
Pedro Sánchez en Algérie : quatre géants espagnols lors de sa première visite après la crise.
Pedro Sánchez se rendra en Algérie la semaine prochaine avec une délégation composée de Naturgy, Repsol, Enagás et Moeve. En 2023, les exportations espagnoles vers l’Algérie ont chuté à 332 millions d’euros, contre près de 1,9 milliard en 2021.
Pedro Sánchez se rendra en Algérie la semaine prochaine, et la composition de sa délégation est significative. Selon le quotidien espagnol El Periódico, quatre des plus grands groupes énergétiques espagnols l’accompagneront : Naturgy, Repsol, Enagás et Moeve.
La présence simultanée de ces entreprises illustre mieux qu’un communiqué ce que Madrid considère comme le cœur de sa relation avec Alger. Il s’agit principalement du gaz naturel, mais inclut également, de manière nouvelle, les énergies bas carbone et l’hydrogène vert.
Un partenariat gazier qui a survécu à deux ans de crise diplomatique
La rupture en 2022 a été soudaine. Le changement de position de Madrid concernant le Sahara occidental a provoqué le rappel de l’ambassadeur algérien, la suspension du traité d’amitié et un gel quasi total des échanges commerciaux. Néanmoins, une réalité a perduré : le gaz algérien a continué d’affluer vers la péninsule Ibérique.
Le gazoduc Medgaz, qui reste le seul lien direct entre les deux rives depuis la fermeture du Maghreb-Europe en 2021, a continué à fonctionner sans interruption. Les livraisons se sont maintenues, régies par des contrats à long terme que ni la politique ni les tensions diplomatiques n’ont pu facilement remettre en question. Les renégociations tarifaires menées par Sonatrach durant cette période s’inscrivaient, d’ailleurs, dans des mécanismes contractuels habituels, appliqués de façon similaire avec d’autres partenaires comme Eni ou Engie.
Ce pragmatisme énergétique a constitué le fil rouge qui a facilité la normalisation des relations. En février 2025, le président Abdelmadjid Tebboune qualifiait déjà l’Espagne de « pays ami ». Plus récemment, il a précisé que le choix de Madrid en tant qu’invité d’honneur de la Foire internationale d’Alger se fondait « sur la raison et le cœur ». Ces signaux ont préparé le chemin pour cette visite de haut niveau.
Naturgy, Repsol, Enagás, Moeve : les géants espagnols de l’énergie arrivent à Alger avec Pedro Sánchez
La sélection des entreprises choisies pour accompagner le chef du gouvernement espagnol reflète la diversité et la profondeur des relations économiques entre les deux pays. Chacune représente un aspect précis de cette coopération.
Naturgy entretient une relation historique avec Sonatrach, qui détient environ 4 % de son capital. Repsol collabore avec le groupe algérien sur des activités d’exploration et de production d’hydrocarbures, notamment dans le bassin de Berkine. Enagás, partenaire de Sonatrach dans le cadre de Medgaz, gère l’infrastructure qui transporte aujourd’hui l’essentiel du gaz algérien vers l’Espagne. Quant à Moeve, anciennement Cepsa, elle représente l’aspect tourné vers l’avenir, avec des projets en carburants durables, molécules bas carbone et hydrogène vert.
La détente diplomatique progressive entre Alger et Madrid avait déjà permis, en mars 2026, à José Manuel Albares de réaliser la première visite d’un chef de la diplomatie espagnole en Algérie depuis la crise. Peu après, Medgaz a vu ses flux quotidiens passer de 28 à 32 millions de mètres cubes. Ce changement indique clairement que l’apaisement politique se traduit immédiatement par des volumes supplémentaires.
Hydrogène vert : le nouveau terrain de coopération entre l’Algérie et l’Espagne
La présence de Moeve dans la délégation ouvre des perspectives qui vont bien au-delà des hydrocarbures traditionnels. L’hydrogène vert s’impose progressivement comme le prochain chapitre de la coopération énergétique entre les deux pays.
L’Algérie possède d’importants atouts pour s’établir sur ce marché émergent. Son ensoleillement exceptionnel, ses vastes espaces disponibles et sa position géographique en font un candidat naturel pour alimenter les futurs corridors énergétiques reliant l’Afrique du Nord à l’Europe. La proximité avec l’Espagne, premier point d’entrée sur le continent, renforce encore cette logique.
La visite de Sánchez devrait permettre de traiter à la fois des questions gazières à court terme et des perspectives de coopération dans les nouvelles filières énergétiques à moyen et long terme. Cette double ambition est rendue visible par la composition même de la délégation.
Les échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Espagne retrouvent progressivement leur niveau d’avant-crise
Bien que le secteur énergétique ait peu souffert de la crise, les échanges commerciaux hors hydrocarbures ont, eux, très largement été affectés par le froid diplomatique. Les exportations espagnoles vers l’Algérie ont chuté à 332 millions d’euros en 2023, contre près de 1,9 milliard en 2021. Au total, les entreprises espagnoles auraient subi environ 3,2 milliards d’euros de pertes durant cette période.
Une reprise est en cours. L’accélération de la reprise des entreprises espagnoles sur le marché algérien s’est confirmée depuis le début de l’année 2026, portée par la volonté affichée de Madrid de regagner des positions perdues. La ministre espagnole du Commerce, Amparo López, a elle-même qualifié la situation de « contexte très favorable » pour les opérateurs de son pays. Cependant, le niveau d’avant-crise n’est pas encore atteint. Cette visite de Sánchez représente une occasion de donner une impulsion politique supplémentaire à cette dynamique.
En mobilisant ses leaders de l’énergie pour ce déplacement, Madrid envoie un message clair : le partenariat avec Alger est un pilier, et non une variable d’ajustement. Ce pilier, loin de se limiter au gaz naturel, est destiné à s’élargir aux énergies de demain.
