Tunisie

FIFAK 2026 : Moussa Touré, réalisateur sénégalais, évoque son cinéma poétique.

Moussa Touré, réalisateur sénégalais, évoque son attachement au Fifak, un festival qui joue un rôle crucial dans le dialogue intergénérationnel. Dans cet entretien, il partage son parcours unique, débutant par un apprentissage technique avant de se tourner vers la réalisation, une discipline qu’il aborde avec une sensibilité particulière, marquée par l’observation et le silence.

Touré aborde des thèmes profonds tels que l’identité et la résistance, établissant des liens entre la culture des pêcheurs et les tragédies de l’esclavage. Il mentionne également ses projets à venir, dont un film intitulé « L’appartenance », tout en rendant hommage à ses mentors et à la richesse du cinéma africain. Pour lui, la transmission culturelle et l’indépendance artistique sont essentielles face aux influences extérieures.

Interrogé sur sa relation avec le Fifak, il souligne l’importance de ce festival comme un carrefour entre les générations. Les professionnels plus âgés, tout en continuant à encadrer les jeunes, lui permettent d’apprendre continuellement. Pour lui, la jeunesse représente le cœur battant de l’Afrique et c’est cet échange qui le motive à participer à l’événement à Kélibia.

Il partage également une expérience marquante avec un jeune Libanais présent au festival, dont le film l’a amené à discuter des réalités troublantes du Liban, notamment la surveillance par drones. Cette interaction lui a donné matière à réflexion pour ses futurs projets cinématographiques.

Touré évoque ses racines à Dakar, une ville où la mer est omniprésente. Issu d’une lignée de pêcheurs, il se sent en communion avec les pêcheurs de Kélibia, partageant avec eux une culture de résistance. Cette connexion lui semble naturelle, tant les défis des pêcheurs résonnent avec ceux des cinéastes amateurs.

Son parcours professionnel a été marqué par une transition de quinze ans en tant que chef électro avant de se consacrer pleinement à la réalisation. Il confie avoir été encouragé par sa mère dans sa passion pour le cinéma, tout en nourrissant un goût pour la poésie et les récits.

Concernant son film « La Pirogue », il envisage de le tourner différemment, en se concentrant sur la terre ferme plutôt que la mer, tout en établissant des parallèles avec d’autres œuvres traitant de l’esclavage. Il souligne que son cinéma se caractérise par un regard contemplatif et une approche silencieuse, où l’observation prime sans jugement.

Dans son dernier projet, « Les échos de la forêt », il explore une croyance fascinante en Guinée, où un peuple considère les chimpanzés comme ancêtres. Ce documentaire-fiction, qu’il produit avec ses propres ressources, aborde des questions de protection de l’environnement et de cohabitation avec la nature.

Son rêve cinématographique, « Appartenance », traite de l’esclavage arabo-musulman à travers l’histoire d’une jeune fille vendue au Maroc. Bien qu’il ait initialement prévu de tourner à Djerba, un financement au Maroc l’a conduit à changer de cap, renforçant son désir d’explorer les thèmes d’identité et d’appartenance.

Touré envisage également un court-métrage se déroulant à Kélibia, en collaboration avec le monteur Karim Hamouda. Sa coiffe, symbole de son héritage royal burkinabé, témoigne de son attachement à ses racines et à son identité.

Le cinéma sénégalais, selon lui, est en pleine effervescence grâce à la jeunesse, bien que la France continue d’exercer une influence sur le secteur audiovisuel. Touré se considère comme un héritier de Sembene Ousmane, ayant appris de ses expériences tout en respectant son parcours.

Enfin, il rend hommage à des figures influentes comme Tahar Cheriaâ et Taïeb Louhichi, tout en affirmant son désir de contribuer au cinéma tunisien, se sentant profondément lié à Kélibia.