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Guerre au Moyen-Orient : Le pacte Riyad – Ankara – Islamabad, tournant historique ?

Le 7 août 2026, un accord de défense mutuelle a été signé à La Mecque entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, marquant un tournant significatif dans la dynamique géopolitique du Moyen-Orient. Ce pacte, inspiré par le modèle de l’OTAN, réunit trois puissances sunnites historiques alliées des États-Unis, et répond à une double nécessité : compenser l’incapacité croissante des États-Unis à assurer la sécurité de la région et faire face à un Iran jugé de plus en plus menaçant. Ce rapprochement envoie également un message fort à Israël.

Cette alliance se forme alors que le conflit au Moyen-Orient s’enlise depuis près de six mois, période durant laquelle les États-Unis n’ont pas réussi à infliger de coup décisif à Téhéran. L’Iran continue de bloquer le détroit d’Ormuz, tandis que ses alliés houthis perturbent la navigation en mer Rouge, mettant ainsi en péril deux routes maritimes cruciales pour le commerce international.

L’architecture sécuritaire de la région, qui reposait jusqu’alors sur la puissance militaire américaine, est désormais profondément remise en question. Malgré la présence de bases militaires américaines, les forces de Washington éprouvent des difficultés à intercepter tous les drones et missiles balistiques lancés par l’Iran et ses alliés. L’analyste saoudien Ali Shihabi souligne que « la capacité de dissuasion de Washington est désormais nettement affaiblie, obligeant les puissances régionales à gérer elles-mêmes la menace iranienne. »

Au cœur de cette nouvelle dynamique, l’Arabie saoudite joue un rôle central. Déjà liée au Pakistan par un accord de défense mutuelle signé en septembre 2025, Riyad a également renforcé ses liens avec la Turquie, mettant ainsi fin à des années de tensions diplomatiques.

Selon Andreas Krieg, expert en sécurité au King’s College de Londres, « le succès théorique de cette alliance repose sur la très grande complémentarité de ses membres. » L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, possède des ressources financières considérables, mais lui manque une véritable capacité militaro-industrielle. En revanche, la Turquie et le Pakistan disposent d’armées puissantes. Membre de l’OTAN, la Turquie possède des technologies avancées et une forte capacité de production militaire, mais recherche des investissements. Le Pakistan, pour sa part, offre une main-d’œuvre militaire importante et une dissuasion nucléaire, tout en ayant un besoin urgent de financements.

« En unissant leurs forces, les trois nations comblent leurs lacunes respectives et créent un outil de dissuasion d’une ampleur inédite. Pour Riyad, il s’agit de multiplier les garanties de sécurité plutôt que de dépendre d’un unique parapluie américain, » explique un analyste.

Malgré l’ampleur de cet accord, la plupart des spécialistes estiment qu’il est peu probable que ce trio lance une offensive contre l’Iran, même en cas de nouvelles attaques sur le territoire saoudien. Asli Aydintasbas, chercheuse à la Brookings Institution, note que la Turquie et le Pakistan se voient avant tout comme des stabilisateurs cherchant à instaurer une nouvelle dynamique politique.

Cependant, la situation défensive pourrait changer radicalement. Selon l’expert saoudien Hesham Alghannam, si Téhéran devait à nouveau cibler Riyad, le Pakistan renforcerait immédiatement son soutien à la défense aérienne saoudienne, tandis que la Turquie accélérait ses transferts de technologies militaires. Ainsi, la réponse à une agression ne serait plus uniquement du ressort de l’Arabie saoudite, ce qui enverrait un signal de dissuasion fort à quiconque envisagerait d’attaquer les infrastructures saoudiennes.

L’établissement de ce pacte suscite des inquiétudes du côté d’Israël et des Émirats arabes unis, qui avaient renforcé leurs liens durant le conflit. Bien que les Émirats aient normalisé leurs relations avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham, l’Arabie saoudite conditionne toujours toute normalisation à la reconnaissance d’un État palestinien par Israël.

Cette nouvelle alliance remet en question la stratégie de Washington, qui espérait construire une architecture de sécurité régionale intégrant Israël et l’Arabie saoudite. H.A. Hellyer, du Royal United Services Institute, résume bien la situation : « ce pacte va à l’encontre des volontés américaines et traduit la volonté ferme de trois grandes nations sunnites de contrer à la fois les ambitions d’hégémonie de l’Iran et les projets de suprématie d’Israël dans la région. »