Tunisie

Industrie agroalimentaire : Un potentiel d’exportation inexploité

Le secteur agroalimentaire tunisien contribue à hauteur de 3,1 % du PIB et représente 13,3 % des exportations du pays. Les opportunités d’exportation de l’huile d’olive sont estimées à 667 millions de dollars, tandis que le potentiel inexploité de la filière des dattes est évalué à 214 millions de dollars.


Malgré des résultats déjà impressionnants, le secteur agroalimentaire tunisien n’a pas encore pleinement exploité son potentiel d’exportation. De nombreuses filières ont encore d’importantes perspectives de croissance sur des marchés peu exploités, notamment en Asie et en Europe. Les estimations officielles indiquent que le potentiel d’exportation non exploité de plusieurs produits phares pourrait atteindre près d’un milliard de dollars.

Fondamentalement stratégique, le secteur agroalimentaire tunisien est un pilier essentiel de la sécurité alimentaire du pays. Au-delà de son importance économique, il contribue à valoriser le savoir-faire tunisiens et à promouvoir le « Made in Tunisia », reconnu pour la qualité de ses produits alimentaires.

Cette industrie, qui ne se limite pas à quelques filières, est particulièrement diversifiée et performant dans des segments spécifiques. Les données illustrent une forte contribution avec 3,1 % du PIB, une part de 23 % dans la valeur ajoutée du secteur manufacturier et 25 % des investissements dans les industries manufacturières.

Les quelque mille entreprises opérant dans ce secteur représentent 14 % des emplois manufacturiers. Toutefois, derrière ces chiffres encourageants, existe un potentiel encore largement inexploité. Des produits comme l’huile d’olive, les dattes et les fruits de mer présentent de vastes opportunités de croissance, en particulier sur des marchés encore peu fréquentés par les industriels tunisiens.

Concernant la commercialisation à l’international, le secteur représente 13,3 % des exportations du pays, derrière les industries mécaniques et électroniques (49 %) et le textile-habillement (17,5 %).

Les principaux marchés d’exportation comprennent l’Italie, absorbant 16 % des exportations du secteur, suivie de l’Espagne (15 %), des États-Unis (11 %) et de la Libye (10 %), qui reste un débouché significatif pour les produits agroalimentaires tunisiens. L’huile d’olive domine les produits exportés, représentant plus de la moitié des exportations alimentaires et générant près de 4 milliards de dinars en recettes d’exportation.

Elle s’implante notamment sur des marchés comme l’Espagne (25 % des exportations), les États-Unis (22 %) et l’Italie (20 %). Les dattes Deglet Ennour, quant à elles, se hissent à la deuxième place avec 11 % de la valeur des exportations du secteur, se retrouvant sur des marchés divers tels que le Maroc, l’Allemagne et la France.

Le secteur agroalimentaire inclut également une filière de produits de la mer, particulièrement les poissons, représentant plus de 5 % des exportations alimentaires, suivis par les tomates (4 %), qui ont trouvé leur place sur le marché européen notamment aux Pays-Bas, qui absorbent 74 % des exportations de cette filière, ainsi qu’en Allemagne (15 %).

Lors d’un atelier organisé en marge du Tunisia Investment Forum, Mourad Ben Hassine, PDG du Cepex, a indiqué que « les tomates cerises constituent un domaine porteur en Tunisie. Mais pas seulement. La qualité des produits agroalimentaires tunisiens ne réside pas uniquement dans le respect des normes sanitaires et phytosanitaires. Elle est également appréciée sur le plan sensoriel, puisque ces produits offrent des saveurs particulières liées à notre climat, à notre environnement, à la qualité de la lumière ainsi qu’aux eaux géothermiques de nos régions. Ce qui confère un potentiel énorme aux produits alimentaires fabriqués en Tunisie. »

Il a précisé qu’un potentiel inexploité subsiste sur plusieurs marchés. Les perspectives d’exportation de l’huile d’olive sont estimées à 667 millions de dollars, à condition que le secteur étende davantage ses marchés cibles pour inclure des pays comme la France, l’Allemagne, la Chine et le Japon, en plus de l’Italie.

« Au niveau du ministère du Commerce, il existe un programme de promotion de l’huile d’olive sur des marchés lointains, tels que la Chine et le Japon. C’est un programme spécifique développé cette année. Toutefois, nous nous sommes orientés vers ces marchés depuis deux ou trois ans, avec un accent particulier sur les marchés brésilien et russe », a ajouté Ben Hassine.

Il a souligné que, malgré les tensions géopolitiques et les conflits dans certaines régions du monde, les exportations alimentaires vers des marchés éloignés continuent de progresser.

Concernant la filière des dattes, le potentiel inexploité est estimé à 214 millions de dollars sur des marchés tels que la France, le Maroc, l’Allemagne, l’Inde et le Bangladesh. Les pays asiatiques, abritant d’importantes communautés musulmanes, représentent également des débouchés prometteurs pour la Deglet Ennour, qui se distingue par des caractéristiques physico-chimiques spécifiques « lui permettant de voyager loin et de résister à certaines conditions ».

Les poissons frais et réfrigérés présentent une marge de progression estimée à 80 millions de dollars sur des marchés comme la France, l’Italie, l’Espagne, la Libye, l’Allemagne, les États-Unis et le Canada.

Les tomates, de leur côté, affichent aussi un potentiel d’exportation inexploité d’environ 56 millions de dollars, notamment sur des marchés tels que la France, l’Italie, la Pologne et le Royaume-Uni. Ben Hassine a souligné : « Je voudrais faire un zoom sur la Pologne. Nous venons d’achever une action de promotion agroalimentaire dans ce pays, qui se révèle être une véritable plateforme vers d’autres marchés d’Europe centrale et d’Europe de l’Est. Ce type de produit y est très demandé. Aujourd’hui, l’avenir est prometteur sur ce type de marché. »

Enfin, il a ajouté que de nouveaux horizons pourraient également s’ouvrir aux produits biologiques, aux produits du terroir et aux ingrédients naturels destinés à l’industrie agroalimentaire, toutes niches prometteuses dans un contexte où les produits méditerranéens suscitent un intérêt croissant de la part des consommateurs.