
France-Espagne : Mbappé utilise le mème du dictateur à sa faveur
Emmanuel Macron a dû se résoudre à l’évidence : il n’assistera pas à la nouvelle campagne du général Mbappé et de ses troupes face à l’Espagne, en demi-finale de la Coupe du monde. Kylian Mbappé a déjà marqué huit buts au compteur dans cette Coupe du monde.
De notre envoyé spécial à Boston, Emmanuel Macron a tenté de trouver toutes les solutions possibles pour se rendre à Dallas, mardi soir, sans succès. Entre l’hommage aux victimes de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice et le défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées le même jour, le président de la République a dû constater qu’il ne pourra pas assister à la demi-finale de la Coupe du monde où le général Mbappé et ses troupes affrontent l’Espagne.
Depuis le début du Mondial, et plus particulièrement après le match des huitièmes de finale contre le Paraguay à Philadelphie, les spectateurs font preuve d’imagination pour surfer sur la tendance autour du capitaine des Bleus : Mbappé, le Dictateur. Lors du quart de finale au Gillette Stadium à Boston contre le Maroc, des photos de Kylian Mbappé déguisé en militaire ont circulé dans les tribunes, avec des tee-shirts affichant le même thème et des panneaux portant le surnom de Dictateur, accompagnés de supporters arborant casquettes et vestes militaires floquées « Mbappé 10 Dictator ».
Les Américains ne sont pas les premiers à jouer sur ce mème. Depuis deux ans, le mème de Mbappé en tant que Dictateur prolifère sur les réseaux sociaux, soutenu par de nombreuses vidéos créées avec l’intelligence artificielle, notamment depuis qu’il a hérité du brassard de capitaine et suite à ses performances avec le Real Madrid. Ces accusations reposent sur un supposé autoritarisme, un désir de tout contrôler et un égoïsme exagéré.
Historien et auteur de Salazar, le dictateur énigmatique, Yves Leonard a des connaissances sur la dictature et reste prudent en établissant des comparaisons. Il déclare : « Chez les dictateurs, vous avez des personnes qui, par leur autorité naturelle, leur image publique, leurs compétences, s’imposent. Tout comme Salazar dans les années 1930, on aurait pu dire, pour détourner une formule apocryphe, qu’il était le meilleur d’entre nous. Pour Mbappé, ce sont ses buts, son autorité naturelle sur l’ensemble du groupe qui le place au-dessus. »
Mais ce qui était jusqu’alors limité à Internet a envahi d’autres espaces pendant ce Mondial. Ses coéquipiers se sont également lâchés, comme le montre une vidéo diffusée par l’équipe de France où Ousmane Dembélé, dans l’avion ramenant les Bleus à Boston, appelle Mbappé « Mobut », en référence à Mobutu Sese Seko, qui a terrorisé l’ex-Zaïre pendant trente-deux ans.
Cela témoigne d’un groupe qui s’amuse et d’un capitaine qui parvient à rassembler. Les joueurs des Bleus accueillent ses conseils avec confiance, tout comme les supporters qui profitent de ses interventions publiques depuis un mois, en particulier lors de sa défense d’Ousmane Dembélé lors d’une conférence de presse mémorable. Mbappé a réussi à s’imposer en tant que dictateur « cool ».
« Mbappé est un joueur, un meneur et une personne charismatique », ajoute Yves Leonard. « Dans des contextes très différents, certains dirigeants autoritaires, notamment en Amérique du Sud, dégageaient une certaine aisance lorsqu’ils s’exprimaient, un charisme qui émanait d’eux en présence d’une foule. »
Cependant, comme tous les dictateurs, Kylian Mbappé inspire également la crainte. Non pas parmi ses coéquipiers ou supporters, mais chez ses adversaires. Le Maroc, séduisant depuis le début du Mondial, a modifié son approche en quart de finale pour tenter de gérer la menace que représente le « Kyks » et ses coéquipiers. Pourtant, cela s’est révélé difficile, car le meilleur buteur de l’histoire du football français reste au-dessus de cette compétition, avec déjà huit buts à son actif et un comportement exemplaire, comme l’a souligné Didier Deschamps après le match contre le Paraguay.
L’entraîneur a déclaré : « Vous (les suiveurs des Bleus) le présentez comme un dictateur, mais Kylian a une image qui n’est pas du tout la réalité. Lorsqu’il parle, il parle au nom du groupe et transmet les doléances des joueurs qui ne sont pas toujours les siennes. » Ce discours a été réitéré après le quart de finale : « Beaucoup pensent que Kylian Mbappé est un dictateur et ne pense qu’à lui-même. Il est exemplaire en tant que capitaine, tant par ses actes sur le terrain que par les buts qu’il marque. » Car durant ce Mondial, l’attaquant du Real Madrid semble avoir évolué pour le bien du collectif, allant jusqu’à mettre de côté ses ambitions personnelles. Une situation inédite dans l’histoire des dictatures.
« Kylian Mbappé est un garçon intelligent, fin analyste, qui a su déchiffrer le système et en user, tout en étant conscient que cela peut se retourner contre lui », explique l’historien. En d’autres termes, le champion du monde 2018 sait que s’il ne remporte pas le trophée, toutes ses bonnes actions seront rapidement oubliées. Peu importe s’il ne bat pas les records de Messi ou de Fontaine, s’il ne marque pas, ou s’il doit soutenir ses coéquipiers pour leur donner confiance. L’essentiel est ailleurs.
« Mbappé a cette capacité à trouver les mots et les attitudes qui gagnent l’opinion et l’entourage de l’équipe», affirme Yves Leonard. « De plus, il possède une qualité que peu de dictateurs ont : il sait faire preuve d’humour tout en ayant du recul sur la situation. Avec le talent et les résultats qui l’accompagnent, il est peu probable qu’un coup d’État soit tenté avec une deuxième Coupe du monde à son actif. »
