Belgique

Incendies en milieu naturel : les pompiers ne déplorent pas d’enquête en Belgique.

En Belgique, « la majorité des cas des incendies en milieu naturel ne font pas l’objet d’une investigation. Il n’y a pas d’enquête systématique », selon Philippe Filleul, directeur adjoint du BBSPB. Stéphane Thiry a pour objectif de former au moins deux équipes d’intervention d’ici 2027, comprenant des policiers, des pompiers et des agents forestiers.


En Belgique, les pompiers ne participent pas à l’identification des causes des incendies en milieu naturel. Par exemple, les chiens des équipes cynophiles ne sont pas formés pour détecter les produits accélérateurs, contrairement aux chiens pisteurs utilisés actuellement en France.

« Il n’y a pas d’enquête systématique. » Ces enquêtes relèvent de la seule mission judiciaire en Belgique. Pourtant, Philippe Filleul, directeur adjoint de l’organe national représentant les zones de secours, le BBSPB (Brandweer België – Sapeurs-pompiers de Belgique), indique que « la majorité des cas d’incendies en milieu naturel ne font pas l’objet d’une investigation. Il n’y a pas d’enquête systématique. »

Pour Stéphane Thiry, commandant de la zone de secours Luxembourg, cette situation est inacceptable. Il souligne que, depuis quelques années, « on constate une augmentation d’au minimum 10% des interventions sur les incendies en milieu naturel. » Cependant, selon les statistiques, il n’existe pas de « feux de forêt » : « les statistiques existantes prennent en compte des incendies de plus de 30 hectares. Si vous n’en signalez pas, c’est comme si vous n’aviez pas eu d’incendies. »

En France, l’incendie de Fontainebleau a ravagé 800 hectares. En revanche, au Limbourg, un incendie a récemment touché « seulement » 8 hectares d’une zone boisée, ce qui signifierait qu’il ne sera pas répertorié dans les statistiques relatives aux feux de forêt.

« Les incendies en milieu naturel n’ont pas été repris dans les risques principaux. » Le commandant Thiry ajoute que si l’on examine l’analyse des risques de la Région wallonne, on constate que les incendies en milieu naturel ne figurent pas parmi les risques majeurs (selon le rapport du Cortex sur l’analyse régionale des risques). « Pourtant, la question des incendies en milieu naturel devient extrêmement problématique. »

Quentin Grégoire, commandant des pompiers de la zone de secours Vesdre Hoëgne & Plateau, conforte cette idée : « On constate l’évolution du phénomène climatique dans tous les sens du terme, avec de plus en plus de canicules, de sécheresse et d’orages intenses. Le nombre d’interventions augmente rapidement, mais de manière très intense. La pression est de plus en plus forte sur le personnel. »

Stéphane Thiry aspire à importer la pratique française de la recherche des causes et circonstances d’incendie de forêt (RCCI). Pour lui, il s’agit d’une question de prévention et de lutte contre l’impunité.

En France, la cellule RCCI est pluridisciplinaire, regroupant pompiers, agents de l’Office National des Forêts et gendarmes spécialisés. Ces équipes collectent des indices et utilisent des chiens ainsi que diverses techniques pour retracer l’origine des sinistres. Un membre d’une cellule RCCI dans les Pyrénées-Orientales explique : « On passe beaucoup de temps à lire le terrain et à interpréter les traces laissées par le feu. Les éléments que nous utilisons incluent principalement les traces de suie sur les troncs, les pierres et les coquilles d’escargots. » Il précise que le taux d’élucidation des causes des incendies dans son département est de 30 à 40%. Une fois les éléments techniques recueillis, ils sont analysés par les enquêteurs judiciaires.

Thiry souligne l’importance d’une approche systématique pour connaître les causes des incendies afin de mieux prévenir et sanctionner les actes. « Plus vous connaissez les causes réelles des incendies, plus vous pouvez cibler vos campagnes de prévention, » affirme-t-il.

Pour réaliser cette ambition, Thiry a pris l’initiative de créer un projet pilote dans sa zone. Au début de l’année 2023, il s’est rendu dans le Var, en France, pour suivre une intense formation sur la RCCI, où il a analysé huit situations d’incendie par jour. En partenariat avec la zone de police de Famenne-Ardenne et le Département wallon de la Nature et des Forêts, il a également obtenu l’accord du procureur du roi en province du Luxembourg. Son objectif est de former au moins deux équipes d’ici 2027, rassemblant policiers, pompiers et agents forestiers. Ce projet inclut la création d’une base de données inspirée de celle de la cellule française, comprenant des données météorologiques, la superficie calcinée, l’origine présumée et le type de relief.

La version belge de la RCCI vise à étudier méthodiquement et scientifiquement les incendies en milieu naturel.