Tunisie

Nabeul : La Place d’El Mahfar s’ornemente de figurines de sucre pour le Nouvel An de l’Hégire (1er Mouharram 1448)

La tradition des poupées de sucre en Tunisie est typiquement nabeulienne, mais ce type de coutumes existe également dans d’autres pays comme le Mexique, la Chine, l’Argentine, la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie (Sicile), la Syrie, le Liban et l’Égypte (au Mouled). D’après Mme Sonia Bayoudh, «Cette année, les prix des poupées oscillent entre 5 et 45 dinars, selon la taille et le format de la figurine».


Si, en Tunisie, la tradition des poupées de sucre est spécifiquement nabeulienne, on observe néanmoins que cette coutume se développe également dans d’autres pays. C’est le cas notamment du Mexique, de la Chine, de l’Argentine, de la France, de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie (Sicile), de la Syrie, du Liban et de l’Égypte (au Mouled).

La Presse — Conformément à la tradition à Nabeul, à l’approche de «Ras el-Âam el Hejri» — le premier jour de Mouharram dans le calendrier musulman, qui commémore l’émigration (hégire) du Prophète de l’Islam vers Médine (Yathreb) le 16 juillet 622 —, la place d’El Mahfar est animée par des tentes et des chapiteaux temporaires où sont exposées les célèbres poupées de sucre.

Des racines méditerranéennes

À Nabeul, en plus du couscous au «qaddid» (viande boucanée), et à l’instar des œufs colorés et des lapins en chocolat du lundi de Pâques chez les Chrétiens, les habitants entretiennent depuis plusieurs décennies une tradition aux racines méditerranéennes. Ces figurines de sucre enrichissent le «methred» de Ras el-Âam (un plat en poterie colorée rempli de friandises et de fruits secs).

«Cette année, les prix des poupées oscillent entre 5 et 45 dinars, selon la taille et le format de la figurine. Elles sont fabriquées à partir de sucre alimentaire liquide versé dans des moules, une technique maîtrisée par quelques artisans. Après démoulage, les décorateurs interviennent avec leurs pinceaux pour dessiner les traits du visage, les cheveux et les costumes colorés. Une fois sèches, elles sont emballées dans du papier cellophane», explique Mme Sonia Bayoudh.

Quant à l’origine de cette tradition, aucune étude scientifique ni publication historique ne peut confirmer avec certitude l’origine des figurines de sucre. Certains historiens, comme le Pr Yahia el-Ghoul, un enseignant en histoire contemporaine, soutiennent que ces poupées proviennent de l’île de Sicile, où leur fabrication pour des fêtes religieuses comme Pâques et la Toussaint fait partie des us et coutumes. Toutefois, cette hypothèse reste non vérifiée et même infondée par des recherches académiques, laissant un flou sur les origines de cette pratique. D’autres chercheurs et passionnés d’histoire ont une perspective différente.

Une poupée de sucre comme symbole d’amour

«La confection des poupées de sucre est ancrée dans la culture nabeulienne. Même si beaucoup pensent que cette tradition a commencé au début du 20e siècle, d’autres affirment que ce sont les juifs nabeuliens qui l’ont instaurée», précise M. Mohamed Rached Khayati, membre de l’Association pour la sauvegarde de la ville de Nabeul.

Il est à noter que, dans les traditions nabeuliennes, les garçons célèbrent cette fête avec des poupées de sucre en forme de coq et de cheval, tandis que les filles reçoivent des poupées de sucre et des figurines représentant des mariées, une gazelle ou un poisson.

Cette coutume ne se limite pas aux enfants. Les jeunes fiancés et les nouveaux mariés y participent également. «Dans les traditions nabeuliennes, le nouveau marié ou le fiancé doit obligatoirement offrir à sa partenaire un grand «methred» garni de fruits secs et couronné d’une imposante poupée de sucre ou d’un couple de mariés. Un tel «methred» peut coûter jusqu’à 100 dinars tunisiens, voire plus», souligne Mme Sonia Bayoudh.

Les personnages de «cartoon» s’invitent à la fête

Cette année, en plus des traditionnelles poupées ou coqs de sucre, les fabricants ont proposé un large choix de personnages issus du petit écran et des dessins animés tels que Bob l’Éponge, les sept nains de Blanche Neige, Hello Kitty, Pikachu, Tweety Bird, Winnie l’Ourson, et même le Père Noël avec son manteau rouge et sa barbe blanche.

En effet, bien que la tradition des poupées de sucre soit typiquement nabeulienne, elle se retrouve également dans divers autres pays, y compris le Mexique, la Chine, l’Argentine, la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie (Sicile), la Syrie, le Liban, et l’Égypte (au Mouled).

En Égypte, par exemple, pendant les jours précédant le «mouled» (la fête religieuse célébrant l’anniversaire du prophète Mohamed), l’odeur sucrée des confiseries se répand dans le quartier populaire de Bab el-Bahr au Caire, où l’on trouve des poupées, des palais et des chevaliers entièrement en sucre, décorés d’éventails et de papiers aluminium colorés.

La tradition des sucreries célébrant le «Mouled» remonte en Égypte à la dynastie des Fatimides, il y a environ 1.000 ans.

Pour conclure, selon les traditions locales, les anciens gardaient ces figurines jusqu’au jour de la «Achoura». Ce jour-là, les ménagères les pulvérisaient en morceaux avec un mortier pour utiliser les fragments afin de sucrer le thé noir servi après un plat de poulet, généralement des pâtes appelées «dwida» (spaghettis fines ou cheveux d’ange).