Tunisie

Conjoncture : La crise ne serait-elle pas en passe de se dénouer ?

La signature d’un accord mettant fin à la guerre entre l’Iran et les Etats-Unis a eu lieu mercredi à Versailles, alors qu’elle était attendue pour vendredi à Genève. Selon l’analyse de l’Institut national de la statistique, le déficit énergétique de la Tunisie a augmenté, passant de 4332,5 millions de dinars au cours des cinq premiers mois de 2025 à 5826,2 millions de dinars au cours de la même période en 2026.


Alors que la signature de l’accord entre les États-Unis et l’Iran était attendue ce vendredi à Genève, elle a finalement eu lieu mercredi à Versailles, en France, surprenant tout le monde.

La Presse — Un soulagement général s’est emparé de la communauté internationale après la signature, mercredi à Versailles, d’un accord mettant fin à la guerre entre l’Iran et les États-Unis, ainsi qu’aux restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz, par où transitent environ 20 % des exportations mondiales d’hydrocarbures. Avant même cette signature, cet accord, bien qu’il soit partiel car il ne résout pas la question nucléaire, a eu un impact immédiat sur les cours du pétrole, qui sont redescendus sous les 80 dollars pour la première fois depuis début mars 2026, au lendemain du début des hostilités. Mercredi matin, le Brent se négociait à 79 dollars et le WTI à 76 dollars le baril.

Cette tendance baissière devrait se poursuivre, selon les analystes, grâce à la levée totale des restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz et à la fin du blocus des exportations pétrolières iraniennes, sans oublier l’effet psychologique sur les marchés qui ont gagné en vigueur dès lundi dernier.

Cependant, une question se pose quant à la durabilité de ce soulagement, alors que la situation au Liban reste tendue et que la question du nucléaire iranien n’est pas entièrement résolue. Un accord spécifique devrait être établi dans les 60 jours suivants, selon les termes convenus par l’Iran et les États-Unis dimanche dernier.

Le mal est fait !

Selon un rapport publié par la Banque mondiale le 11 juin, qui ne prend pas en compte la levée des restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz affectant 20 % des exportations pétrolières, l’inflation mondiale devrait atteindre 4 % en 2026, contre 3,3 % en 2025, et la croissance devrait diminuer à 2,5 % contre 2,9 % l’année précédente.

Ces prévisions ont été élaborées sur la base d’un prix moyen du baril à 94 dollars et devraient être révisées en fonction de l’évolution de la situation au Moyen-Orient, une région clé pour l’approvisionnement énergétique mondial.

En attendant, les analystes affirment que les impacts de la crise énergétique causée par la guerre américano-sioniste contre l’Iran, survenue fin février, n’ont pas eu la même intensité sur toutes les économies et régions, mettant en avant la résilience des économies américaine et chinoise.

« La résilience globale de l’économie mondiale masque d’importantes disparités entre les pays et les régions. Les pays importateurs d’énergie et ceux disposant de marges de manœuvre politiques limitées sont les plus vulnérables », a déclaré Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international, dans une publication le 15 juin.

Dans cette même publication, le FMI se réjouit d’une certaine résilience à l’échelle mondiale, mais note que « c’est en Afrique [que] les conséquences négatives sont plus visibles », en attendant une mise à jour des Perspectives de l’économie mondiale le 8 juillet prochain.

Quid de la Tunisie

Pour la Tunisie, qui a élaboré son budget 2026 sur la base d’un prix moyen du baril à 63,3 dollars, la balance énergétique a été fortement impactée par les perturbations causées par la guerre en Iran, bien qu’elle ne s’approvisionne pas directement dans les pays du Golfe.

D’après une analyse de l’Institut national de la statistique, publiée la semaine dernière, le déficit énergétique est passé de 4 332,5 millions de dinars au cours des cinq premiers mois de 2025 à 5 826,2 millions de dinars sur la même période en 2026, représentant plus de la moitié du déficit commercial enregistré durant cette période, qui s’élève à 10 415,6 MD.

Le taux de couverture des importations par les exportations a chuté à 73 % jusqu’à fin mai, comparé à 76,2 % à la même période l’année précédente. En dehors de l’énergie, la plupart des indicateurs restent positifs, selon les observations.

Il convient de noter que la Tunisie n’est pas un importateur net d’hydrocarbures. Ses exportations de pétrole et de produits raffinés ont augmenté de 37,7 %, tandis que les importations ont crû de 35,1 %, entraînant un déficit supplémentaire.

Concernant les effets indirects, la Tunisie a dû faire face à une diminution de la demande (liée à la guerre) sur le marché européen, son principal partenaire commercial, que ce soit pour le secteur textile ou le tourisme. Enfin, le gouvernement tunisien, qui surveille de près l’inflation (5,5 % en mai 2026), n’a pas ajusté les prix du carburant à la pompe et pourrait proposer un budget complémentaire pour couvrir les dépenses supplémentaires engendrées par le choc pétrolier.

Aucune communication officielle n’a été faite à ce sujet à ce jour. Cependant, d’après une estimation de Maher Ketari, président de la Commission des finances et du budget à l’Assemblée des représentants du peuple, la récente augmentation des prix devrait entraîner un surcoût budgétaire estimé à 500 millions de dinars par mois.