Tunisie

Immersion dans l’industrie électronique : La Tunisie ne parie pas sur un secteur en plein boom.

La Tunisie compte aujourd’hui 150 entreprises dans le secteur de l’électronique, qui emploie plus de 70 mille personnes et réalise 3,5 milliards de dinars d’exportations. Selon Fethi Sehlaoui, le pacte signé en avril dernier prévoit d’atteindre 7 milliards de dinars d’exportations dans le secteur d’ici 2030.

Pour renforcer son intégration et favoriser sa montée en gamme au sein des chaînes de valeur mondiales, la Tunisie met l’accent sur l’industrie électronique. Soutenue par des industriels convaincus du potentiel du pays, la croissance de ce secteur atteint des chiffres à deux chiffres ces dernières années. Aujourd’hui, la Tunisie souhaite exploiter ce potentiel pour dynamiser davantage cette industrie prometteuse et établir le site tunisien comme un hub régional.

La Presse — Selon les experts de cette industrie, la Tunisie possède de nombreux atouts : proximité avec l’Europe, main-d’œuvre hautement qualifiée et un savoir-faire déjà établi.

Ces éléments laissent entrevoir que toutes les conditions sont réunies pour réaliser cette nouvelle ambition. C’est d’ailleurs pour ces mêmes raisons que le secteur a été désigné comme prioritaire par les autorités. Fethi Sehlaoui, directeur général des industries manufacturières au ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, explique que ce choix résulte de facteurs liés aux contextes international et national.

« La stratégie nationale industrielle à l’horizon 2035 met un accent particulier sur l’industrie électronique comme levier de croissance, aux côtés des secteurs automobile et pharmaceutique. Ce sont des secteurs présentant une marge de progression importante et dans lesquels la Tunisie dispose d’avantages comparatifs », a-t-il déclaré lors d’une formation récemment organisée pour un groupe de journalistes tunisiens.

Au niveau international, il ajoute que les tendances technologiques sont désormais largement dominées par la composante logicielle. La plupart des secteurs prioritaires vivent des transformations technologiques sans précédent, les efforts de développement se concentrant davantage sur l’aspect logiciel que matériel.

« L’industrie automobile est un bon exemple. La voiture d’aujourd’hui est différente de celle d’il y a dix ou vingt ans, la composante logicielle y prenant une place de plus en plus prépondérante », a-t-il précisé. Cette évolution est précisément celle qui pourrait bénéficier à la Tunisie. En effet, si les investissements concernant les équipements matériels sont élevés et nécessitent des capitaux importants, comme c’est le cas dans le secteur automobile, le développement de la composante logicielle et des technologies électroniques repose surtout sur l’intelligence humaine, les compétences et le savoir-faire, des atouts que possède la Tunisie.

« Ce sont des facteurs clés que la Tunisie possède et qui ont été confirmés par les investisseurs étrangers », a-t-il ajouté.

Bâtir sur des bases solides

En outre, le marché mondial des composants électroniques connaît une croissance exponentielle, offrant ainsi à la Tunisie de réelles opportunités pour s’approprier des parts de marché. « Le marché mondial des composants électroniques est évalué à 430 milliards de dollars et devrait atteindre 1000 milliards de dollars d’ici 2034. La Tunisie peut se positionner dans la chaîne de valeur d’un marché de cette ampleur. L’essentiel est de concentrer les efforts sur ce secteur, d’autant plus que l’industrie électronique a le potentiel de générer une croissance durable à moyen terme », a expliqué Sehlaoui.

Ces efforts, insiste-t-il, ne partiront pas de zéro. La Tunisie bénéficie déjà d’un écosystème favorable qui lui permet de mieux se positionner dans cette chaîne de valeur.

« Il est vrai que l’industrie électronique existe en Tunisie depuis longtemps. Des initiatives ont été lancées dès les années 1960 et 1970 avec la société Al Atheer et la création de l’École nationale d’ingénieurs de Tunis.

Cependant, en dépit de débuts prometteurs, cet élan n’a pas été maintenu en raison de choix stratégiques. Le secteur n’avait pas été classé comme prioritaire, et les efforts ont été éparpillés entre plusieurs activités. On a voulu exceller dans différents secteurs sans créer une masse critique autour de deux ou trois filières couvrant l’intégralité de la chaîne de valeur, de la recherche à la promotion des exportations », a précisé Sehlaoui.

Il a ajouté que l’industrie électronique tunisienne est maintenant diversifiée, englobant la fabrication de composants, l’assemblage, ainsi que des services, notamment en recherche et développement. Le secteur comprend aussi bien des entreprises étrangères que tunisiennes qui commencent à s’affirmer.

« L’avantage de la Tunisie réside désormais dans notre capacité à développer des produits semi-finis, mais également des produits finis destinés à divers secteurs, notamment l’aéronautique et les télécommunications », a-t-il souligné.

Dans cette optique, le secteur s’est engagé, à travers le Pacte pour la compétitivité associant les secteurs public et privé, à faire de la Tunisie un leader reconnu de l’électronique dans la région EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique).

Le secteur, qui compte actuellement 150 entreprises, emploie plus de 70 000 personnes, génère 3,5 milliards de dinars d’exportations et représente 15 % des investissements dans le PIB industriel. Il affiche des ambitions élevées, notamment renforcer sa performance à l’export, améliorer son positionnement international et stimuler l’investissement productif et technologique à l’horizon 2030. Le pacte, signé en avril dernier, vise à porter les exportations du secteur à 7 milliards de dinars, à porter les investissements du secteur à 20 % du PIB industriel, à créer 30 000 nouveaux emplois, à augmenter le taux d’intégration nationale à 55 % contre 35 % actuellement et à porter les investissements en recherche et développement à 3 % du chiffre d’affaires du secteur, contre 1 % aujourd’hui.

Des objectifs largement réalisables, d’autant que la volonté de les atteindre est déjà bien présente.