Tunisie

Spectacles d’été : Culture et divertissement en conflit ?

Les festivals d’été, véritables vitrines de la culture et du divertissement, se succèdent chaque année, apportant leur lot de surprises, tant positives que négatives. Dans ce contexte, les agences événementielles, en plein essor, misent de plus en plus sur des artistes internationaux, attirant ainsi un public en quête de sensations. Cependant, une question fondamentale se pose : que reste-t-il de la culture lorsque le divertissement prend le pas sur l’essence même des spectacles ?

Avant d’examiner des exemples précis où les choix des organisateurs, qu’ils soient publics ou privés, méritent d’être scrutés, il est essentiel de définir les concepts de culture et de divertissement. Le Larousse en ligne décrit la culture comme « l’enrichissement de l’esprit par des exercices intellectuels », tandis que le divertissement évoque l’« amusement » et le « plaisir ». Ces définitions laissent entrevoir une complémentarité potentielle entre ces deux notions, qui ne sont pas nécessairement opposées.

De nombreux festivals ont mis en avant des talents, tant tunisiens qu’étrangers, qui ont su créer une atmosphère vibrante. Des concerts tels que celui d’Angélique Kidjo, icône de la musique africaine, ont pourtant attiré une affluence décevante, malgré ses cinq Grammy Awards. À Hammamet, Big Daddy Wilson, figure du blues, a également eu du mal à capter un large public, tandis que d’autres artistes, bien moins reconnus, ont réussi à remplir les salles. Des spectacles de qualité, comme ceux de Mariza ou de l’ensemble Randò Veniziano, ont passé inaperçus, soulignant un décalage entre la valeur artistique et l’attrait du public.

Le retour du Tabarka Jazz Festival a été marqué par une programmation de choix, mais les gradins n’ont pas retrouvé leur affluence d’antan. De même, le Festival international de Sousse est souvent critiqué pour sa capacité à attirer un public malgré des choix artistiques de qualité. Ce phénomène témoigne d’une tendance inquiétante : le public semble privilégier le divertissement léger au détriment d’une offre culturelle plus enrichissante. Il ne s’agit pas d’un simple caprice, mais d’une réalité qui touche tous les secteurs artistiques, comme le montrent les ventes de billets.

Les organisateurs sont souvent pointés du doigt pour leur manque de promotion, mais même des artistes prestigieux comme Angélique Kidjo peinent à attirer les foules face à des spectacles plus festifs. La couverture médiatique, qui privilégie les moments de danse et d’amusement, renforce cette perception selon laquelle le succès d’un événement se mesure uniquement à sa dimension festive. Najla Ettounsia, qui a récemment attiré un large public à Bizerte, ne se considère pas comme une chanteuse au sens traditionnel du terme, mais son succès souligne la diversité des attentes du public.

La Cité des sciences de Tunis, un espace dédié à la culture et à la science, a également été le théâtre de concerts orientés vers le divertissement de masse cet été. Des événements tels que celui de Raouf Maher et Nawal Zoghbi ont été entachés par des problèmes d’organisation, notamment une survente de billets et des coupures d’électricité. Des incidents violents ont même perturbé un concert de Dystinct, et l’annulation d’un spectacle de Haifa Wehbe a soulevé des questions sur la direction que prend cet établissement.

Face à ces événements, la cohérence entre la mission originelle de la Cité et son orientation actuelle suscite des interrogations. Les choix récents semblent s’éloigner de l’objectif initial de diffusion des savoirs, au profit d’une expérience plus commerciale.

La question de la rentabilité se pose également. Les organisateurs, souvent contraints de privilégier des spectacles à forte visibilité, doivent se demander si cette logique ne nuit pas à la richesse culturelle. La programmation ne doit pas se limiter à des tendances éphémères. Les responsables d’associations culturelles devraient s’engager à élargir les horizons du public, en proposant des créations innovantes, sans sacrifier la qualité sur l’autel de la rentabilité.

Le Festival international de musique symphonique d’El Jem illustre parfaitement cette dualité, alliant succès populaire et qualité artistique. Des artistes comme Sami Yucuf et Yara, qui ont connu un grand succès, rappellent que le public peut être enthousiaste pour des spectacles de valeur. Les festivals ne doivent pas renoncer à leur mission éducative, même si cela implique de nager à contre-courant des attentes commerciales.

Enfin, bien que les budgets soient souvent serrés et que les cachets des artistes augmentent, il est crucial que la culture ne soit pas uniquement guidée par des considérations financières. La responsabilité des décideurs est de maintenir un équilibre entre rentabilité et enrichissement culturel, afin de préserver la diversité et la richesse des offres artistiques.