« Histoires Parallèles » d’Asghar Farhadi et « Autofiction » de Pedro Almodovar : Réinvention de la fiction
Deux longs métrages, ceux signés par Almodovar et Farhadi, ont concouru pour la Palme d’or de la 79e édition du festival de Cannes et sont rentrés bredouilles. Le film « Histoires parallèles » d’Asghar Farhadi, tourné à Paris, met en scène Sylvie, une romancière, et Adam, un jeune homme solitaire, et se présente comme une fiction qui brouille la frontière entre l’irréel et le fictif.
Deux films ont concouru pour la Palme d’or lors de la 79e édition du festival de Cannes et sont repartis sans récompense : l’un réalisé par Almodovar et l’autre par Farhadi. Percutant et parfaitement maîtrisé, « Autofiction » souligne une nouvelle fois le talent de son auteur. À l’inverse, le film d’Asghar Farhadi, laborieux, long et poussif, peine à séduire. Les deux œuvres sortiront prochainement dans les salles tunisiennes.
La Presse — « Histoires parallèles » d’Asghar Farhadi : quand les récits s’entremêlent
Le film, réalisé par l’Iranien Asghar Farhadi, a pour objectif de brouiller la frontière entre le réel et la fiction, avec un casting prestigieux. Au programme ? Isabelle Huppert, Virginie Efira, Adam Bessa, Vincent Cassel, Pierre Ninney et la participation de Catherine Deneuve. Cela en fait déjà un ensemble alléchant ! Pourtant, comme c’est souvent le cas avec un scénario fragile, les célébrités finissent par éclipser la solidité de l’intrigue, ou dans ce cas, des nombreuses histoires racontées. Bien qu’annoncé comme un film iranien, il n’a d’iranien que le nom de son réalisateur.
L’action se déroule à Paris, mettant en vedette des acteurs français renommés. Sylvie, une romancière en manque d’inspiration, observe ses voisins depuis son appartement parisien et s’imagine progressivement leurs vies intimes pour alimenter son nouveau roman. Cependant, lorsqu’elle engage Adam, un jeune homme solitaire, la fiction qu’elle construit commence à contaminer la réalité, déclenchant une série de manipulations et de désirs aux conséquences imprévisibles. Ce thriller psychologique, au rythme lent, entraîne le spectateur dans des récits multiples, qui, dès le départ, possèdent un grand nombre de dénouements, souvent prévisibles. L’écriture est soignée, mais tend à perdre le public qui finit par s’emmêler dans l’intrigue.
Entre le romanesque et la réalité, la frontière s’estompe et se perdre devient quasiment inévitable. L’écriture complexe aux multiples niveaux vise à valoriser un ensemble d’histoires, racontées de manière différente, mais qui, finalement, débordent et finissent par lasser.

« Autofiction » de Pedro Almodovar : une écriture qui bouscule les normes
Le film, à l’esthétique légendaire sans reproche, annonce dès le départ un mélodrame relationnel bien ficelé. Mais lorsque Pedro Almodovar est à la barre, rien n’est laissé au hasard. Le réalisateur, scénariste et producteur entraîne le public dans les méandres d’un scénario aux nombreux rebondissements. Entre œuvre en cours d’écriture, jeu temporel habile et fictif qui se dessine avec une pointe de suspense, le spectateur est tenu en haleine. Almodovar présente une mise en abyme fascinante, celle d’un film imbriqué dans un autre. Au moins deux histoires s’étendent, s’entrechoquent et finissent par se dessiner de façon fluide et éloquente.
Le récit suit Raúl, un cinéaste en manque d’inspiration, qui utilise le drame vécu par une collaboratrice proche comme matière première pour son scénario. Peu à peu, la réalisatrice fictive Elsa émerge, dont les névroses, les migraines et les échecs sentimentaux deviennent le reflet de l’inconscient de son créateur. Ce qui fait le succès du film, c’est aussi la capacité à renouer avec une recette éprouvée tout en l’enrichissant : la figure féminine, surtout maternelle, dans tous ses états, la couleur rouge prédominante, une touche sensuelle, des relations atypiques, le souci de transmission, la valorisation de la mémoire ainsi qu’une dimension dramatique, assaisonnée d’humour. Le titre laisse deviner que le réalisateur a cherché à se raconter en partie et à révéler la manière dont il crée ses personnages, comment les esquisser et son approche de l’écriture.

« Autofiction » met en avant le processus d’écriture de son créateur, face à la caméra. L’élégance de la réalisation prime, à travers les décors, la mise en scène, les couleurs vives et des personnages charismatiques. Une matérialisation d’une esthétique qui reste inégalable et propre à l’auteur. Le drame revisite le septième art et le met en scène, sans tomber dans le théorique ni paraître pédant ou moralisateur.
Le film est soutenu par une panoplie d’acteurs et d’actrices, aux performances convaincantes, parmi lesquels Leonardo Sbaraglia et Bárbara Lennie. Le cinéma espagnol frappe encore une fois. L’autre coup de cœur de l’édition est attribué à « La Bola Negra » de Javier Ambrossi et Javier Calvo, qui a remporté le prix de la mise en scène à Cannes et fait également partie de la compétition officielle. Ce long métrage historique et contemporain magistral retrace la vie du poète Garcia Lorca, son œuvre poétique inachevée ainsi que sa fin tragique sous le régime franquiste en Espagne. Un véritable choc sur la Croisette.
