
Sebta : l’Italie réintroduit des contrôles, l’Espagne réagit
La crise migratoire à Sebta a déclenché, le vendredi 31 juillet, une vive polémique entre plusieurs capitales occidentales. Rome a rétabli des contrôles aux frontières avec l’Espagne, tandis que Madrid a défendu sa gestion de la frontière et dénoncé une instrumentalisation des faits.
Les arrivées massives dans le préside occupé de Sebta ont pris, le vendredi 31 juillet 2026, une dimension diplomatique internationale. L’Italie a annoncé le rétablissement temporaire de contrôles avec l’Espagne, alors que Washington et plusieurs gouvernements européens ont appelé à un renforcement du contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne (UE).
Selon le ministère espagnol de l’Intérieur, environ 50.000 personnes ont rejoint Sebta depuis le Maroc, par voie terrestre ou maritime, depuis le matin du 30 juillet. Madrid a estimé, le 31 juillet au soir, que 48.300 d’entre elles avaient déjà regagné le Maroc ou y avaient été reconduites. Le bilan humain, initialement annoncé à 18 morts, a été révisé à 57 corps retrouvés dans la zone contrôlée par l’Espagne, tandis que d’autres victimes pourraient être recensées au Maroc.
Le gouvernement italien a annoncé un rétablissement des contrôles sur les liaisons aériennes et maritimes en provenance d’Espagne pour une durée d’un mois. Cette mesure vise les ressortissants de pays extérieurs à l’UE et n’affectera pas les déplacements des citoyens espagnols ou européens.
La Première ministre Giorgia Meloni a qualifié cette décision de « mesure extraordinaire » destinée à protéger la sécurité nationale et à prévenir d’éventuelles répercussions en Italie. Rome a également convenu avec Paris de renforcer les contrôles à la frontière franco-italienne.
Cette décision a suscité une forte réaction du gouvernement espagnol. Le Premier ministre Pedro Sánchez a rappelé que, selon les données de Frontex, l’Italie avait enregistré 478.600 entrées irrégulières entre 2021 et 2026, contre 234.760 pour l’Espagne.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a affirmé que « l’intégrité de l’espace Schengen est absolument garantie ». Il a rappelé qu’il était impossible de voyager depuis les présides occupés de Sebta ou Melilia vers la péninsule espagnole sans se soumettre à un contrôle de police.
Madrid avait convoqué, dès le 30 juillet, l’ambassadeur d’Italie après que le chef de la diplomatie italienne, Antonio Tajani, ait établi un lien entre les arrivées à Sebta et la régularisation de quelque 500.000 étrangers annoncée par l’Espagne. Le gouvernement espagnol soutient que les personnes arrivées ces derniers jours ne peuvent pas bénéficier de cette procédure et attribue l’afflux à une interprétation trompeuse d’une récente décision du Tribunal suprême, relayée par des réseaux de passeurs.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a jugé « inacceptables » les images en provenance de Sebta, estimant que personne ne pouvait entrer dans l’Union sans respecter ses règles. Elle a demandé des retours rapides et annoncé un soutien opérationnel supplémentaire à l’Espagne, notamment par l’intermédiaire de Frontex.
Le président du Conseil européen, António Costa, a exprimé sa solidarité avec Madrid. Il a souligné que les ressortissants de pays tiers présents à Sebta ne bénéficiaient pas de la libre circulation vers la péninsule espagnole ou le reste de l’espace Schengen.
Le président français Emmanuel Macron a également apporté son soutien à l’Espagne et proposé l’assistance de la France et de Frontex. Paris a par ailleurs renforcé les contrôles à sa frontière avec l’Espagne, notamment par une augmentation des effectifs policiers et de la surveillance des trains.
Plus ferme, le chancelier allemand Friedrich Merz a estimé que l’Espagne devait reprendre le contrôle de la situation « le plus rapidement possible ». Il a salué la volonté de Madrid d’empêcher les personnes entrées irrégulièrement à Sebta de rejoindre le continent européen et a appelé le Maroc à les réadmettre sans délai.
La Finlande et le Danemark ont également évoqué la possibilité de mesures de précaution. Le Premier ministre finlandais Petteri Orpo a toutefois pris ses distances avec sa ministre de l’Intérieur, qui se disait prête à suivre l’exemple italien, en affirmant que l’Espagne ne devait pas être laissée seule. L’Autriche a de son côté averti qu’elle renforcerait ses frontières si la crise provoquait des mouvements secondaires vers l’Europe centrale.
Aux États-Unis, le président Donald Trump a qualifié les arrivées à Sebta d’événement ressemblant à « une invasion », lors d’une réunion de son gouvernement. La Maison Blanche a également utilisé les images de la frontière pour critiquer les politiques migratoires des démocrates américains et du gouvernement espagnol.
En déplacement à Sebta, Pedro Sánchez a qualifié les événements de « violation de la souveraineté territoriale de l’Espagne » et a promis d’accélérer les retours. Madrid a par ailleurs souligné la pleine coopération des autorités marocaines, dont les forces de sécurité ont renforcé leur dispositif autour de la ligne de démarcation pour empêcher de nouvelles tentatives de passage.
