
Portugal-Espagne : Fin de la prise d’otages à Dallas, Martinez et Ronaldo ne déposent pas les armes.
L’élimination du Portugal lors de la Coupe du monde a entraîné des critiques à l’encontre de Roberto Martinez et de Cristiano Ronaldo, le sélectionneur ayant maintenu ce dernier sur le terrain malgré son manque d’impact. Diogo Pombo, journaliste à Jornal Expresso, a souligné qu’à 41 ans, Cristiano Ronaldo « ne devrait plus enchaîner tous les matchs et jouer chaque minute », faisant référence à la nécessité de préparer l’avenir de l’équipe portugaise.
De notre envoyé spécial à Dallas,
Ce matin, nous aurions toutes et tous des raisons d’être abattus. Comme chaque matin, d’ailleurs. Les dérèglements climatiques, des chaleurs étouffantes là où autrefois il faisait bon vivre, l’inflation, la montée du populisme un peu partout dans le monde, la naissance de Donald Trump, l’existence même de Donald Trump, ainsi que la décision de Gianni Infantino de se plier devant Donald Trump… Mais pour une fois, si cela vous convient, nous allons choisir de voir le verre à moitié plein.
En dehors de la victoire écrasante de nos amis belges contre l’équipe des États-Unis, qui s’est imposée 4-1 face à la bande de Pochettino, malgré la présence du futur Ballon d’or Folarin Balogun, renvoyant ainsi les tricheurs américains à leurs études, une autre bonne nouvelle nous a été annoncée depuis Dallas. Oui, en effet, de Dallas, la région où l’on chasse des sangliers en hélicoptère ; comme quoi, tout peut arriver. Nous faisons bien sûr référence à l’élimination du Portugal qui, même si elle fera inévitablement pleurer dans le pays de la saudade, deviendra rapidement une date marquante dans l’histoire du pays.
Roberto et Cristiano sont dans un bateau
Nous nous expliquons. Sortir d’un Mondial avec un effectif aussi dense et talentueux que celui des champions d’Europe 2016 n’est jamais agréable, mais il fallait bien qu’un jour la mascarade cesse. Celle-ci a vu le sélectionneur Roberto Martinez s’accrocher obstinément à l’idée d’aligner Cristiano Ronaldo sur la feuille de match à chaque rencontre, le faisant jouer presque l’intégralité des 90 minutes, alors que celui-ci ne disposait plus ni de la condition physique ni du talent nécessaires pour faire la différence comme il le faisait auparavant. Qui pourrait lui en vouloir, après plus de 20 ans de carrière exceptionnelle au plus haut niveau ?

Nous pouvons donc le dire haut et fort : Alléluia, la Seleçao est enfin débarrassée de Roberto Martinez et de CR7 ! Pour le premier, personne ne viendra pleurer et on entend déjà les klaxons résonner à Lisbonne, Porto, Monsanto ou Piódão. Quant au second, il s’agit clairement plus d’un soulagement que d’une vraie joie. Personne n’oubliera ce que Cristiano Ronaldo, l’un des footballeurs les plus extraordinaires que ce sport ait connu – et peu importe l’avis des fans de Messi – a accompli pour la sélection portugaise.
Mais cette fois, tout le monde l’aura admis – sauf sa communauté toxique qui cherchera bientôt à retrouver l’adresse de l’auteur de ces lignes pour lui faire payer son avis – s’entêter à faire jouer l’idole à chaque match aura été une erreur incommensurable de la part du sélectionneur espagnol. Ce dernier retrouvera d’ailleurs son ami dès le mois de septembre prochain en Arabie saoudite, au point que des questions ont émergé pendant ce Mondial sur l’existence d’un possible lien de causalité…
« Il ne devrait plus enchaîner tous les matchs »
C’était en tout cas l’avis de la plupart de nos confrères portugais rencontrés en zone mixte après l’élimination. Diogo Pombo, journaliste à Jornal Expresso, s’en fait le porte-parole, lui qui a été le seul à avoir le courage de répondre à nos questions avec un visage découvert.
« Personne ne peut contester le fait qu’il a beaucoup trop joué pendant cette compétition. À 41 ans, il ne devrait plus enchaîner tous les matchs et jouer chaque minute. D’autant plus que le Portugal possède des attaquants plus jeunes capables de courir, de presser et de fournir des efforts sans ballon. C’était le bon moment pour commencer à préparer l’avenir, mais Roberto Martinez s’est obstiné dans cette impasse. L’annonce de son départ est même la meilleure nouvelle du jour », a-t-il confié.
