
SEE DJERBA : L’île ne cesse de se transformer en espace créatif
Du 8 au 16 août, Djerba se transforme en un laboratoire artistique avec le Festival international d’art médiatique, intitulé « Akros – De la rencontre à l’enchevêtrement ». Cet événement, qui se déroule à Guellala et Houmt Souk, vise à établir un dialogue entre l’art contemporain et le patrimoine local, tout en réfléchissant aux liens qui unissent les individus et les environnements qui les entourent.
Depuis sa création en 2017, le festival See Djerba s’est imposé comme un espace de création unique, où l’art s’intègre profondément au territoire, à son histoire et à ses pratiques culturelles. Le terme « akros », issu de la langue amazigh, évoque le « nœud », symbolisant les interconnexions qui jalonnent nos vies. Cette métaphore souligne l’objectif du festival : explorer les relations humaines et écologiques dans un contexte marqué par des crises écologiques, des migrations, des tensions géopolitiques et un isolement social croissant.
En s’inscrivant dans cette dynamique, See Djerba interroge la possibilité de transformer une simple rencontre en une relation pérenne. L’enchevêtrement, loin d’être une simple figure de style, est envisagé comme une condition essentielle de notre époque. Les œuvres présentées ne sont pas simplement des créations extérieures ; elles sont conçues en résonance avec l’île, ses paysages et ses communautés. Les artistes sont invités à s’immerger dans le milieu local, à en écouter les histoires et à interagir avec son héritage culturel.
Les lieux emblématiques de Djerba, tels que musées, ruelles et anciens commerces, deviennent des scènes de création. L’art médiatique s’y confronte à l’architecture traditionnelle et à la vie quotidienne, rendant l’expérience artistique accessible à tous. Cette approche innovante a contribué à faire de See Djerba un événement distinctif sur la scène méditerranéenne de l’art contemporain, en réintégrant l’art dans l’espace public et en favorisant les échanges entre habitants et visiteurs.
Les éditions antérieures du festival ont déjà abordé des thématiques variées, telles que l’eau, le sel et les transformations environnementales. Avec « Akros », l’accent est mis sur les relations qui unissent ces éléments. Le festival a débuté le 8 août à Guellala avec « Lila fi Guellala », une soirée immersive qui a transformé le musée local en un espace de création contemporaine, mêlant projections et installations.
Du 10 au 13 août, cinq Labs seront organisés, réunissant artistes, chercheurs et professionnels de la culture pour des échanges enrichissants. Des sessions telles que « Behind What You See » dévoileront les processus créatifs derrière les œuvres, tandis que « Decolonise Contemporary Art », dirigé par Bettina Pelz, remettra en question les modèles institutionnels en explorant des savoirs diversifiés. D’autres Labs aborderont des thématiques comme l’engagement citoyen à travers l’art, le dialogue entre cinéma et art médiatique, et la promotion d’un discours contemporain en langue arabe.
À partir du 14 août, Houmt Souk deviendra le centre névralgique du festival, transformant son cœur historique en un vaste espace d’exposition. Les œuvres s’installeront dans des bâtiments patrimoniaux, des boutiques et des places, offrant un parcours artistique dynamique. Cette édition mettra également en avant l’artisanat, résonnant avec l’imaginaire du fil et du nœud, rappelant que chaque création s’inscrit dans une histoire de savoir-faire.
Le festival accueillera 35 artistes internationaux issus de divers pays, tels que la Tunisie, le Mexique, l’Italie, et bien d’autres. Les œuvres présentées exploreront des thématiques variées, allant des écosystèmes marins aux mémoires coloniales, en passant par les traditions orales et les transformations environnementales.
Loin d’être une simple juxtaposition de cultures, cette diversité géographique vise à favoriser les échanges d’expériences et à mettre en lumière des réalités partagées face à des enjeux globaux. Organisé par Zakham, Momentum for Contemporary Culture, See Djerba continue d’évoluer en tant qu’espace de formation, de recherche et d’échange international, tout en maintenant la gratuité de ses manifestations.
À travers « Akros », le festival ne se limite pas à exposer des œuvres ; il s’efforce de créer des situations de rencontre, d’établir un dialogue entre tradition et modernité, entre le local et l’international, tout en célébrant le geste artisanal et l’expérimentation artistique.
