Tunisie

Pénurie d’eau : un phénomène global et structurel à envisager ?

La question de l’eau, ressource de plus en plus rare, ne se limite plus à quelques zones géographiques. Les sécheresses fréquentes, le changement climatique, la pression croissante des usages et l’augmentation des besoins font de l’eau un enjeu crucial pour la sécurité alimentaire, économique et sociale. La Tunisie, à ce titre, se trouve au cœur d’un défi global qui nécessite des réponses collectives et des initiatives d’autonomie dans la gestion de cette ressource vitale.

La montée des températures et l’intensification de la pression sur les ressources en eau sont des phénomènes indéniables. À l’échelle internationale, le stress hydrique est devenu l’une des manifestations les plus préoccupantes des changements climatiques, affectant particulièrement la Tunisie, située dans la région Mena, reconnue comme l’une des plus pauvres en eau au monde.

D’après le dernier rapport de la Banque mondiale publié en mars 2026, « la région Mena est la plus pauvre en eau au monde, avec une disponibilité annuelle moyenne par habitant de seulement 480 mètres cubes — bien en deçà de la moyenne mondiale de 5.500 mètres cubes et du seuil de pénurie absolue fixé à 500 mètres cubes. » En Tunisie, environ 70 % des ressources en eau sont consacrées à l’agriculture, essentielle pour garantir la sécurité alimentaire. À l’échelle mondiale, plus de 2 milliards de personnes vivent dans des pays confrontés à un stress hydrique important, et d’après une publication des Nations Unies, le monde fera face à un déficit de 40 % des ressources en eau douce d’ici 2030, comme l’a souligné la semaine mondiale de l’eau à Stockholm, du 23 au 27 août 2026.

Il est donc évident que la crise de l’eau en Tunisie illustre un phénomène global, tout en reconnaissant les efforts significatifs réalisés pour optimiser la gestion des ressources disponibles, notamment dans le secteur agricole, où la sécurité alimentaire a pris une dimension souveraine.

L’ONU souligne que « les ressources en eau sont plus précaires que jamais », appelant à un renforcement des actions pour prévenir une crise mondiale de l’eau. En Tunisie, le pays n’est pas resté inactif face à ce défi, ayant construit 36 grands barrages au fil des années et mis en place de nombreuses infrastructures pour gérer les inondations tout en récupérant une partie des eaux de ruissellement. De plus, plusieurs projets de dessalement des eaux de mer ont été initiés, visant à répondre à 30 % des besoins nationaux d’ici 2030.

Pour la consommation domestique, le pays dispose de 30 usines de mise en bouteille d’eau minérale, avec une capacité de 520 000 bouteilles par heure. Cependant, malgré ces efforts, la Tunisie est confrontée à des cycles de sécheresse récurrents, à des pics de consommation, ainsi qu’à des problèmes sociaux tels que la spéculation et l’augmentation illégale des prix, comme le montre la situation actuelle. L’absence de communication officielle de la part des ministères concernés (Agriculture, Commerce, Industrie) alimente des interprétations erronées, évoquant des « perturbations de la production dues à des coupures électriques » ou un manque de matières premières en raison des conflits au Moyen-Orient.

Une communication de crise bien adaptée pourrait atténuer les effets de cette situation, en évitant une ruée sur l’eau en bouteille. En effet, en période de crise, les consommateurs recherchent des informations pour orienter leurs comportements sur le marché.

Malheureusement, le rôle du consommateur est resté passif, se limitant à répondre à ses besoins immédiats en eau minérale tout en espérant une résolution rapide des problèmes d’approvisionnement. Pourtant, des solutions existent pour faire face à cette pénurie. Certaines d’entre elles, déjà mises en œuvre avec succès par de nombreux ménages, incluent l’installation de filtres ou d’osmoseurs pour traiter l’eau du robinet. Bien que cette option présente des inconvénients, elle pourrait constituer une alternative viable en cas de pénurie.

Une autre solution, largement adoptée dans le sud du pays, consiste à construire des bassins d’eau (Fisqiya ou Majel) pour collecter l’eau de pluie en hiver, permettant ainsi d’assurer un approvisionnement en eau potable tout au long de l’année. Cette méthode nécessite un savoir-faire en matière de traitement et de conservation, mais elle est très efficace pour garantir une autonomie hydrique.

Des industriels ont également développé des réservoirs et des cuves de différentes tailles, pouvant être installés dans le sol ou à proximité des habitations, pour récupérer l’eau de pluie à des fins domestiques. De plus, des innovations permettent de capter l’humidité de l’air sous forme de vapeur d’eau grâce à des dispositifs spécifiques. L’État et la société civile pourraient collaborer pour créer des cadres, des financements et des mécanismes adaptés afin d’aider les Tunisiens à améliorer leur autonomie dans la gestion de l’eau et à atténuer les effets du stress hydrique, un enjeu qui dépasse largement les frontières nationales.