Tunisie

Cuir et chaussures : Les atouts d’une industrie créative en 2023

Le secteur du cuir et de la chaussure, souvent perçu comme en déclin, possède néanmoins des atouts indéniables pour se redynamiser. Avec un savoir-faire reconnu, une capacité d’exportation significative et une présence historique sur les marchés européens, il est temps pour cette industrie de se réinventer. L’enjeu est de passer d’une simple sous-traitance à une véritable industrie créative, capable de développer ses propres marques et de s’implanter sur de nouveaux marchés.

La presse souligne qu’il est fréquent de parler de la nécessité de revitaliser ce secteur, parfois décrit comme en péril. Cependant, cette vision pessimiste est loin de la réalité. Une relance est envisageable et repose sur la transformation du savoir-faire existant en une industrie créative à forte valeur ajoutée.

Malgré les défis que rencontre le secteur, dans un contexte national et international complexe, il demeure un acteur clé de l’économie tunisienne. Sa contribution au produit intérieur brut, bien qu’encore modeste comparée à d’autres industries, reste active. Les dernières données révèlent que les exportations ont atteint plus de 2 milliards de dinars, dont environ 70 % sont destinés au marché européen.

Le secteur compte près de 200 entreprises et emploie plus de 28 000 personnes. Toutefois, la véritable opportunité réside dans la marge de progression qui s’offre à lui, face aux défis à venir. Parmi les priorités, il est crucial de s’attaquer à des problématiques urgentes telles que la lutte contre la contrebande, le soutien aux petites entreprises artisanales et l’amélioration de l’approvisionnement local en matières premières.

Un autre enjeu majeur consiste à renforcer la position du secteur sur la scène internationale. En plus de consolider ses parts de marché en Europe, il doit se préparer à explorer de nouveaux marchés, notamment en Afrique, où la demande est en forte croissance.

Pour réussir cette transition, il est essentiel de transformer le savoir-faire de sous-traitance en une industrie créative avec ses propres marques. Cela nécessitera une stratégie de gouvernance globale visant à promouvoir le « made in Tunisia », en mettant l’accent sur la formation spécialisée pour reconstituer une main-d’œuvre qualifiée, en particulier parmi les jeunes, qui s’éloignent de l’artisanat local en raison d’un manque de ressources et de motivation.

La reconstitution des usines et ateliers de production est également primordiale, car leur nombre a chuté de 500 unités en 2011 à seulement 200 aujourd’hui. Cette diminution est le résultat d’un manque de soutien financier, de la hausse des coûts des matières premières, de la concurrence déloyale et de l’absence d’un système de motivation fiable.

Cependant, le véritable défi demeure le positionnement du secteur sur le marché intérieur, où les ventes restent insignifiantes par rapport aux exportations, qui représentent 70 % des ventes en Europe. Ce problème de gestion est aggravé par l’incapacité des décideurs à lutter contre un marché parallèle qui capte plus de 80 % des ventes.

Il est donc impératif de trouver des solutions pour contrer les importations anarchiques et promouvoir le « made in Tunisia », en renforçant les systèmes de certification et de normalisation, ainsi qu’en instaurant une politique de contrôle douanier stricte.