Belgique

Inondations de juillet 2021 : situation des sinistrés rencontrés.

Notre reportage débute dans la rue d’Avallon, à Pepinster, où il y a cinq ans, les meubles, électroménagers, canapés, jouets étaient enfouis sous la boue. Le 16 juillet 2021, Nelly Malherbe, alors âgée de 73 ans, nous confiait : « J’ai 73 ans. Il faut tout recommencer ? Non. Ce n’est pas possible. C’est à vous dégoûter de vivre ».


Notre article commence dans la rue d’Avallon, à Pepinster. Il y a cinq ans, dans cette même rue, des meubles, des électroménagers, des canapés et des jouets étaient submergés par la boue.

Nelly Malherbe est l’une des victimes que nous avons rencontrées. Chez elle, l’eau de pluie a atteint quatre mètres de hauteur, emportant quarante ans de souvenirs familiaux.

Le 16 juillet 2021, Nelly, profondément affectée, nous avait déclaré : « J’ai 73 ans. Il faut tout recommencer ? Non. Ce n’est pas possible. C’est à vous dégoûter de vivre ».

Aujourd’hui, Nelly Malherbe a 78 ans. Elle réside dans une maison de repos du Pays de Herve, un déchirement pour elle, ayant choisi de reconstruire plutôt que de quitter son foyer. « C’était toute sa vie », témoigne Jean-François Malherbe, son fils, présent à ses côtés lors de l’inondation.

« J’ai 73 ans. Il faut tout recommencer ? Non. Ce n’est pas possible. C’est à vous dégoûter de vivre, » avait déclaré Nelly Malherbe, sinistrée lors des inondations de juillet 2021.

Jean-François Malherbe se rappelle des inondations qui ont gravement touché la maison de son enfance, bien que sa propre maison n’ait pas subi de dégâts. Il reste très marqué par l’expérience de sa mère. « On voyait l’eau monter de temps en temps, juste quelques centimètres dans la cave. Mais jamais je n’aurais pensé arriver à un stade pareil. Jamais je me suis dit qu’on allait avoir trois mètres nonante-cinq d’eau dans la maison et que tout allait être saccagé. »

La catastrophe a touché environ 100.000 personnes, dont de nombreux commerces. Dans un magasin de la région, la vie a repris tant bien que mal. Il a fallu onze mois de travaux pour réparer les dégâts.

« Ça a été très long : il fallait refaire tout un magasin, tout un atelier », se remémore Claudine. « Il y avait aussi un long délai d’attente pour le matériel parce qu’on n’était pas la seule boulangerie inondée. Et puis, de toute façon, on n’était pas prêts, il fallait faire sécher. On a mis de gros humidificateurs pour faire sécher le magasin, l’atelier, avant de pouvoir reconstruire. »

Pour Claudine, c’est le pire moment de sa vie. « On a vécu dans des conteneurs. Il y avait des rats et cette odeur pendant plusieurs mois. C’était horrible. » Aujourd’hui, elle se sent beaucoup mieux, sa boulangerie a redémarré, mais certains souvenirs sont gravés dans sa mémoire.

« J’ai appris le lendemain qu’on l’avait retrouvée noyée dans son lit. C’était très dur car on n’imagine pas qu’on n’a pas pu la sauver », confie-t-elle.

Parmi les souvenirs difficiles, Claudine se rappelle du bruit de l’eau qu’elle ne pouvait plus entendre pendant longtemps. « Il m’a fallu dix mois avant de pouvoir aller sur le Ravel et me promener au bord de l’Ourthe. Le chemin que je trouvais si beau, tout à coup, me semblait moche. »

Cette catastrophe naturelle a laissé des traces et des souvenirs pénibles. Cependant, il y a aussi l’empreinte d’un élan de solidarité hors du commun, vivante dans la mémoire des sinistrés que nous avons recontactés. « Les gens arrivaient de partout, de Flandre et d’autres pays, pour nous aider et nous apporter à manger, » souligne Claudine.

Cinq ans après, certains sinistrés préfèrent ne pas parler à notre micro, tant le traumatisme reste présent. Ces images, ces sons, ces odeurs : ils ne les oublieront jamais. Cet épisode tragique de leur histoire demeurera gravé dans leur mémoire, mais ils sont résolus à tourner la page.