Tunisie

Fête de l’arbre : une édition exceptionnelle pour réparer les destructions du feu

« Cela fait mal au cœur de tourner la tête du côté de la vitre de la voiture. Je sentais les larmes me brûler les yeux comme les flammes qui ont détruit des milliers d’hectares dans notre pays. C’est une véritable catastrophe. » Notre ami venait de réaliser une mission à l’intérieur de la Tunisie et il était profondément abattu. Au-delà des conséquences de ces incendies, un sentiment de culpabilité ronge ceux qui ont toujours considéré que protéger la nature n’est pas seulement un devoir sacré, mais une obligation incontournable pour chacun d’entre nous.

La Presse — Après cette catastrophe, nous ressentons tous un sentiment de culpabilité. Il est certain que nous avons, d’une manière ou d’une autre, négligé quelque chose, ce qui a conduit à ce désastre.

Ce sentiment, beaucoup d’entre nous l’ont éprouvé dès leur plus jeune âge lors de la fête de l’arbre, célébrée sans vraiment comprendre son sens. Nombreux étaient ceux qui plantaient pour la première fois une plante. Inquiets, ils jetaient des regards furtifs vers leurs camarades pour les imiter, s’affairant sans grande conviction.

Quelques années plus tard, et même à l’âge adulte, en retournant sur les lieux, ils étaient ravis de constater que cette petite plante, enterrée avec une main hésitante, était devenue un arbre qui « protège du soleil, purifie l’air, sert de refuge aux petits oiseaux, joue un rôle dans la fréquence des pluies, etc. », comme leur avait expliqué leur instituteur le lendemain.

Cette année, il n’y a rien à expliquer. Tout est clair, et les images reçues, que ce soit à travers le web ou lors des reportages télévisés, sont explicites. La Tunisie a perdu pas moins de 12 000 hectares de forêts, selon les chiffres communiqués par la Direction générale des forêts. Une richesse qu’elle a soigneusement accumulée et entretenue pendant des décennies.

D’ailleurs, lorsque nous avons décidé de célébrer l’arbre en lui consacrant une journée, de nombreux pays ne pouvaient s’empêcher de sourire. Aujourd’hui, ils figurent parmi ceux qui s’y adonnent avec ferveur et conviction.

Après tous les événements et les premiers bilans dressés, la fête de l’arbre de cette année devrait être exceptionnelle. En effet, ce que nous avons perdu, englouti par les flammes, est considérable. Il existe des arbres qui jouent un rôle décoratif ou naturel, mais aussi ceux qui ont une importance économique majeure, tels que le pin d’Alep ou le chêne liège. Des plantes ou herbes à essence précieuse, destinées à la distillation pour un usage pharmaceutique ou dans l’industrie cosmétique, ont également été touchées.

C’est pourquoi la célébration de la fête de l’arbre doit être exceptionnelle, voire stratégique.

Il s’agit de se mobiliser pour reboiser les zones détruites de manière réfléchie. Étant donné que tout a été ravagé, il est essentiel de reboiser en tenant compte des difficultés du terrain et des insuffisances constatées.

Il est nécessaire de mettre en place des systèmes d’alerte. Ce ne sont pas les quelques centaines d’agents (on parle de 260 agents forestiers pour plus d’un million d’hectares) qui pourront faire une réelle différence. L’utilisation de drones, la création d’un réseau de renseignement constitué par les riverains, etc., sont indispensables.

Il est impératif d’appliquer strictement les interdictions de camping, sauf dans des zones protégées et équipées à cet effet.

La mise en place de pare-feux à des points névralgiques est essentielle pour empêcher la propagation des incendies. Il suffit de demander aux courageux agents de la Protection civile les difficultés qu’ils ont rencontrées en raison des conditions du terrain.

Les tranchées pare-feu, ces bandes de terrain où l’on retire la terre et la végétation pour bloquer le feu, sont cruciales pour empêcher les flammes de se propager.

Les lignes d’arrêt, ces sentiers tracés pour servir de base aux secours ou à la protection civile, sont également nécessaires. Ces terrains dégagés peuvent faciliter les interventions et réduire considérablement la perte de zones autrement plus vastes.

Le choix des arbres est également déterminant. Autrefois, on plantait sans prêter attention aux espèces. Maintenant que tout est à refaire, il est impératif d’agir pour organiser et maximiser les bénéfices de ces choix.

La forêt de pin d’Alep, qui nous fournit le précieux zgougou, indispensable à la confection de « l’assida » du Mouled, mérite d’être préservée. Il existe peut-être d’autres espèces qui produisent davantage et de meilleure qualité. Il faudrait les planter en plus grand nombre pour enrichir le patrimoine forestier tunisien.

Il reste à mobiliser et à mettre en place les moyens nécessaires à consacrer après cette journée nationale de l’arbre. Il ne s’agit pas simplement d’annoncer que nous avons planté des milliers d’arbres, sans pouvoir les entretenir, surtout lors des saisons chaudes.

C’est, à notre avis, le point faible de cette initiative nationale qui mobilise tout un pays pour une bonne cause. Entretenir et soigner n’a jamais été la priorité de ceux qui se sont contentés de présenter des chiffres. Cela doit changer. La fête nationale de l’arbre aura lieu le deuxième dimanche du mois de novembre. Nous avons le temps de préparer quelque chose de sérieux et d’utile pour les générations futures.