Ronaldo n’est évidemment pas le seul responsable de la performance décevante de la Seleçao lundi après-midi à Seattle, et c’est tout un collectif qui a échoué face au manque d’ambition de son sélectionneur. Notre confrère développe : « Le Portugal n’a jamais vraiment essayé de contrôler le match. Ils ont laissé le ballon à l’Espagne, ils ont défendu très bas et ont attendu que les choses se passent… Avec un joueur qui ne participe quasiment pas au pressing, il est très difficile de rivaliser avec une équipe comme la Roja. Le plan de jeu consistait simplement à subir et espérer récupérer un ballon pour partir en contre-attaque. » Ce qu’on appelle chez nous le « Jean-Claude-Dusse-Ball ».
« Le Portugal n’a rien à envier à la France ou à l’Espagne, mais… »
Accepter la réalité fait partie de la thérapie et s’avérera forcément libérateur. Mais cela n’enlève en rien les regrets suite à une Coupe du monde portugaise qui aurait pu (dû) être magnifique et qui ne le fut pas. Une Coupe du monde sacrifiée au nom de l’entêtement d’un sélectionneur qui n’a pas osé froisser sa star déclinante au lieu de confier les rênes de son attaque à un homme comme Gonçalo Ramos qui, non seulement a été barré au PSG par des joueurs plus forts que lui, mais l’a également été en sélection par un joueur qui était encore plus intouchable.
« « Cette génération est bourrée de talent, se désole un autre confrère dont nous avons oublié le prénom (nos excuses à la famille). Franchement, le Portugal n’a rien à envier à l’Espagne, à la France ou à l’Argentine sur le plan individuel. Le problème, c’est que le sélectionneur n’a jamais construit une équipe avec une vraie identité. Il adapte son plan à Ronaldo et à chaque adversaire, au lieu d’imposer son propre style. On ne le regrettera pas. » »

Le mauvais procès fait à la jeunesse
Durant ce mois de football aux États-Unis, Vitinha et João Neves, lourdement attaqués par les fervents partisans de Ronaldo, ont pourtant démontré leur immense talent au PSG. Entourés d’attaquants généreux dans leurs efforts et à l’apogée de leur art – et non de leur âge – leur potentiel est plus facilement exploité en club qu’en sélection. Car sans des joueurs offensifs capables de faire les déplacements appropriés et de participer à l’intelligence collective, même les milieux de terrain les plus talentueux du monde ces deux dernières saisons sont limités.
Quant au prodige de Funchal, dont le passage en zone mixte a failli provoquer une émeute parmi nos confrères journalistes, la moitié étant en transe et n’hésitant pas à se bousculer pour obtenir une place au premier rang, synonyme de selfie avec le GOAT, ses derniers mots sous le maillot de la Seleçao ne nous ont pas tellement surpris mais nous ont pourtant beaucoup déçus.
Pas un mot pour ses coéquipiers, pas un mot pour le collectif, pas même un mot pour les millions de supporters portugais déçus par cette élimination insipide. Certes, Ronaldo n’a pas été aidé par des questions très centrées sur lui, mais Rodri et Merino ont reçu le même traitement de la part de nos confrères espagnols quelques minutes plus tôt, et cela ne les a pas empêchés de tout ramener au collectif.
Génération dorée mais génération sacrifiée
Du côté du joueur d’Al-Nassr, après avoir assurée qu’il avait « la conscience tranquille » et le sentiment d’avoir « tout donné » pour ce qui pourrait être son dernier match avec la Seleçao, il est vite passé à la troisième personne pour parler de lui. « J’ai gagné trois titres avec le Portugal. Avant moi, il n’en avait gagné aucun. Je suis heureux. Le meilleur titre que j’ai gagné a été l’Euro 2016. Pour moi, cela a la même dimension qu’une Coupe du monde, sincèrement. C’est pour cela que je répète : je pars avec la conscience tranquille, j’ai donné mon meilleur et c’est tout. Demain sera un autre jour et la vie continue. »
La nouvelle génération, celle des Vitinha, João Neves, Nuno Mendes et Gonçalo Ramos, doit à présent ronger son frein et patienter deux ans avant de pouvoir montrer, d’abord en Europe puis au monde, ce qu’elle avait déjà sous la semelle cet été, mais qu’elle n’a pas pu démontrer en raison de l’entêtement de deux hommes. Cela prouve s’il le fallait qu’il n’est jamais aisé de sentir le moment où il faut s’arrêter, quand on a touché les étoiles et goûté à la gloire. C’était avant ce Mondial, mais il est déjà trop tard pour s’inquiéter.
