Tunisie

Le drapeau ne s’oppose pas au mensonge.

Netanyahu a affirmé sur Fox News que « certains villages chrétiens du Sud-Liban ont demandé à être annexés » à son État, une déclaration démentie par les maires des localités concernées, dont Hanna al-Amil de Rmeish. Quinze villages chrétiens ont publié un communiqué réaffirmant leur fidélité à leur identité nationale et leur attachement au drapeau libanais.


Il existe des mensonges qui vont au-delà de la simple déformation de la réalité : ils visent à la créer. En déclarant sur la chaîne américaine Fox News que « certains villages chrétiens du Sud-Liban ont demandé à être annexés » à son État, Netanyahu a non seulement effectué une déclaration frappante destinée à son opinion publique et à ses alliés occidentaux, mais il a également cherché à instaurer un récit politique aux objectifs évidents : présenter son pays non pas comme une puissance occupante, mais comme un protecteur ; non pas comme un envahisseur belligérant, mais comme le refuge naturel des minorités chrétiennes du Proche-Orient.

Cependant, cette affirmation n’a pas tenu plus de quelques heures face à la réalité. Les maires des localités concernées, notamment celui de Rmeish, Hanna al-Amil, l’ont fermement démentie. Quinze villages chrétiens ont diffusé un communiqué dans lequel ils réaffirment leur fidélité à leur identité nationale et leur attachement indéfectible au drapeau libanais. Plus qu’un simple démenti, cela constitue un rappel essentiel : il est possible de rejeter la domination d’un mouvement sans nécessairement désirer devenir sujet de l’État sioniste. Entre ces deux positions, il n’existe qu’un seul chemin, celui de l’appartenance au Liban. Cette clarification mérite d’être entendue.

Depuis le début de l’occupation, les villages chrétiens du Sud ont enduré de lourdes pertes. Certains ont été bombardés, des maisons ont été détruites, et des centaines de familles ont été déplacées, avec des églises endommagées. Ceux qui sont restés sur leurs terres l’ont fait au prix d’une résistance silencieuse, refusant l’exil tout en s’opposant à ce que l’on parle en leur nom. Ils sont conscients que leur survie dépend avant tout de leur enracinement dans cette terre libanaise où leurs ancêtres vivent depuis des siècles.

Les chrétiens du Liban ne sont pas une population errante cherchant un protecteur étranger. Leur histoire les a rendus méfiants envers les puissances qui prétendent les sauver tout en poursuivant leurs propres objectifs géopolitiques. Depuis l’époque des mandats coloniaux jusqu’aux interventions régionales et aux rivalités internationales, ils ont appris que les promesses de protection cachent souvent des ambitions de domination.

Les propos de Netanyahu ne relèvent donc pas d’une simple maladresse diplomatique ; ses mensonges s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à fragmenter les sociétés arabes sur des bases confessionnelles. Faire croire que les chrétiens désireraient rejoindre l’État sioniste a pour effet d’opposer les Libanais entre eux, d’alimenter la suspicion et d’affaiblir encore davantage un pays déjà éprouvé par des crises politiques, économiques et militaires.

Ce qui est peut-être le plus préoccupant, c’est qu’en affirmant que l’occupant protège les chrétiens « partout », Netanyahu cherche à promouvoir l’image d’un État défenseur des minorités, alors même que ses bombardements n’ont épargné ni villages chrétiens, ni églises, ni infrastructures civiles. La réalité des destructions contredit clairement le discours sur la protection.

Le Liban traverse une période tragique touchant toutes les communautés. Les chrétiens du Sud ne demandent ni tutelle ni annexion, mais souhaitent simplement le droit fondamental de vivre en paix sur leur terre, sous leur propre drapeau. Leur réponse aux déclarations sionistes est, à cet égard, empreinte d’une remarquable dignité. Elle souligne que le patriotisme ne se mesure pas à la proximité d’une frontière, mais à la fidélité à une histoire commune.