoles. Il est réformé pour être simplifié et pour que son activation soit plus rapide, car nous savons qu’il est sollicité beaucoup plus souvent qu’auparavant. Il faut travailler sur de véritables outils de gestion des risques et des mécanismes assurantiels. De plus, il est essentiel d’adapter l’agriculture. Le Centre de recherche agronomique wallon travaille déjà sur de nouvelles variétés et pratiques pour faire face à la sécheresse. Nous ne devons pas non plus oublier les forêts, qui sont également affectées par la sécheresse. Il faut préparer différentes essences pour résister au changement climatique. »

Une sécheresse qui pourrait impacter les rendements agricoles. Même si tout semblait bien se passer au printemps, le manque d’eau commence à se faire sentir. « Nous verrons dans les prochaines semaines l’impact sur les rendements. La moisson vient de se terminer, et nous constatons déjà des rendements légèrement inférieurs à ceux de l’année dernière, avec également une hétérogénéité entre agriculteurs. Les communes doivent tenir leurs différentes commissions de déclaration de dégâts pour évaluer la situation sur le terrain. Dans quelques mois, nous déciderons si nous déclenchons le Fonds des calamités agricoles ou non. »

Mais le changement climatique n’est pas le seul problème auquel font face les agriculteurs. Les crises géopolitiques sont également préoccupantes. « Aujourd’hui, l’agriculteur ne se contente pas de vérifier la météo le matin, il suit aussi le prix des engrais qui s’envole. Comment peut-il maintenir le cap ? Effectivement, il faut faire face au changement climatique, mais aussi aux crises géopolitiques. Avec le détroit d’Ormuz bloqué, le prix des engrais a augmenté, ce qui a fait grimper les coûts de production. Il est impératif de travailler à la création de filières rémunératrices qui suivent l’inflation. »

Une des solutions consiste à « devenir autonome en matière d’engrais et à utiliser davantage d’engrais organiques. »

L’ag