Tunisie

Marché du café : Une régulation pour équilibrer l’informel

Le marché du café en Tunisie est marqué par une montée en puissance des circuits informels, qui captent une part croissante de la demande au détriment du secteur formel. Selon l’Anpme, le kilogramme de café est vendu dans les circuits légaux à environ 34,5 dinars, tandis que le café introduit illégalement est commercialisé entre 20 et 25 dinars le kilogramme.


Le marché du café en Tunisie connaît une montée des circuits informels, qui prennent une part de plus en plus importante de la demande, au détriment du secteur formel. La hausse des prix internationaux, les contraintes d’importation et l’écart de compétitivité soulignent les vulnérabilités structurelles du système d’approvisionnement et soulèvent la question d’une réforme globale de la filière.

Le marché du café en Tunisie évolue rapidement, révélant un déséquilibre croissant entre les circuits formels et informels. L’essor du marché parallèle, qui attire une part significative de la demande, met en évidence les limites du système d’approvisionnement actuel et les faiblesses du cadre réglementaire.

L’expansion du marché parallèle du café peut être attribuée à plusieurs facteurs économiques, réglementaires et commerciaux, exacerbés ces dernières années. Abderazek Haouas, porte-parole de l’Association nationale des petites et moyennes entreprises (Anpme), a commenté que cette situation découle d’un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande dans un contexte économique difficile.

Parmi les raisons de la montée des prix, il a noté que « la hausse des coûts et les rigidités administratives ont contribué à alimenter le développement de circuits informels », précisant que ces dysfonctionnements fragilisent encore davantage l’économie formelle. La première cause de ce phénomène est la forte hausse des prix du café sur les marchés internationaux. La Tunisie, dépendante des importations pour sa consommation nationale, est impactée par chaque augmentation des prix mondiaux.

Cela est accentué par la dépréciation du dinar tunisien face aux devises étrangères et par l’augmentation des coûts de transport international. Le second facteur concerne les difficultés d’approvisionnement. Les acteurs du secteur doivent faire face à des contraintes relatives aux procédures d’importation, à l’accès aux devises et aux retards administratifs.

Abderazek Haouas a indiqué que ces obstacles causent des perturbations dans l’approvisionnement du marché officiel, favorisant l’émergence de circuits alternatifs. Le troisième facteur réside dans l’écart important de prix entre les marchés formels et informels. D’après l’Anpme, le kilogramme de café est vendu dans les circuits légaux pour environ 34,5 dinars, contre 20 à 25 dinars pour le café introduit illégalement, parfois avec livraison gratuite. Ce différentiel, pouvant excéder 40 %, incite fortement les consommateurs et les professionnels de la restauration, surtout dans un contexte de pouvoir d’achat en baisse.

Haouas a insisté sur le fait que « le différentiel de prix crée une distorsion majeure de concurrence au détriment des opérateurs structurés ». De plus, les acteurs du marché parallèle bénéficient d’un avantage concurrentiel significatif, n’étant pas soumis aux droits de douane, à la TVA, aux charges sociales, ni aux coûts liés au respect des normes sanitaires et des cahiers des charges imposés aux opérateurs légaux, ce qui leur permet d’afficher des prix nettement inférieurs à ceux du secteur formel.

Il a également ajouté que le développement du marché parallèle du café s’explique en partie par l’organisation du secteur et les contraintes administratives. Hautement réglementé par l’État, le secteur opère sous un système de quotas et d’autorisations qui restreint la concurrence et centralise l’activité entre quelques opérateurs, provoquant des tensions sur l’offre.

S’y ajoutent des procédures d’importation longues et complexes, ainsi que des délais de dédouanement coûteux, qui augmentent le prix du café légal. À l’inverse, les circuits informels, échappant à ces contraintes, offrent des prix plus attractifs. Dans ce contexte, une simplification des procédures et une réforme du système d’importation semblent essentielles pour rétablir l’équilibre du marché.

L’essor du marché parallèle du café entraîne des conséquences économiques lourdes en Tunisie. Il engendre d’importantes pertes fiscales pour l’État et crée une concurrence déloyale défavorable aux entreprises formelles, fragilisant leur viabilité. La contrebande, représentant près de 60 % du marché, a considérablement réduit les volumes du circuit légal, mettant en difficulté les acteurs de la torréfaction et de la distribution, avec des risques pour l’emploi. Le commerce informel soulève également des problèmes de sécurité sanitaire, en raison de l’absence de contrôle de la qualité et de traçabilité.

Face à l’ampleur du marché parallèle du café, une approche globale est nécessaire pour lutter contre l’informel tout en préservant le pouvoir d’achat. Cela implique de renforcer les contrôles aux frontières, de simplifier les procédures administratives et d’améliorer l’approvisionnement du marché officiel.

Une réforme de la fiscalité, des mesures de soutien ciblées aux ménages et l’intégration progressive de certains acteurs informels pourraient aussi contribuer à atténuer ce phénomène. Parallèlement, le renforcement des contrôles sanitaires et la sensibilisation des consommateurs sont cruciaux. En conclusion, ce marché parallèle est le résultat de déséquilibres structurels sévères et nécessite une stratégie qui combine régulation, réforme et protection sociale pour intégrer ces flux dans l’économie formelle.