
Le Baccalauréat tunisien : Déclin continu sur trois sessions.
En 2026, le taux de réussite global s’établit à 50,72% après la session de contrôle, marquant un recul continu depuis trois ans. La section Économie et Gestion, avec plus de 53.400 élèves, présente un taux de réussite final de seulement 43,13%, contre 54,82% en 2024.
En 2026, les résultats définitifs du baccalauréat révèlent une situation préoccupante : le système éducatif tunisien traverse une crise structurelle. Le taux de réussite se fixe à 50,72% après la session de contrôle, marquant une baisse continue sur trois années consécutives. En 2024, ce taux atteignait 55,60%, avant de descendre à 52,59% en 2025, frôlant désormais la barre critique des 50%. En deux sessions, la Tunisie a ainsi perdu près de 5 points de réussite au niveau national.
Ce déclin s’explique en grande partie par l’effondrement des filières de masse. La section Économie et Gestion, qui regroupe le plus grand effectif avec plus de 53.400 élèves, représente un véritable obstacle avec un taux de réussite final de seulement 43,13%, contre 54,82% en 2024. Ce chiffre est difficile à compenser par l’excellence des filières d’élite, telles que les mathématiques avec un taux de 84,67%.
Parallèlement, la fracture territoriale s’accentue. Le différentiel entre les régions côtières, comme Sfax 2 (55,16%), et les gouvernorats de l’intérieur, tel que Jendouba (26,48%), atteint près de 30 points d’écart.
Face à ces insuffisances, le recours massif aux cours particuliers s’avère être une nécessité trompeuse. Bien loin d’être une solution, ce marché parallèle devient un fléau, pesant lourdement sur les finances des familles tunisiennes et accentuant l’injustice sociale. Les cours du soir n’assurent plus le succès face à des examens de plus en plus difficiles ; ils affaiblissent la pensée critique des élèves et dénaturent l’enseignement dispensé durant la journée.
Pour renverser cette tendance et restaurer le prestige des établissements publics, une réforme globale, audacieuse et réfléchie est indispensable. Il est crucial d’éliminer la dépendance aux cours privés en réintroduisant un soutien scolaire gratuit au sein même des lycées publics, soutenu par l’État. Il est également urgent de repenser les programmes des sections économiques et littéraires pour ajuster les coefficients et moderniser des contenus devenus obsolètes, semant le découragement chez les élèves.
Dans cette perspective, il est nécessaire d’abandonner la simple récitation par cœur, en modernisant les contenus pour les aligner sur le monde contemporain (économie numérique, entrepreneuriat, compétences linguistiques appliquées). Si les examens évaluent la réflexion plutôt que la mémorisation passive, la demande pour des cours particuliers s’évanouira.
De surcroît, valoriser les compétences réelles est impératif afin de rééquilibrer les coefficients, permettant aux élèves d’être jugés sur leurs forces spécifiques (gestion, langues, analyse critique) et de ne plus être éliminés par l’excès de matières secondaires. Il s’agit également de transformer ces sections, souvent choisies par défaut, en filières d’excellence attrayantes, propices aux métiers de demain, comme le marketing digital, le droit international, et le management.
Enfin, pour lutter contre les inégalités régionales, une véritable politique de discrimination positive doit être mise en place, incluant des incitations financières et matérielles (logements, primes…) pour inciter les enseignants expérimentés à se rendre dans les zones intérieures, tout en modernisant les infrastructures.
Sauver le baccalauréat tunisien ne peut se faire par des ajustements artificiels des critères de rachat, mais en plaçant l’école publique, gratuite et équitable, au cœur de l’ascenseur social.
