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Etats-Unis : Restrictions de l’administration Trump pour préserver le fleuve Colorado face à la sécheresse

Il suffit de se rendre au lac Mead, situé près de Las Vegas, pour constater l’urgence du manque d’eau dans le sud-ouest des États-Unis. Le gouvernement fédéral américain a donc présenté, vendredi, un plan visant à réguler le partage des eaux du fleuve Colorado, qui alimente 40 millions de personnes. En l’absence d’accord entre les sept États concernés, l’administration Trump envisage d’imposer de nouvelles restrictions à la Californie, à l’Arizona et au Nevada afin de réduire leur consommation collective d’ici à 2028.

Ce dispositif prévoit une réduction pouvant atteindre 3,7 milliards de mètres cubes d’eau par an, ce qui représente environ 20 % des volumes auxquels ces trois États ont théoriquement droit. « Cela représente 20 % de la quantité à laquelle ces trois États ont techniquement droit », précise Sarah Porter, spécialiste du sujet à l’Université d’État d’Arizona (ASU). Le plan sera mis en œuvre sur une période de dix ans et sera réévalué tous les deux ans, sans imposer de réductions significatives au Colorado, à l’Utah, au Wyoming et au Nouveau-Mexique.

L’Arizona conteste déjà ce plan fédéral. L’État estime que les efforts ne sont pas équitablement répartis. Le département de l’eau de l’État a exprimé, vendredi, son regret que le gouvernement « ne fasse rien pour renforcer les espoirs quant à un plan cohérent impliquant un partage des sacrifices entre les sept États » du fleuve. Il considère que ces mesures constituent « des restrictions inacceptables », entraînant des « conséquences dévastatrices pour les consommateurs d’eau de l’Arizona et son économie ». L’État a déjà prévu des fonds pour de possibles recours en justice.

Le Colorado est une ressource essentielle pour l’approvisionnement en eau potable, la production d’électricité via le barrage Hoover et l’agriculture de l’Ouest américain. La majorité des légumes consommés aux États-Unis en hiver proviennent de Californie et d’Arizona. Cependant, après plus de vingt-cinq ans de sécheresse, exacerbée par le changement climatique, le niveau combiné des lacs Powell et Mead est cette année au plus bas depuis soixante ans. Observer la situation de près permet de constater la différence par rapport au niveau de l’eau au début des années 2000.

Pour Doug Kenney, de l’Université du Colorado, les tensions juridiques semblent inévitables. « Toutes les recherches climatiques indiquent que le débit de ce fleuve va continuer à diminuer au cours des prochaines décennies », souligne-t-il. L’expert estime également que la contestation du plan fédéral devant les tribunaux est « une certitude » et n’exclut pas que le différend remonte jusqu’à la Cour suprême.

Les spécialistes rappellent enfin que l’agriculture utilise environ les trois quarts de l’eau du fleuve, une situation jugée difficilement soutenable à long terme. Doug Kenney estime qu’« nous avons donc besoin d’un investissement fédéral massif, soit pour améliorer l’efficacité de l’agriculture, soit pour encourager les gens à se détourner de l’agriculture ». De son côté, Sarah Porter considère que les mesures annoncées restent insuffisantes : « Je ne pense pas que quiconque estime que cela suffise pour sauver le fleuve Colorado. Nous savons que ce n’est pas le cas. »