
Clôture de la 39e édition du FIFAK : mémoire, transmission et défis à relever
La 39e édition du Festival international du film amateur de Kélibia (Fifak) a pris fin ce week-end, marquant une nouvelle étape pour cet événement emblématique du cinéma amateur en Tunisie, orchestré chaque année par la Fédération tunisienne des cinéastes amateurs (Ftca). Du 23 au 29 août, la charmante ville côtière du Cap Bon a été le théâtre d’une multitude d’activités, alliant projections de films, ateliers pratiques et moments de convivialité entre passionnés du septième art, venus de divers horizons.
Cette édition, placée sous le thème « Cinéma et image… en temps de guerres et de crises », a renforcé la position du Fifak en tant que plateforme de réflexion sur l’impact de l’image dans un monde en proie aux conflits. Le festival a su préserver son essence en mettant en avant la transmission, la découverte et la création, tout en rappelant qu’il représente bien plus qu’une simple série de projections. Le lancement, le 23 août, a été marqué par une soirée d’ouverture animée par le groupe « Intikhab », suivie chaque soir de projections des compétitions nationale et internationale, mettant en lumière des œuvres provenant de ciné-clubs, d’écoles de cinéma et de réalisateurs indépendants. La compétition internationale, dédiée aux courts-métrages d’une durée maximale de 30 minutes, demeure l’élément central du festival, entourée d’une programmation riche comprenant des ateliers, des débats, ainsi que des animations festives qui contribuent à l’atmosphère conviviale de l’événement.
La transmission des savoirs a été au cœur des préoccupations du festival, avec une dizaine d’ateliers destinés à former les jeunes talents. Parmi eux, un atelier d’arts plastiques dirigé par Sadok Ben Turkia a permis à des enfants âgés de 3 à 14 ans de s’initier à la création visuelle, favorisant ainsi un échange intergénérationnel. D’autres ateliers, tels que l’écriture scénaristique animé par Tahar Ben Ghedhifa et « Image au féminin » dirigé par Badiaa El Maliki, ont mis en avant des perspectives variées sur le cinéma. Le festival a également intégré des thématiques contemporaines, avec un atelier sur le « Cinéma et intelligence artificielle », témoignant de son engagement à suivre l’évolution du secteur de l’image.
Les organisateurs ont tenu à remercier leurs partenaires, notamment Mohamed Feriani et la Fédération tunisienne des ciné-clubs, soulignant l’importance cruciale des associations dans le paysage du cinéma amateur. Dans un contexte de ressources limitées, le festival doit constamment s’adapter pour maintenir sa mission d’ouverture et d’accessibilité, tout en faisant face aux défis logistiques d’une manifestation estivale dans une ville côtière. La capacité à fonctionner grâce à la solidarité et à l’engagement des bénévoles est l’une des forces du Fifak, mais elle révèle également la fragilité d’un événement qui ne peut perdurer uniquement grâce à la bonne volonté de ses membres.
La soirée de clôture a été marquée par une performance musicale des artistes Lobna Noomene et Mehdi Chakroun, qui ont captivé le public avec des compositions personnelles et des classiques engagés. Un moment de recueillement a également été consacré aux artistes disparus, rendant hommage à des figures emblématiques du cinéma et de l’art, rappelant que le Fifak est une grande famille qui se souvient de son histoire.
À l’issue de cette 39e édition, la question de l’avenir du Fifak se pose avec acuité. Si le festival continue d’attirer un public enthousiaste et de nouveaux créateurs, il est essentiel de garantir les moyens nécessaires pour pérenniser cette aventure. À l’approche de son quarantième anniversaire, le festival se trouve à un tournant décisif. Il est crucial de soutenir cet espace d’apprentissage et de rencontre, où les générations se croisent et où des films, souvent sans autre plateforme, trouvent leur public. Le Fifak, après près de quatre décennies d’existence, reste fidèle à sa mission, mais il est impératif de lui assurer un avenir solide, en posant la question de sa durabilité avec la même urgence que celle de sa programmation.
En somme, le festival incarne un esprit « amateur » au sens noble, celui de ceux qui filment par passion et qui font de Kélibia, chaque été, un véritable laboratoire de l’image.
Palmarès
Prix parallèles
Prix de la municipalité de Kélibia : mention à Nafas de Mohamed Aziz Sassi (Institut supérieur des arts et métiers de Gabès)
Prix : Houh de Seifeddine Ben Ghazi (Ciné-club de Hammam El Ghzez)
Prix d’Amnesty International — section Tunisie : Doha Bihom Li Itâm El Âlem d’Islam Zarli
Prix spécial des volontaires : Houh du Ciné-club de Hammam El Ghzez
Prix Yasser Jradi du meilleur film sur les questions féminines (association Calam) : El Mardouma de Yasmine Nasser
Prix d’équipement technique : Baladia 90 d’Anas El Aech, remis à l’artiste Saïda Nasri, ancienne membre du Club de Chebba
Compétition nationale
Prix du scénario : Alzheimer d’Abdelatif Ben Faraj
Grand Prix de la photographie : Mahkamat El Wjouh de Mohamed Wajdi El Omri
Mentions : Ahfet de Seif Flifel ; Heder de Selim Samoud et Mariem Jerbi (Club de Kélibia) ; Kabsa de Youssef Ben Khalifa (Complexe de jeunesse de Sousse)
Prix du meilleur film amateur indépendant : Houh du Ciné-club de Hammam El Ghzez
Prix du meilleur film d’école : Karni El Ayla de Youssef Gharyani
Prix spécial du jury : El Mardouma de Yasmine Nasser
Grand Prix : El Oud de Houssemeddine Saaf
Compétition internationale
Mentions spéciales : At Last de Shazdeh Hachem (Liban) ; Erasure (Faskh) de Nessrine Douzi (Tunisie) ; Echo (Sada) de Mohamed Masli (Libye)
Prix du meilleur film documentaire : Silk Spun de Marguerite Ranger (Canada/Vietnam)
Prix du meilleur film expérimental : Allegory of the Cave de Weipeng Huang et Yajing Wang (Chine)
Prix du meilleur film de fiction : Prayer de Sofia Geweiler (Portugal)
Prix spécial du jury : El Oud de Houssemeddine Saaf (Tunisie)
Faucon d’or : Warden de Sabah Mohammadi (Iran)
